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Les Amis de l'Ecole de Rouen

Articles avec #la rubrique de hubert priaucey

De l'exposition japonaise de peintres de l'Ecole de Rouen

3 Février 2015, 14:14pm

Publié par le webmaster

5 oeuvres de R.A.P. PINCHON accrochées...

5 oeuvres de R.A.P. PINCHON accrochées...

Dans deux articles précédents de sa rubrique (1), notre collaborateur Hubert PRIAUCEY vous a fait partager le voyage de nos Peintres de L'École de Rouen au Japon (Albert LEBOURG, Léon-Jules LEMAITRE, Charles FRECHON, Joseph DELATTRE et Robert-Antoine PINCHON),

Il vous présente ci-dessous, dans un troisième papier, les impressions qu'Annette HAUDIQUET (2), Directrice du Musée André MALRAUX du Havre et commissaire de cette exposition itinérante (en collaboration avec BRAIN TRUST INC. TOKYO), a bien voulu lui confier à votre intention.

Nous lui adressons nos plus sincères remerciements.

Écoutons-la répondre aux questions d'Hubert.

Annette Haudiquet (photo G.OLIVIER) :

la commande japonaise était très vague : quelque chose sur la Normandie et sur l'Impressionnisme !                                           

Mais tout le monde veut traiter de la Normandie Impressionniste et je leur ai suggéré qu'il fallait raconter une histoire plus large. Or, en 2009, avec les Musées de Caen, Rouen et Le Havre, nous avions déjà fait cette démarche (Voyages Pittoresques - ndlr), sur laquelle nous nous sommes reposés cette fois-ci. Et en y ajoutant Raoul DUFY qui est, pour moi, le Peintre de l'Estuaire de la Seine ! Comme BOUDIN auparavant.

H.PRIAUCEYalors cette histoire ?

AH : elle débute avec les Anglais et les Romantiques (1815-1820) pour se terminer avec la Photographie Contemporaine, en passant par l'Impressionnisme, le Fauvisme et donc l'École de Rouen qui se situe à la charnière des deux.

HP : Comment vous est venue l'idée d'incorporer l'École de Rouen?

AH : Ce sont les œuvres que j'avais repérées en 2010 au Musée de Rouen lors de Normandie Impressionniste. Dès lors, j'ai demandé vos coordonnées à Sylvain AMIC (Directeur des Musées de Rouen). Et puis, j'avais travaillé avec Bernay et Cédric PANNEVEL (Directeur du Musée des Beaux Arts de Bernay - ndlr) m'a également orienté vers votre Association, dont il m'a vanté la générosité de vos prêts.

HP: quelle place leur accordez-vous dans l'exposition ?

AH : à mon avis, ils ont un parcours parallèle à Félix VALLOTTON et les premières œuvres de FRIESZ et même DUFY. On est à la charnière du XIXème et du XXème siècle et ces peintres s'affranchissent du traitement particulier de la lumière pour se tourner vers la couleur. Ce qui est encore plus manifeste chez VALLOTTON (voir ci-dessous), avec un travail de simplification,travail, d'ailleurs, qui ne s'effectue plus sur nature mais à l'atelier, c'est à dire de mémoire ou à partir de photographies !

HP : d’où votre choix du fauve PINCHON, plus que des impressionnistes LEBOURG et FRECHON...

AH : alors, il faut bien comprendre que cette histoire, cette exposition, s'étale sur presque deux siècles puisque l'on part de 1820 à aujourd'hui. D'autre part, les lieux d'exposition ne sont pas très larges, en tout cas celui du SOMPO de Tokyo. Ces deux critères ont fait qu'il a fallu resserrer le propos et élaguer à plusieurs reprises. J'ai beaucoup insisté pour que L'École de Rouen marque la transition Impressionnisme – Fauvisme.

HP : J'aurais tendance à penser que vos confrères japonais ne connaissent que très peu, voire pas du tout, notre École de Rouen. Quelles ont été leurs réactions ?

AH : eh bien, là bas sur place, ils ont vraiment été saisis !! Ils ne connaissaient pas PINCHON, et ça les a vraiment sciés !! Donc mon choix les a convaincus. Et mon homologue du SOMPO, Madame Shôko KOBAYASHI, m'a fait part de son saisissement en découvrant, de visu, les œuvres de PINCHON. Plus que celles de FRECHON. Cela vient du fait qu'ils aiment beaucoup l'art, et surtout les compositions colorées. De la même façon, ils ne croyaient pas du tout à Henri de SAINT-DELIS et c'était intéressant à recontextualiser aussi dans son époque et dans son parcours.

HP : et votre choix en général ?

AH : plus de la moitié de l'exposition vient de collections publiques normandes et donc c'est une vraie promotion de notre patrimoine régional ! Cette expo débute par deux textes sur le Musée du Havre et celui de Honfleur, qui sont les deux plus gros prêteurs avec près de 17 œuvres chacun (l'AER prête 12 tableaux : 10 de l'Ecole de Rouen + 1 BOUDIN + 1 LAPOSTOLET - ndlr) et qui sont, de plus, de part et d'autre de l'estuaire de la Seine, sujet de l'exposition !

J'ajoute, pour anecdote, que ''l'estuaire'' est totalement exotique pour nos confrères japonais. C'est une donnée géographique inconnue pour eux : un fleuve remonté par la mer, ce que cela autorisait et interdisait par la même frontière que cela peut représenter, la voie de pénétration vers la capitale... C'est un sujet qu'ils ont choisi.

Ils attendent 40.000 visiteurs pour la 1ère étape à Tokyo, visiteurs qui vont découvrir sur les cartels les noms des Musées prêteurs du Havre, de Honfleur, de Rouen, de Caen, de Trouville, de Bernay, etc... et donc une réelle densité de patrimoine normand. Et que cela leur donne envie de découvrir les vrais paysages typiques et la richesse des collections publiques normandes.

En résumé, il y a là une belle carte de visite laissée !

HP : à votre avis, que représente notre région pour les japonais ?

