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Les Amis de l'Ecole de Rouen

interview par Pierre BUYCHAUT de François LESPINASSE (14)

20 Décembre 2014, 15:02pm

Publié par le webmaster

A peine avons-nous interviewé Madame DUC, petite fille de Pierre HODÉ, et Madame PHILIPPE-MAILLE, filleule et nièce de Pierre HODÉ, que nous rencontrons François LESPINASSE dans cette même salle d'exposition consacrée à Pierre HODÉ par le Musée des Beaux-arts de Rouen.

Edité par notre Association des Amis des Peintres de l'Ecole de Rouen, un ouvrage est sorti des recherches récentes de François LESPINASSE sur notre peintre *.

* Pierre HODÉ par F.Lespinasse, en vente - 20€ au Musée des Beaux-arts et à la Librairie L'Armitière de ROUEN 

interview par Pierre BUYCHAUT de François LESPINASSE (14)

Pierre BUYCHAUT : nous voilà devant 25 toiles de Pierre HODÉ...

François LESPINASSE : C'est un travail remarquable de réunir 25 œuvres dans cette petite salle et j'en suis, comme vous pouvez le constater, tout ému ! Le Musée de Honfleur, en son temps, en avait réuni une soixantaine de numéros (Musée Eugène BOUDIN de Honfleur du 04 juillet au 27 septembre 1987, NDR). La sélection du Musée de Rouen est absolument brillante !

Pierre BUYCHAUT : peut-on s'arrêter sur une œuvre qui vous tient à cœur ?

François LESPINASSE: non, tout est sympathique et il y a des choses de grande qualité.

Pierre BUYCHAUT : Pierre HODÉ à ses débuts ? Il est autodidacte...

François LESPINASSE : on situe ses premières toiles, ses premières hésitations, vers 1909, il a 20 ans. Et de 1909 à 1914, il regarde évidemment du côté de PINCHON (Robert-Antoine PINCHON, 1886-1943, NDR), mais également du côté de DUMONT (Pierre DUMONT, 1884-1936, NDR) à qui il doit tout, comme il le dira avec beaucoup d'humilité. Mais de tous les artistes qu'il a fréquenté, c'est indiscutablement PINCHON qui lui a mis le pied à l'étrier et qui lui a apporté le plus au niveau pictural et surtout au niveau chromatique.

Pierre BUYCHAUT comme cette 'Maison Bleue' ?

François LESPINASSE : oui, cette composition est superbe ! Il y a recherche de tons et d'équilibre dans la composition, et cette toile montre toutes les hésitations d'un Pierre HODÉ débutant. Il est confronté, à cette époque, à tous les tumultes de la 'Société Normande de Peinture Moderne' (Société artistique créée par Pierre DUMONT en juin 1909 ; Robert-Antoine PINCHON en est membre du bureau, NDR). On voit bien, qu'à cette époque, il veut assimiler la leçon de Lebourg (1849-1928), comme celle de Joseph DELATTRE (1858-1912) et celle de Charles FRECHON (1856-1929). C'est un très beau début !

"la Maison Bleue" -collection particulère"

Pierre BUYCHAUT : allons, si vous le voulez bien, devant la série des Portraits dont celui, très brutal, du boxeur BRETONNEL, champion d'Europe en 1924 et qui met fin à ses jours en 1928 à l'âge de 23 ans.

François LESPINASSE : c'est un portrait que je connais depuis très longtemps. Celui-ci vient d'une collection particulière normande. Je tiens à rappeler qu'un pharmacien installé à Montmartre, Victor BOSSUAT, ami de Félix FÉNÉON mais aussi de Pierre HODÉ, a légué en 1935 au Musée de Nevers, parmi des œuvres magnifiques, un 'Boxeur Bretonnel' de HODÉ et une très très belle 'Lieutenance de Honfleur' absolument superbe et tout à fait remarquable !

Pierre BUYCHAUT : on peut dater ce portrait juste après son trophée européen ?

François LESPINASSE  : oui, oui, de 1925.

Pierre BUYCHAUT  : et Pierre HODÉ avait entrepris son expérience cubiste quelques années auparavant ?

François LESPINASSE : dans les années 1922.

Cette œuvre est la parfaite représentation de la période de 1924 – 1925 où il a été au plus haut niveau du 'synthétisme' et non pas du 'cubisme', car je pense que cette structure de composition ne possède pas de grande attache avec le 'cubisme', mais une recherche synthétique des formes qui est unique en son genre. Il n'a, alors, copié qui que ce soit !

On peut évidemment le rapprocher de Robert et Sonia DELAUNAY à un moment, avec ses compositions concentriques.

