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Les Amis de l'Ecole de Rouen

"ROUEN. LE PONT TRANSBORDEUR" de J.DELATTRE - suite de l'article de F.LESPINASSE publié le 2 mai 2017

23 Mai 2017, 14:11pm

Publié par le webmaster

"ROUEN. LE PONT TRANSBORDEUR" de J.DELATTRE - suite de l'article de F.LESPINASSE publié le 2 mai 2017

FRANCOIS  DEPEAUX et JOSEPH  DELATTRE

"Rouen. le Pont Transbordeur" et l'histoire de ce Tableau

Dans l'article précédent, nous précisions que François Depeaux (1853-1920), en quarante ans, va collectionner près de sept cents œuvres, dont cinquante-cinq Sisley, vingt Monet, neuf Pissarro, six Renoir, cinq Toulouse-Lautrec, vingt Guillaumin, six Moret, un Gauguin, un Courbet ... trente-neuf Lebourg et les meilleures œuvres de Pinchon, Ottmann et Joseph Delattre.

Natif de Bois-Guillaume, situé sur les collines dominant Rouen, François Depeaux est issu d'une famille riche qui, depuis 1840 et la création de la société « Depeaux Frères », s'adonne au négoce du fil de tissage puis du charbon. Il se marie le 23 septembre 1880 à la mairie du 9ème arrondissement de Paris avec Marie Decap, née à Rio de Janeiro le 5 mars 1858, fille de riches commerçants.

Succédant à son père, durant les vingt premières années, travailleur acharné, François Depeaux va donner à l'entreprise un essor considérable dans le négoce du charbon qu'il importe de Swansea, au Pays de Galles, à bord de son navire, Le Félix Depeaux, puis un second bâtiment, L'Alice Depeaux. En novembre 1898, il acquiert, de plus, une mine à Abercrave, bassin minier à 20 kilomètres au nord de Swansea.

L'industriel-négociant-armateur, bénéficiant des conseils avisés de Paul Durand-Ruel(1), le marchand des impressionnistes, constitue alors une remarquable collection, qu'il expose dans une galerie attenante à sa maison d'habitation avenue du Mont-Riboudet à Rouen.

   Il faut savoir que François Depeaux est le tout premier à acheter une Cathédrale de Rouen de Claude Monet, directement auprès de l'artiste qu'il a suivi et encouragé durant cette entreprise titanesque de 1892 et 1893. En 1897, il aide Alfred Sisley à séjourner au Pays de Galles permettant à l'artiste de réaliser une superbe série de marines peu de temps avant le décès du peintre.

   Localement, il s'intéresse à Charles Frechon (1856-1929), mais surtout à Joseph Delattre et lui achète ses plus belles œuvres, une cinquantaine environ. Plus tard, il prendra en mains la carrière du peintre Rouennais Robert-Antoine Pinchon (1886-1943).

Alors, comment se passent les transactions avec Joseph Delattre ?

   Lorsque notre peintre dispose de quelques toiles qu'il estime de qualité, il sonne à la porte de la cossue maison de maître de Depeaux, avenue du Mont-Riboudet, demeure, hélas, détruite depuis. Reçu par le majordome, il lui confie ses toiles. Patientant une quinzaine de jours, Delattre retourne à la même adresse. De nouveau, le majordome l'accueille mais, cette fois-ci, l'introduit dans la galerie meublée tout le long, de stalles gothiques en chêne, au dessus desquelles trônent les cimaises montrant les tableaux des plus prestigieux des maîtres impressionnistes que nous citons plus haut. Il est certain que Joseph Delattre, les yeux écarquillés, doit se nourrir et s'imbiber de ces joyaux. Lui pressant le pas, le majordome l'amène au fond de la galerie où une imposante cheminée tient sa place. Du lot de tableaux que le peintre a proposé,  Depeaux fait son choix et.....son prix. Le reste des œuvres est entreposé près de l'immense âtre, attendant le peintre.

   C'est de cette manière que Depeaux devient propriétaire de notre tableau "Rouen, le Pont Transbordeur", aujourd'hui exposé au Musée de Mantes-la-Jolie !

   Du 23 avril au 5 mai 1900, François Depeaux met en place une exposition Joseph Delattre, dans la prestigieuse galerie parisienne de Paul Durand-Ruel. Elle comporte quarante numéros, dont dix-neuf appartiennent au collectionneur rouennais. Malheureusement, l'exposition ne connaît pas de succès. L’Exposition Universelle concomitante, la méconnaissance de l'artiste à Paris, sont pour beaucoup dans cet échec. Notons qu'à Rouen, il faudra attendre 1905 pour voir une exposition particulière de Joseph Delattre !

   Pour des raisons que nous ignorons, François Depeaux se décide à mettre en vente une partie de sa collection à Paris à l'Hôtel Drouot le 25 avril 1901, salle 1. Maître Chevallier dirige la vente, assisté de deux experts, Paul Durand-Ruel et M. Mancini. Un remarquable catalogue est réalisé, imprimé à Rouen chez Lecerf, sous la direction de Paul Durand-Ruel.

   Les œuvres suivantes sont proposées au feu des enchères : neuf Delattre dont notre Pont transbordeur, trois Frechon, cinq Guillaumin, trois Blanche Hoschedé, deux Moret, cinq Lebourg, trois Loiseau, cinq Monet, cinq Moret, deux Pissarro, un Renoir, seize Sisley (!), quatre Toulouse-Lautrec et deux Vogler.

   Le numéro 56 "La Route de Marly" d'Alfred Sisley obtient le prix le plus élevé de 12.300 francs; le tableau de Claude Monet "Le Phare de l'Hospice et la côte de Grâce à Honfleur"» atteint 6.050 francs ; " Le Quai Malaquais"» de Renoir est adjugé 6.000 francs. Le total des tableaux de Sisley enregistre 97.380 francs.

  

Quant aux Delattre, tous, dont le "Pont transbordeur", retournent à leur propriétaire-vendeur. C'est de nouveau un échec.

   Du 18 au 31 décembre 1902, Paul Durand-Ruel accepte de mettre en place une seconde exposition dans sa galerie du 16, rue Laffitte et 11 rue Le Peletier. C'est à cette occasion qu'Arsène Alexandre, critique au Figaro, écrit le 22 décembre : « on ignore trop nos écoles de peinture provinciales. Qui sait qu'il y a eu une superbe école lyonnaise au milieu du siècle dernier ? Qui connaît l'École de Rouen actuellement une des plus vaillantes (…) M. Delattre expose à la galerie Durand-Ruel avec vingt-quatre paysages qui donneront au visiteur l'envie de faire connaissance avec ce bon et modeste peintre et aussi avec l'école dont Lebourg est un si noble représentant

Ainsi, la presse parisienne apporte enfin crédit à ce mouvement pictural et Delattre bénéficie d'une vraie reconnaissance, François Depeaux étant pour beaucoup dans cet élan.

 

François Lespinasse

 

 

 

(1) Voir: Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme, Manet, Monet, Renoir, Musée du Luxembourg, Paris,2014.

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