AH : ah! Vous ne pouvez pas vous y imaginer à quel point ils sont fous de Normandie !! La Normandie résonne de toutes sortes de fantasmes ! Par exemple, j'ai vu des publicités japonaises qui prenaient en référence le Mont Saint-Michel pour promouvoir une recette aux œufs car, pour eux, le Mont Saint-Michel, c'est également les plaisirs de la table avec la fameuse Mère Poulard !

HP : très étonnant à nos yeux...

AH : oui, oui ! Et lorsque mes deux homologues directeurs des Musées de Tokyo et de Hiroshima, Madame Shôko KOBAYASHI et Monsieur FURUTANI, sont venus en France au printemps afin de procéder à des repérages, ils ont découvert des paysages exotiques pour eux. Je les entendais s'exclamer devant des chênes, des hêtres ou des coquelicots et ils prenaient tout ce qu'ils pouvaient en photo ! Et des données purement physiques : je les ai vu s'arrêter net sur les falaises qui dominent l'estuaire et trouver que Le Ciel était ici immense !

HP : … ?

AH : car ils n'ont pas le même ressenti. Le Japon est une île volcanique et il y a toujours une nature préservée avec des montagnes abruptes qui empêchent toute implantation humaine ; une nature hostile ! Et des forêts sombres, noires, impénétrables, pleines d'esprits... Leur ciel est toujours coupé par cette nature.

HP : et quid de l'étape en Corée ?

AH : les Coréens ont une approche différente. Déjà, ils se sont entichés de CORCOS ; ils vont en faire leur œuvre phare (Vittorio CORCOS -1859/1933 - est un peintre italien portraitiste mondain, à rapprocher de Ernest-Ange DUEZ (voir ci-dessous à droite); la toile de DUEZ, prêtée par le Musée de Rouen, bénéficie d'un accrochage de choix au SOMPO - ndlr) ! Vous avouerez que CORCOS,  prêté par Honfleur, n'est pas l'artiste le plus célèbre du catalogue !

(voir ci-dessus, tableau de gauche)

HP : les collections du Musée des Beaux Arts du Havre ne renferment pas, à ma connaissance, de peintres de l'École de Rouen...

AH : non, mais en fait, pas beaucoup non plus de vues du Havre et même de Normandie. Cela tient à nos collectionneurs donateurs (Edouard SENN et Charles-Auguste MARANDE, membres du Cercle d'Art Moderne du début du XXème siècle NDR) qui n'ont ni "acheté du Havre" ni "acheté de la Normandie" !! Nos collectionneurs-donateurs sont des horsains. Par exemple DUFY n'a pas été acheté par nos collectionneurs et même les MARQUET sont des vues parisiennes. Ils n'avaient pas d'ancrage havrais, même si ils étaient partie prenante dans les décisions locales. Ils ont juste acheté BOUDIN et des Ports du Havre par PISSARRO. Ils se sentaient affranchis d'un quelconque héritage régional.

HP : quels sont vos projets ?

AH : notre projet à court terme porte sur Eugène BOUDIN, dans le cadre de Normandie Impressionniste 2016. Et puis, notre projet d'importance, en 2017, correspond au 500ème anniversaire de la création de la ville du Havre.

A savoir également que SAINT-DELIS n'a jamais été travaillé...

J'ajouterais que ce genre de collaboration Muma – AER pour cette exposition japonaise, a permis de nous rencontrer, et de mieux connaître et faire connaître l'École de Rouen.

Je sais que Sylvain AMIC (Directeur du Musée de Rouen NDR) présente actuellement une expo sur Pierre HODÉ. Nous avions un Port de Dieppe de HODÉ au Musée de Calais lorsque j'en étais le Conservateur. C'est un très bel artiste.

Propos recueillis par Hubert PRIAUCEY.

 

 (1) - 1er article publié le 26/10/2014 - 2ième article le 06/11/2014  - dans la catégorie la rubrique de H.PRIAUCEY

(2) - Annette HAUDIQUET possède un DEA Histoire de l'art ; elle intègre le Musée de Calais dont elle devient le Conservateur en chef en 1993 ; Musée du Havre en 2001 ; en 2004, elle accueille la donation SENN-FOULDS.

          Nous remercions également Mme HAUDIQUET pour ses clichés du Japon.

                                                                              

 

De l'exposition japonaise de peintres de l'Ecole de Rouen

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LA RUBRIQUE D'HUBERT PRIAUCEY (15)

6 Novembre 2014, 11:24am

Publié par le webmaster

2 - DE L'EXPOSITION JAPONAISE

DE PEINTRES DE L'ECOLE DE ROUEN

 

LA RUBRIQUE D'HUBERT PRIAUCEY (15)

Notre dernier article vous faisait prendre l'avion à Roissy afin de rallier Tokyo pour l'exposition itinérante « l'estuaire de la Seine, l'invention d'un paysage », dont Annette HAUDIQUET (Conservateur en chef du Musée André MALRAUX du Havre) assure le Commissariat en parrainage avec le Brain Trust Inc. de Tokyo.

10 toiles de peintres de l'Ecole de Rouen y sont accrochées, dont Léon-Jules LEMAITRE, Charles FRECHON, Joseph DELATTRE, Robert-Antoine PINCHON et Albert LEBOURG.

Arrêtons-nous sur l''œuvre exposée de ce dernier.

Bien que les Historiens d'Art cloturent "L’Impressionnisme" en 1886, date de la dernière exposition du groupe, ils s'accordent à prolonger le Mouvement jusqu'en 1914, au vu des recherches sérielles de Claude MONET, comme celles de Camille PISSARRO (voir ses Ports de Rouen, de Dieppe ou du Havre) et des envolées lyriques de RENOIR notamment avec ses baigneuses.

Albert LEBOURG est né à Montfort-sur-Risle en 1849. École Municipale de Peinture, 5 ans à Alger comme professeur de dessin, retour à Paris en 1877, il participe aux 4ème et 5ème expositions impressionnistes de 1879 et 1880, avec MONET, PISSARRO, DEGAS, CAILLEBOTTE, GAUGUIN, Berthe MORISOT etc... En 1892, Albert LEBOURG achète un appartement sur les quais à Rouen. Ainsi, nombre de ses compositions montre le Pré aux Loups, sous tous les temps.