Pierre BUYCHAUT : comme la composition 'à la cible'

François LESPINASSE : je connais 3 tableaux 'à la cible'. Ce 'rue de l'épicerie à la cible' est un très bel exemple et une belle performance d'avoir pu le recueillir. C'est un tableau que je connais depuis 35 ans.  C'est ce qui me fait dire que plus d’œuvres réunies permettraient une vision beaucoup plus pointue de cet artiste totalement méconnu. Car, son œuvre peint est quantitativement très limité puisqu'on  le donne autour de 450 numéros, et une rétrospective en en réunissant 80 voire 100, serait absolument prodigieuse !

"la rue de l'épicerie" - collection particulière

Et j'ajouterais que si le fils de Pierre HODÉ, Pierre DUCENNE, n'avait pas donné un tableau au Musée de Rouen ('Remorqueurs à Conflans-ste-Honorine', 80x100, 1923, don en 1979, NDR), nous pouvons être certains que cet artiste serait resté très confidentiel !

Pierre BUYCHAUT  : vous nous citez ce tableau de Conflans. Alors, cette série de ports ?

FL : Il a habité à Paris à partir de 1913 à l'initiative de DUMONT et a réalisé de bords de Seine. A la fois de Paris et jusqu'à l'estuaire. Ce serait un thème intéressant à développer, car ses œuvres sont toujours réussies.

"la Lieutenance d'Honfleur" (coll.part.)

"la Lieutenance d'Honfleur" (coll.part.)

Pierre BUYCHAUT : et Honfleur ?

François LESPINASSE : Pierre HODÉ a séjourné plusieurs fois à Honfleur, car dès les premières expositions de la 'Société Normande de Peinture Moderne', il montre une 'Lieutenance' de Honfleur. Et puis, en 1924, il passe 6 mois à Honfleur puisqu'il tient la gérance du 'Café de Paris' voisin de 'l’Hôtel de France'. Il entame alors une série de Ports et de Lieutenance de Honfleur tout à fait exceptionnelle !

C'est incontestablement la plénitude de l’œuvre peint de HODÉ. C'est le moment où il est le plus créatif, et où il atteint l’approfondissement de ses recherches ! Là aussi, cette période honfleuraise mériterait une étude à part entière.

Pierre BUYCHAUT : et terminons par le 'Théâtre Synthétique'

François LESPINASSE : c'est une période qui mériterait d'être beaucoup mieux étudiée ! Car, après les années folles, il y a cette période des années 1930 durant lesquelles il rentre "en somnolence", quittant peu à peu la peinture pour se consacrer au développement des éléments structuraux de décors de théâtre. C'est une période importante de sa vie artistique.

Pierre HODE

photographie

Propos recueillis par Pierre Buychaut

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INTERVIEW par Pierre BUYCHAUT de proches parents de Pierre HODE (1889-1942)

7 Décembre 2014, 15:10pm

Publié par le webmaster

De gauche à droite, Mme DUC, M. DUC (fils de Mme DUC et arrière-petit-fils de P.HODE) et Mme PHILIPPE-MAILLE (filleule et nièce de P.HODE)

De gauche à droite, Mme DUC, M. DUC (fils de Mme DUC et arrière-petit-fils de P.HODE) et Mme PHILIPPE-MAILLE (filleule et nièce de P.HODE)

C'est le mercredi 26 novembre 2014, lors du vernissage de la 3ème édition du « Temps des Collections » du Musée des Beaux Arts de Rouen, que nous avons la joie de rencontrer Madame DUC, petite fille et Madame PHILIPPE-MAILLE, filleule et nièce du peintre Pierre HODÉ. En effet, cette édition rend hommage à ce dernier, dans la Salle Jacques-Émile Blanche du Musée.

Cette exposition d'environ 25 toiles, débute par une vitrine de photos, dessins et projets de décors de théâtre, dits 'décors synthétiques', faits d'éléments géométriques cubiques, sphériques et pyramidaux que le metteur en scène peut déplacer à volonté selon la scène. Enfin, l'accrochage montre les différentes périodes d'évolution de style du peintre : Impressionniste au côté de ses pairs PINCHON et DUMONT, "Natures Mortes cubisantes", portraits, puis une série de ports dont Rouen et Honfleur.

Marie-Claude COUDERT, conservateur au Musée de Rouen, est le commissaire de cette exposition.

Nous sommes, avec Mesdames DUC et PHILIPPE-MAILLE, assis face aux œuvres :

Q : « Alors, Mesdames ? 

Mme Philippe-Maille : ma première impression est très bonne et je suis même agréablement surprise !

Mme DUC : Oui oui, c'est très bien aménagé et ce n'est pas une exposition minime. C'est bien !

Q : L'accrochage balaye différents thèmes et périodes…

Mme D : Pierre HODÉ s'est beaucoup cherché. Il s'est inspiré de ses prédécesseurs mais sans jamais les copier. Il n'en a pris que l'inspiration ! Enfin, il a abouti à ses œuvres cubistes, analytiques.

Je dirais que c'est la couleur qui prime chez lui, pour rendre les formes cubistes. Ce n'est pas le trait. Les tons sont doux, sensibles.

Mme PM : Je me souviens de Pierre HODÉ dans son atelier à Montparnasse et, plus que ses tableaux, c'est sa création du « Théâtre Synthétique » qui m'a frappée !

Q : "Le Théâtre Synthétique"...

Mme D : J'ai eu le bonheur de le revoir, il y a une trentaine d'années, pour l'opéra de VERDI, Aïda (1984-POPB, Direction musicale de Michel PLASSON, Mise en scène et décors de Vittorio ROSSI, NDR), où les machinistes déplaçaient le décor géométrique à la vue du public.

Mme PM : Quant à moi, j'ai retrouvé ce "Théâtre Synthétique" au Théâtre des Arts de Rouen, pour le décor de "Véronique" (opéra d'André MESSAGER, en novembre 2008, Direction Nicolas CHALVIN, Mise en scène Alain GARICHOT, NDR).

Q : Vous vouliez nous conter quelques anecdotes ?

Mme D : Oui, Pierre HODÉ était à la fois Artiste et fantaisiste.

Tenez, une fois, il vient me chercher à la sortie de l'école, je devais avoir 7 ans, pour m'emmener voir un opéra des Concerts Colonne (Association créée par E. Colonne en 1873, NDR). Je me souviens, j'étais en tablier noir d'écolière.

Une autre fois, nous étions en famille à St Germain-des-Prés et nous remontions la rue de Rennes. Tout à coup, Pierre HODÉ et mon père décrètent de mimer le 'Paris – Strasbourg' à la marche. Ils se déshabillent alors et, en caleçon et fixe-chaussettes, ils remontent toute l'avenue jusqu'à la gare Montparnasse ! La fantaisie à l'état pur !

Une dernière : un midi à La Coupole, alors qu'il n'avait que très peu de moyens et qu'il venait finir de grignoter une maigre boulette, il se renverse sur sa banquette et il jette au serveur : « Allez, que l'on amène les danseuses hindoues ! ».

Mme PM : Je me souviens de ma communion solennelle, en 1936, à l'abbaye de Fécamp, avec les messieurs en smoking et les dames en robe longue. Arrive mon oncle Pierre HODÉ, qui n'était pas croyant mais toujours fidèle à la famille, en pantalon de velours et chemise écossaise ! Cela avait choqué mais j'étais ravie.

Mme D : Voila, c'était son côté fantaisiste et non conventionnel ! Horreur des honneurs ! Horreur des marchands de tableaux !.

Q : Nous fêtons le centenaire de la guerre de 1914. Pierre HODÉ a été réformé, mais il s'est engagé volontaire en 1917.

Mme D : Oui, il était aux Services de Santé, à ramasser les blessés dans les tranchées où il a été horriblement gazé et dont il est décédé des séquelles en 1942 à l'Hôpital BICHAT.

Je me rappelle que, quand j'étais petite, mon père se levait souvent la nuit afin d'aller chercher des sangsues à la pharmacie, tellement Pierre HODÉ suffoquait ! D'ailleurs, il ne pouvait pas dormir allongé mais assis dans un fauteuil bergère.

J'ajouterais qu'à la guerre de 1940, il s'est engagé avec mon père dans la Résistance ! Au sein du 'Réseau Nord'. Dans le vestibule de son appartement qui n'était jamais fermé à clef, il avait accroché un grand panneau bleu-blanc-rouge sur lequel il avait inscrit : "Ici, on est en FRANCE" !

Q : Un dernier mot sur cette commémoration ?

Mme PM : J'ai beaucoup lutté pour cet hommage, et pour obtenir une stèle dont j'aurais souhaité qu'elle se tienne Bd Pasteur à Rouen. Je suis très heureuse de le voir enfin exposé au Musée des Beaux Arts de Rouen. Et je remercie tous ceux qui ont contribué à sa réalisation de même que l'Association des Amis de l'École de Rouen.

Mme D : Je tiens à dire un grand merci à ma cousine, Mme PHILIPPE-MAILLE, dont je loue la pugnacité. Grâce à elle et à votre Association, Pierre HODÉ est rentré chez lui !

                                                                       Propos recueillis par Pierre Buychaut

 

natures mortes "cubisantes" - vitrines des projets de décors du Théâtre "synthétique" de l'époque impressionniste
natures mortes "cubisantes" - vitrines des projets de décors du Théâtre "synthétique" de l'époque impressionniste

natures mortes "cubisantes" - vitrines des projets de décors du Théâtre "synthétique" de l'époque impressionniste

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