D'un pinceau très enlevé, notre tableau, « Le Pré aux Loups, Rouen » (54x81, SBD, coll. Part.) date des années autour de 1900.

 A l'instar d'Alfred SISLEY, Albert LEBOURG accorde une importance prépondérante au ciel. Quand on l'interrogeait, SISLEY disait qu'il débutait ses tableaux par le ciel, afin d'imprimer à sa composition toute l'atmosphère recherchée.

Il en est de même pour LEBOURG qui ajoutait qu'il ne fallait jamais "terminer" un ciel, laissant ainsi un effet suspendu, mouvant.

François LESPINASSE, dans le catalogue de 2010 "Une Ville pour l'impressionnisme ; Monet, Pissarro et Gauguin à Rouen'"(1), insiste : « Dans tous ses tableaux, l'artiste décrit avec maestria le ciel rouennais dont il a parfaitement saisi l'atmosphère : d'une brosse rapide, il alterne une bande rosée, puis bleue, et de nouveau rose plus soutenu, et l'effet général est arrêté (sic) ».

 

                                                                                              Hubert Priaucey

(voir aussi la rubrique de Hubert Priaucey)

Nous remercions Mme Haudiquet pour ses clichés du Japon.

 

1-  Une Ville pour l'impressionnisme ; Monet, Pissarro et Gauguin à Rouen, 2010 - Ed Skira, p.340.

LA RUBRIQUE D'HUBERT PRIAUCEY (15)
LA RUBRIQUE D'HUBERT PRIAUCEY (15)

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la rubrique d'Hubert PRIAUCEY (14)

26 Octobre 2014, 11:10am

Publié par le webmaster

1-   DE  L’ EXPOSITION  JAPONAISE

de  PEINTRES  de  L'ECOLE  de ROUEN

la rubrique d'Hubert PRIAUCEY (14)

Lors de l'Assemblée Générale de ce printemps 2014, le Bureau de notre Association nous avait annoncé le départ pour une tournée japonaise et coréenne de 10 œuvres des peintres qui nous sont chers. A savoir : 1 Albert LEBOURG, 1 Léon-Jules LEMAITRE, 1 Charles FRECHON, 1 Joseph DELATTRE et 6 Robert-Antoine PINCHON.

Cette 'tournée', d'une durée d'un an, verra les étapes suivantes :

Seiji Togo Memorial Sompo Japan Museum of Art, Tokyo, du 6 septembre au 9 novembre 2014 ;

Seoul Arts Center, du 18 novembre 2014 au 22 février 2015 ;

Hiroshima Museum of art, du 28 février au 12 avril 2015 ;

Kumamoto Prefectoral Museum of Art, du 18 avril au 14 juin 2015 

Yamanashi Prefectoral Museum of Art, du 27 juin au 30 août 2015 ;

Réunissant 135 numéros, émaillée de signatures prestigieuses dont Claude Monet (6 toiles), Eugène Boudin (11), Gustave Courbet (3), Turner (4 gravures), Johan Jongkind (2), Raoul Dufy (15), Félix Valloton (2), Richard Bonington, Camille Corot, Georges Braque, Albert Marquet etc..., notre expo se trouve sous l'égide de Mme Annette Haudiquet, conservateur en chef du Musée Malraux du Havre (MuMa), et du Brain Trust Inc. Tokyo. Les œuvres choisies viennent de Musées français des plus prestigieux, dont le Musée Marmottan à Paris, le MuMa du Havre, le Musée des Beaux Arts de Rouen, entre autres. Autant dire que nos chers peintres rouennais voyagent en éminente compagnie, à une place méritée après les expositions d'importance de ces dernières années auxquelles ils ont participé.

« L'estuaire de la Seine, L'invention d'un paysage », voilà le thème retenu, de quoi ravir nos amateurs asiatiques, si friands d'art impressionniste.

Plusieurs sections jalonnent l'exposition qui débute par « Au source de la création d'une image de la Normandie : le rôle des artistes britanniques et des artistes romantiques ». Les peintres anglais, surtout par l'aquarelle qui permet une transcription immédiate du motif, sont les premiers à s'être émus des ruines médiévales normandes, suivis par la vague romantique française, comme Isabey ou Fragonard.

« L'invention du paysage moderne » s'attache à montrer le rôle nouveau de la lumière dans la composition du paysage peint. Eugène Boudin crée ses 'Paysages de Mer', distinction bien établie avec les 'Marines'. De Corot et Courbet, puis des pré-impressionnistes Boudin, Daubigny et Jongkind, Annette Haudiquet présente des œuvres de Monet.

« Plaisirs de la plage » retrace l'attraction nouvelle de la bourgeoisie parisienne pour les plages de Trouville et Deauville. On y retrouve Boudin, le précurseur, Dubourg à sa suite, mais également Monet ainsi que cette merveilleuse toile du Musée de Rouen, 'L'heure de bain' de Duez.

« Impressions urbaines » : Annette Haudiquet y montre le souci des peintres à décrire les activités portuaires, avec les jeux subtils de brume et de fumées. Eugène Boudin, qui fait l'affiche avec son fabuleux 'Bassin de l'Eure' du MuMa du Havre, côtoie Stanislas Lépine, Charles Lapostolet et 'Bords de Seine, Croisset' du rouennais Léon-Jules Lemaitre, appartenant à notre Association, ainsi que 'Le Port de Rouen, effet de brume' de Joseph Delattre.

« Vers une libération de la couleur » fait la part belle aux Peintres de l'Ecole de Rouen, avec Albert LebourgCharles Frechon et pas moins de 6 Pinchon ! Puis on y voit Braque, Marquet, Vallotton et Henri de Saint Delis.

« Raoul Dufy, un peintre de l'estuaire » cloture l'exposition.

Ajoutons 2 sections photographiques : une de la fin du XIXème siècle avec Letellier et Chesneau, et une autre contemporaine avec Olivier Mériel.

Quelques clichés, fournis par Mme Haudiquet que nous remercions, vous décrivent la logistique de cette exposition itinérante.

Hubert PRIAUCEY

Vous pouvez également en découvrir d'autres en cliquant sur le lien :

http://www.muma-lehavre.fr/blog/montage-d-une-exposition-itinerante-au-japon

 

les oeuvres de l'expo prêtes pour le voyage.....et à l'arrivée !les oeuvres de l'expo prêtes pour le voyage.....et à l'arrivée !

les oeuvres de l'expo prêtes pour le voyage.....et à l'arrivée !

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DE L'ETUDE DE LA COTE DES OEUVRES DE Charles ANGRAND

16 Janvier 2011, 14:42pm

Publié par le webmaster

4 - les "crayons CONTÉ"

 Dernière étude sur l’œuvre graphique de Charles Angrand (1854-1926), les dessins au « crayon Conté » viennent pourtant comme point de départ de son œuvre graphique, comme par réaction d’amertume au brusque décès de son ami Georges Seurat, en 1891.

Et bien que cette période clôture notre série de quatre études, il ne faut en aucun cas la considérer pour autant comme la moins intéressante. Mais cette période est plus diffuse, moins encadrée dans le temps, puisqu’on peut considérer qu’elle court de 1892 à 1910, comme un fil rouge sur lequel sont apparus la série des Maternités, puis la parenthèse de la reprise de la couleur à l’huile et enfin les Fusains.

Nous avons volontairement mis à part Les Maternités (Cf. étude 1), bien que le « crayon Conté » soit également leur medium, car la recherche de la ligne parfaite, la courbe, l’arabesque sous-tend ces Maternités : « J’ai déplacé mille fois leur arabesque pour les rendre (les dessins) plus harmonieux tout en les maintenant expressifs » (lettre à FRECHON). La notion d’intériorité est évidemment présente, mais nous pouvons davantage y déceler une quête d’harmonie graphique (la ligne, la profondeur du noir et de ses dégradés).

Abandonnant la couleur en 1892, ses premiers dessins représentent des scènes intimistes encerclées d’un noir profond : La ménagère (1892), L’âtre (1892), Le cellier (1892).

Angrand--bon samaritain-Conté [320x200]Puis un regard symboliste apparaît, dû probablement à son galiériste, Le Barc de Boutteville, défenseur des Post-impressionnistes, des Nabis, des Symbolistes : L’apparition aux bergers (1894), Le bon Samaritain (1895), dans lesquels l’auréole de noir profond concourt pleinement à l’effet mystique et au recueillement. Au début du XXème siècle, notre peintre revient à sa chère campagne qui l’entoure, et au labeur qu’elle impose : Le paysan tondant sa haie (1903), Fin de moisson (1903), Les oies effarouchées (1903), Le mouton rouspéteur (1908)

En salle des ventes, ces épreuves ne sortent que rarement. Cependant, il est fort probable que les compositions signées (et souvent datées) dépasseraient la barre des 5.000€.

 

Voici quelques exemples relevés ces dernières années :

- 550 € Femme assise à la lecture (étude) en juin 2009 Versailles

- 4100 € Nu debout (signé) en mai 2000 New York

 

 

                                                           Hubert PRIAUCEY                                                        

  

Prix moyens, « au marteau », hors frais.

Sources : archives perso, ouvrage Lespinasse, Bénézit, Artprice, Auction.fr.

 

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DE L’ ETUDE DE LA COTE des ŒUVRES sur PAPIER de CHARLES ANGRAND

7 Janvier 2011, 21:09pm

Publié par le webmaster

Note du Webmestre

Dans ce 3ème article consacré aux oeuvres en papier de Charles ANGRAND, Hubert PRIAUCEY nous invite à nous intéresser aux fusains. Nous vous en souhaitons bonne lecture.

 

3 - LES FUSAINS 

Après l’étude sur les Maternités, période la plus exceptionnelle de son œuvre graphique, puis les Pastels, tournons-nous vers les fusains de Charles Angrand (1854-1926).

Après le décès en 1891 de son ami Georges Seurat, Charles Angrand a abandonné la couleur. Se retranchant dans sa région natale à Saint-Laurent en Caux, il dérive vers un art plus intérieur, fait de dessins au crayon Conté et au fusain. Charles Angrand se concentre alors vers la ligne et le clair-obscur. Les dégradés de noirs et de gris enveloppent une lumière intimiste. Concomitamment à une courte reprise de la peinture à l’huile entre 1905 et 1908, il travaille le fusain de 1905 à 1912.

Tournant le dos à l’art parisien et sa sophistication, il choisit des sujets presque exclusivement aratoires et champêtres comme en témoignent les titres donnés à ses compositions déposées lors des différentes manifestations auxquelles il participe : Paysan sciant du bois, Paysan sciant des racines, Bûcherons fendant des souches, Les chevaux, La voiture (acquis par Signac), Les vaches, Les chèvres, Les vaches qui se flairent, Les scieurs de bûches

Angrand-Les vaches qui se flairent [320x200]On pourrait imaginer que le trait gras du fusain retranscrit la terre riche du Pays de Caux, ses ornières boueuses, ses bovins trempés de pluie et ses paysans courbés sous le dur labeur. Les formes s’évanouissent sur le papier. La lumière est ambiante, intimiste. Elle ne détache aucun élément précisément.

Les critiques de l’époque s’en trouvent désarçonnés, et rares sont les collectionneurs.

Les feuilles présentées aujourd’hui en salle des ventes ne sont pas légion. Il faut encore bien discerner les œuvres signées (et souvent datées), des simples études, tamponnées ou non du timbre d’atelier. De 400 à 1.500€ pour les secondes selon leur degré d’aboutissement, les premières peuvent atteindre 3 à 4.000€.

Voici quelques exemples relevés ces dernières années :

-    800€ La femme au puits (étude) en décembre 2009 Piasa,

-    800€ Femme à la toilette (étude) en juin 2009 Versailles,

-    2.500€ Meule de foin (signé) en juin 2003 Tajan,

-    1.400€ Femme à la citerne (cachet d’atelier) en juin 2003 Piasa.

                                                                                                           Hubert Priaucey

 Prix moyens, "au marteau", hors frais.

Sources : archives perso, ouvrage Lespinasse, Bénézit, Artprice, Auction.fr.

 

Ch. ANGRAND - les vaches qui se flairent - collection privée

 

cliquer sur la vignette pour l'agrandir

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DE L'ETUDE de la COTE des OEUVRES sur PAPIER de Charles ANGRAND

25 Octobre 2010, 13:37pm

Publié par le webmaster

note du webmestre

Ce papier de notre ami Hubert Priaucey fait suite à un article publié en mars 2010 sur les "Maternités de Charles ANGRAND". Nous vous souhaitons bonne lecture.

 

2  - les PASTELS

 

   Après l’étude sur les Maternités, dessins réalisés sur une période courte mais sans aucun doute la plus exceptionnelle de son œuvre graphique et reconnue comme telle par les historiens d’art, nous nous tournons, dans ce deuxième essai, vers les Pastels de Charles Angrand (1854-1926).

   Depuis le décès de son ami Georges Seurat en 1891, comme par amertume, Charles Angrand a abandonné la couleur. Le noir et blanc lui suffit. Il se trouve pleinement en phase dans cet univers intimiste. Néanmoins, une brève incartade entre 1905 et 1908, donne le jour à quelques huiles au chromatisme réfléchi et à la structure géométrique de la touche "en bâtonnet". Puis, c’est le retour au fusain jusqu’en 1912. « J’essaie du pastel » écrit-il en juillet de la même année à Maximilien Luce. Il restera désormais fidèle à ce médium.

   Durant ces treize années (1913-1926), Charles Angrand produit environ 400 pastels, dont il n’en signe qu’une centaine. En effet, seules les feuilles abouties, à la composition équilibrée, reçoivent signature et quelques fois datation (il retournait ses dessins face sur le chevalet, en évaluant ainsi l’équilibre des masses par transparence, hors influence du motif ou des tons ; cqfd).

   Rares sont les artistes qui ont consacré une période de leur carrière exclusivement au pastel. Mais tous ont reconnu dans ce médium, la rapidité d’exécution devant un sujet "éphémère", sa facilité de transport "sur le motif", sa douceur de rendu "des carnations". Ainsi, Eugène Boudin couche, dans un élan vif, les ciels lourds de nuages ou ceux embrasés par le soleil couchant. Edgar Degas retranscrit, par ses coups de bâton de pastel, le travail  des corps de ses petites danseuses à la limite de la torture. Levy-Dhurmer, à l’instar d’Odilon Redon, irradie ses portraits comme ses paysages, d’une lumière vaporeuse dont seul le pastel peut sublimer le rendu.Angrand-portRouen1923 [320x200]

   Dans cette ultime et longue phase, Charles Angrand en fait son médium : il l’utilise comme unique moyen propre à définir la prépondérance de la nature et ses formes libres voire envahissantes (A St-Laurent-en-Caux 65x92 coll. part.), comme de la matérialité des activités industrielles du port avec ses formes rectilignes et acérées (Le Port de Rouen 61x93 coll. part.), ou les scènes de genre plus douces et remplies d’humanité (La partie de cache-cache 62x90 coll. part.).

   « Peut-on définir les pastels d’Angrand de symbolistes ? » s’interrogeait Laurent Salomé, Conservateur du Musée des Beaux Arts de Rouen, lors de la réunion de travail en préparation à l’exposition des Œuvres sur Papier de Charles Angrand aux Cabinets des Dessins de cet été 2010. Nous pourrions même étendre la question : relèvent-ils du naturalisme ? du réalisme ?54CA-ramasseuses [320x200] L’Histoire de l’Art laisse aujourd’hui le champ vierge aux spécialistes pour une étude approfondie.  

    Il est en tout cas certain, que Charles Angrand ne décrit jamais la nature pour elle-même, comme a pu le faire toute sa carrière durant Georges Bradberry, pastelliste de la seconde génération de l’Ecole de Rouen. Il y a constamment, dans les dessins de notre artiste, un discours social : ici nature veut dire labeur ! Dans la sérénité du verger, les pommiers donnent à profusion de belles pommes rouges, mais les femmes, au dos meurtri, sont accroupies et peinent à ramasser les fruits (Les ramasseuses de pommes 62x86 coll. part.).

   Malgré les festivités qu’engendrent la fin des moissons et le soin des chevaux pavoisés, le paysan, en chapeau de paille, arbore son matériel aratoire (Le triomphe des moissonneurs 67x95 coll. part.);Charles Angrand Le Triomphe des Moissonneurs [320x200] et même lorsque l’être humain disparait, les animaux, après leur labeur, subissent les déluges de la nature (Les chevaux sous la pluie 72x100 coll. part.).

   Cette absence remarquée d’étude de cette période touchante de l’œuvre de Charles Angrand de la part d’Historiens d’Art ou d’instances muséales, débouche sur une côte timide et fluctuante. L’état de la feuille ainsi que son encadrement sont, bien évidemment, à considérer.53CA-chevauxPluie [320x200] On relève des côtes entre 10 et 20.000€.

    Ajoutons que cet essai ne vaut que pour les feuilles d’importance (autour de 70x90 en moyenne) et signées. Insistons sur le fait que seules ces dernières sont signées, voire datées, de la main de l’artiste, toutes les autres portant, au mieux, le cachet d’atelier ou le timbre de la signature. A titre de comparaison, ces études "naviguent" entre 500 et 2.500€.

 

Hubert PRIAUCEY

 

Je vous donne un lien très instructif provenant du Musée d’Orsay, à propos de leur expo d’octobre 2008 à février 2009 : Le mystère et l’éclat, pastels du Musée d’Orsay : http://www.musee-orsay.fr/fr/manifestations/expositions/au-musee-dorsay/presentation-detaillee/article/pastels-du-musee-dorsay-16509.html?tx_ttnews%5BbackPid%5D=649&cHash=9447745262

 

Prix moyens, « au marteau », hors frais.

Sources : archives perso, ouvrage Lespinasse, Bénézit, Artprice, Auction.fr.

 

cliquer sur la vignette pour obtenir son aggrandissement.

 

Je  

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DE L’ÉTUDE DE LA COTE des ŒUVRES sur PAPIER de CHARLES ANGRAND

8 Mars 2010, 12:18pm

Publié par le webmaster



1- les MATERNITÉS

   angrand [320x200]  Cet article est le premier d’une suite de quatre que nous allons tenter de poser, afin de bien appréhender l’impact des dessins de Charles Angrand (1854-1926) dans l’histoire de l’art néo-impressionniste du tournant du siècle passé.

  Après le décès en 1891 de son ami et maître Georges Seurat, Charles Angrand quitte Paris pour son Pays de Caux natal, et abandonne, comme par amertume, la peinture à l’huile, hormis une courte reprise peu féconde entre 1905 et 1908.
 Ainsi trois périodes bien définies s’échelonnent, chacune caractérisée par l’emploi rigoureux d‘un médium : le crayon Conté entre 1892 et 1905, le fusain entre 1908 et 1913, puis le pastel jusqu’à sa disparition en 1926.

   Les ‘Maternités’ font partie de cette période de la fin du XIXème, mais dans un ensemble de dessins à thèmes variés tels aratoires, bucoliques ou quelques fois mystiques. Nous aborderons ces autres ‘Conté’ dans une rubrique particulière, étant convaincus qu’ils méritent à eux seuls une toute autre considération que les Historiens de l’art ne leur accordent aujourd’hui.


    IMG3 [320x200] Charles Angrand entame une démarche toute personnelle dans ses ʺMaternitésʺ.

     Nous pouvons parler de sous-période, qui s’étale entre 1896 et 1899. Son frère Paul, qui réside à Dieppe, vient d’être papa d’un petit Henry. En fait, ce n’est pas l’émotion de voir ce petit être blotti contre la poitrine de sa mère qui envahit notre peintre. A l’instar de Claude Monet qui, devant la dépouille de son épouse Camille Doncieux, ne peut contenir le besoin impérieux de la portraiturer, Charles Angrand ne voit que la pureté de la courbure des lignes dans la communion des deux corps.
    C’est alors que débute la quête de l’arabesque parfaite. « Je m’efforçais de mettre en proportion et surtout en harmonie, les formes conjuguées des deux êtres » (lettre à Signac, janvier 1897) et « J’ai déplacé mille fois leur arabesque pour les rendre (les dessins) plus harmonieux tout en les maintenant expressifs » (lettre à Frechon).

    De nombreuses feuilles apparaissent. En fait, pas si nombreuses que cela, car Charles Angrand ne se satisfait que d’une petite dizaine, sur lesquelles il appose sa signature. Et, pour une seule signée, on peut estimer qu’il a noirci, là également, une petite dizaine d’études. Soit au total, autour de 80 ʺMaternitésʺ au degré d’aboutissement bien différent. Cela dit, certaines études poussées peuvent être considérées comme des œuvres à part entière, comme le souligne Laurent Salomé, directeur des Musées de Rouen.

 Maternité étude-1 [320x200]      A ce jour, les ʺMaternitésʺ signées se retrouvent en très grande majorité dans les collections publiques des musées internationaux : Orsay, Genève, USA. Restent les études et esquisses. La faible fréquence de leur sortie en salle des ventes (une tous les 2 ans en moyenne) maintient un niveau élevé de cote, proportionnel, bien évidemment, au degré d’aboutissement du dessin. 
  
 La fourchette se trouve ainsi étirée : de 5 000€ pour un simple positionnement des masses, à 50 000 € pour une étude très poussée au noir profond et à l’arabesque parfaite des jeux de lumière. Ajoutons que des fusains existent, médium qui ne rend pas, hélas, la légèreté de la mine de plomb.

  Voici quelques exemples relevés :

 

 - 44 400 €, le 19 juin 2007 (Christie’s Londres) pour une étude aboutie
    -  5 800 €, le 11 décembre 2000 (Piasa Paris
    -  2 300 €, 12 décembre 1997 (Paris)
    -  9 000 €, 30 mars 1995 (Paris)
    -  4 300 €, le 09 décembre 1990 (Calais)
    - 22 500 €, le 15 juin 1990 (Paris)
    - 24 400 €, le 24 novembre 1988 (Paris)
    - 36 000 €, le 22 juin 1988 (Paris)

 

Prix moyens, ʺau marteauʺ, hors frais.

Sources : archives perso, ouvrage Lespinasse, Bénézit, Artprice, Auction.fr.

 

        Hubert Priaucey
 

en haut à gauche Charles Angrand à St-Laurent en Caux ( le journal de l'école de Rouen - F. Lespinasse)
à droite "maternité" - 1896-1898 - crayon Conté - 62x48cm - coll. particulière 
à gauche "maternité" - étude

illustrations

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de l'étude de la cote de Marcel Delaunay

9 Septembre 2009, 16:00pm

Publié par le webmaster

(voir aussi l'article "le mot de la rentrée" dans la catégorie "la chonique de F. Lespinasse")

   En complément de l’article de ce 5 mars, paru sur notre site, de l’excellent François Lespinasse, dont nous regrettons la galerie rue Martainville, penchons-nous sur la cote actuelle de ce peintre attachant qu’est Marcel Delaunay.

   Elève de Charles Frechon, Marcel Delaunay (1876-1959) s’est vite libéré de l’influence de son Maître : que ce soit dans la touche (Marcel Delaunay adopte une technique plus académique que son professeur), ou dans le sujet (natures mortes et paysages). Ses natures mortes sont constituées principalement de bouquets de fleurs, thème que délaissa totalement Charles Frechon. Ses bouquets, dressés dans un vase bien présent sur un entablement, ne manquent jamais de caractère, devenant de plus en plus synthétiques au fil du temps, rappelant, avec leur léger cerne noir, les principes Nabi.

   Quant aux paysages, il peint certes la campagne mais pas celle des grandes étendues de plaine où éclatent les champs de blé, ni les sous bois traversés de chemins qui focalisent, dans les feuilles tombées au sol, l’ensemble de la palette solaire. Sa campagne semble plus sobre, plus rurale, dont ressort le “portrait” de fermes et de bâtisses agricoles marqué par l’absence d’animation humaine.

   Mais, issus de Charles Frechon, on peut vraisemblablement retenir sa passion pour l’art sacré, quand son professeur dessinait la majesté des intérieurs de cathédrales (1), ainsi que son engagement pour la sauvegarde du patrimoine architectural et écologique.
 chemin de campagne, hst de M. Delaunay - coll.part.


    L’historien d’art ne discerne pas, dans la carrière de Marcel Delaunay, de périodes successives définies, mais un impressionnisme permanent, un peu tardif certes.
   Comme nous le précisions, deux thèmes se dégagent : le paysage aratoire (600 à 4.000€, mais pouvant culminer à 12.000€ quand il s’agit de Rouen) et les bouquets de fleurs (300 à 3.000€).

 

 

 

                                                                                                    Hubert Priaucey

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ETUDE DE LA COTE D'ALBERT LEBOURG

10 Juin 2009, 14:36pm

Publié par le webmaster

   En prélude à l’exposition montée par le Musée Municipal de Pont-Audemer à l’occasion de la donation de deux toiles d’Albert Lebourg (1849/1928) dont la Directrice, Mathilde Legendre, avait déjà accueilli sur ses cimaises lors du premier trimestre 2008 « L’ Ecole de Rouen, de l’impressionnisme au cubisme, soixante ans de modernité » qui rencontra un succès incontestable.
   Avant que son département natal ne lui rende hommage en les murs du Musée des Beaux Arts d’Evreux, lors d’une grandiose rétrospective prévue pour l’automne 2010, année phare de L’impressionnisme en Normandie, nous nous sommes penchés sur la côte d’Albert Lebourg.

 Comme pour bon nombre de peintres, l’historien d’art tente de fragmenter la carrière d’un artiste afin de mieux en appréhender l’évolution du style, d’en rapprocher les influences, et d’en découvrir puis définir les similitudes stylistiques caractéristiques de la période. Cette « fragmentation » est fréquemment basée sur les déplacements géographiques du peintre, comme ses voyages ou ses déménagements par exemple, mais également sur des critères plus psychologiques comme une rencontre, un changement de médium, une exposition capitale ou même un choc émotionnel. Bien évidemment, la cote de l’artiste se calque aveuglément sur ce découpage, omettant quelquefois une période, révisant la valeur d’une autre au gré de l’apparition sur le marché d’œuvres d’une haute qualité significative.

   Albert Lebourg ne déroge pas à la règle : il est établi de recenser plusieurs périodes selon, ici, ses déplacements. Toutefois, il est important d’insister sur l’unité stylistique de son œuvre, Albert Lebourg n’ayant employé exclusivement qu’un vocabulaire impressionniste toute sa vie durant, s’y confondant presque quelques fois aux limites de l’abstraction. Côtoyant les Maîtres du mouvement et participant à leurs côtés aux Expositions Impressionnistes de 1879 et 1880, il devint, à l’instar d’Alfred Sisley, un apôtre du mouvement impressionniste.

 

1- jusqu’à son départ pour Alger en 1872 : quelques huiles des alentours de Montfort-sur-Risle, des ports de Rouen et de Dieppe (1.000 à 4.000€) et de plus nombreux dessins, surtout académiques (500 à 1.500€).

2- Alger (1872/1876) : malgré la rareté des œuvres mises sur le marché, et leur éblouissante luminosité, la cote de “Lebourg orientaliste” n’est pas encore à la hauteur des attentes (10.000 à 15.000€) ; il en est de même pour les dessins (1.500 à 4.000€).

3- Paris (1876/1920) : des sites privilégiés : les quais (10.000 à 30.000€), Notre-Dame, toujours prisée (15.000 à 35.000€), et des réussites incontestables : Chatou, Meudon, Neuilly, Sèvres, Suresnes… (1888/94), puis Moulineux (1910) (15.000 à 40.000€). Quelques dessins intimistes (1.500 à 6.000€). Notons des allers-retours incessants en Normandie ; il acquiert un appartement sur les quais de Rouen en 1892, d’où il rayonne dans les environs, descendant la Seine jusqu’à Honfleur (10.000 à 35.000€).

4- Auvergne : 2 voyages (1884 et 1885/86) : malgré son œuvre manifeste “ Neige en Auvergne ” les amateurs ne semblent que peu apprécier les œuvres ; la rudesse du Pays et la rigueur de ses hivers débouchent sur des toiles aux tonalités sombres, éclairées, il est vrai, par quelques effets de neige (5.000 à 13.000€).

5- Hollande : 2 voyages (1895/96 et 1896/97) : paysages où il excelle : de l’eau, des ciels bas et chargés, et les moulins comme éléments architecturaux majestueux ; cote certaine (15.000 à 35.000€).

6- St-Gingolph sur le Lac Léman (1902) : paysages montagneux peu à sa mesure, mais il se raccroche à l’élément aquatique sillonné par les barques à la voilure élancée si particulière ; période peu connue et la faiblesse de la cote en résulte (12.000 à 18.000€).

7- La Bouille (1904/1909) : beaucoup de sensibilité ; la Seine semble plus proche et plus vivante, animée par le bac qui la traverse et les vapeurs qui font la navette avec Rouen ; bonne cote rarement galvaudée (17.000 à 40.000€).

8- La Rochelle (1905) : motif recherché, d’une palette matinale particulière nuancée de gris qui irisent les rayons du soleil. Emerveillé, se souvenant du port fermé par ses deux tours peint par Corot, il compare le site avec Venise. Cote ferme (20.000 à 35.000€).

9- Rouen (après 1920) : œuvres rares. Devenu hémiplégique, Albert Lebourg nous propose des compositions plus gauches et incertaines. Les prix d’adjudication s’en ressentent, dévalorisant la cote générale du peintre, d’où un amalgame mal perçu par un public peu averti.

 

   Quelquefois un peu confuses, les toiles d’Albert Lebourg ne manquent jamais de sincérité. Ainsi, il n’a  jamais versé dans la “peinture alimentaire”. Habituellement insatisfait de son travail, il fit toujours preuve d’une grande humilité.

   C’est le peintre des ciels embrumés que le soleil tente laborieusement de transpercer. C’est celui des cours d’eau calmes, sièges d’une palette riche et nerveuse.

   Peintre très présent dans les ventes publiques comme dans les galeries de par le monde, sa cote ne variera que peu, hors périodes délaissées aujourd’hui. Il y a donc peu de craintes à formuler sur l’avenir, le “coup de cœur” restant ainsi le meilleur conseiller.

                                                                                            Hubert Priaucey

 

P.S. - En contrepartie, ces derniers constats font, en conséquence, que des faux circulent !

Prix moyens, au marteau’, hors frais, relevés sur les 7 dernières années pour des œuvres de qualité.

Sources : archives perso, ouvrages Lespinasse, catalogue Bénédite, dictionnaire Bénézit, Artprice, Auction.fr.

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du néo-impressionnisme chez les peintres de l'Ecole de Rouen

5 Avril 2009, 12:51pm

Publié par le webmaster

      Au plein cœur du mouvement impressionniste, et partageant sa vie entre Paris et Rouen, Albert Lebourg (1849-1928) fut un exemple pour la première génération des peintres de L’école de Rouen, qui cultivèrent cette technique d’expression toute leur carrière durant (1), bien que ce mouvement devienne moribond dès 1900 voire désuet après 1914. Mais, quelques uns, à l’écoute de l‘avant-garde parisienne, se tournent vers le néo-impressionnisme naissant, devenant pour l’heure à leur tour au plein cœur de la modernité, évoluant et travaillant dans et pour la mouvance de cette dernière.

     Par néo-impressionnisme, on entend généralement pointillisme, c'est-à-dire juxtaposition de petits points de couleurs, procurant alors à la composition, une lumière, une subtilité, que la touche traditionnelle, construite à base de mélange de tons (de couleurs), ne parvient nullement à rendre. Mélange classique de tons qui, s’il est quelque peu désordonné, tourne alors vers un brun peu engageant. On parle également de divisionnisme : “ division ” de la touche, chaque touche de pinceau étant bien séparée de celle voisine, et “division” du ton, chaque couleur étant une primaire du spectre chromatique (bleu, rouge ou jaune). Les complémentaires (violet, orange, vert) naissant de la fusion des points colorés voisins les uns des autres, fusion que fait l’œil à distance (cqfd !). 
     Georges Seurat (1859-1891), le chantre du néo-impressionnisme, s’emploie à un divisionnisme rigoureux : division de la touche (petits points) et division du ton (primaires). Ses disciples proches (Signac, Luce, Cross, Dubois-Pillet, Van-Rysselberghe… et notre cher Angrand) adaptent la technique fastidieuse à leur caractère, élargissant la touche au fil du temps, et incorporant des complémentaires au fur et à mesure.

      Charles Angrand (1854-1926), intime de Seurat et plantant régulièrement son chevalet près du sien, adopte un pointillisme à la trame plus ténue, plus concentrée, y ajoutant de surcroît des complémentaires comme le vert.
Il incite ses amis Charles Frechon et Joseph Delattre, restés à Rouen, à se convertir à “la méthode” dans des échanges de courrier très incisifs.


      Charles Frechon (1856-1929) s’y risque quelques temps, ne maintenant de “la méthode” que la division de la touche, les tons complémentaires et intermédiaires restant présents. Ses toiles y gagnent en puissance et en caractère propre, reconnaissable. Il est, à cet instant, à la pointe des recherches picturales de son époque. Après la mort de Seurat, et l’étiolement du groupe néo-impressionniste (Charles Angrand s’en retournant dans son Pays de Caux natal), 
       Charles Frechon élargit sa touche, la “virgule”, mais rejoint un impressionnisme élégant et capiteux, que les Historiens de l’Art jugent un peu tardif.   

   Néanmoins, il conservera toujours de petits points rouges carmin qui émaillent ses ombres et ses parties en contre-jour leur conférant ainsi une profondeur considérable.

      Joseph Delattre (1858-1912), enfant terrible de L’École de Rouen, sensible aux propos convaincants de son ami Angrand, s’y soumet également, de façon toute fois plus fugace que Charles Frechon. La lenteur de ‘la méthode’ ne convenant que peu à notre artiste bouillonnant, Joseph Delattre n’y consacre qu’une demi-poignée d’œuvres, avant d’abandonner.

        La cote des œuvres découle de leur édification en phase avec la modernité de leur époque. Un rapport de 1 à 5 peut être établi. Ainsi, la Seine à Courbevoie de Charles Angrand (hst sbd 50x65 coll. Larock) pointilliste, peint en 1888 aux cotés de Seurat, a vu un record de 677 000 € (Sotheby’s Londres - juin 1998) avec une estimation en 2008 supérieure à un million d’euros, alors qu’un Angrand “impressionniste” se situerait entre 50 et 200 000 €. On peut s’attendre à un même rapport de 1 à 5 pour un Frechon (Rouen sous la neige (hst sbg Ch. Frechon 1889/90 coll.part.) à 33 000 € (Rouen avril 2004), ou un Delattre néo-impressionniste, alors qu’une œuvre classique se vendait entre 7 000 et 15 000 € (2).

         Voila de quoi comprendre les prix, et évaluer de leur pertinence. L’œil et le sentiment provoqué aboutiront toujours au meilleur choix. Le passage à l’acte d’achat, quant à lui, ne doit jamais éluder une recherche historiée et argumentée.


Hubert Priaucey
 

(1)    Lemaître, Frechon, Vignet, Delattre, de Bergevin.

(2)    Prix “au marteau”, hors frais, convertis en euros et arrondis à la centaine la plus proche.

Sources : archives personnelles, artprice, auction.fr,  Bénézit, ouvrages Lespinasse.

Illustrations 
- à droite : Ch. ANGRAND - la Seine à Courbevoie (détail)
- à gauche : Ch. FRECHON - jardin (détail)

cliquer sur l'image pour l'agrandir 

 

 

 

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