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Les Amis de l'Ecole de Rouen

Articles avec #la rubrique de pierre buychaut

interview de Jacques-Sylvain KLEIN par P.BUYCHAUT - Expo "SEINE AU TRAVAIL" au Musée de l'Hotel-Dieu de MANTES-la-Jolie

13 Mars 2017, 15:29pm

Publié par le webmaster

Nous vous avons déjà publié dans les pages du blog les interviews que notre Collaborateur, Pierre BUYCHAUT, a réalisées de Mme Jeanne-Marie DAVID, Conservatrice du Musée de l'Hôtel-Dieu et Organisatrice de l'exposition, et de notre Ami François LESPINASSE.

Lors du vernissage de l'Exposition le 23 février dernier, Pierre BUYCHAUT a également rencontré une troisième personnalité, l'Historien d'art bien connu, Jacques-Sylvain KLEIN.

J-S. KLEIN  a créé en 2010 le "Festival  Normandie Impressionniste" ; conseiller en ingénierie industrielle, il a participé également à la création en 2015 par les Régions Normandie et Ile-de-France de "Destination Impressionnisme", une des quinze destinations touristiques labellisées par le Ministère des Affaires Étrangères ; il est Commissaire de nombreuses expositions picturales dont " L'Atelier en plein air, les impressionnistes en Normandie" (Paris, Musée Jacquemart-André, 2016) et l'auteur de plusieurs ouvrages historiques dont "Lumières normandes - les hauts-lieux de l'Impressionnisme" aux Éditions Rouennaises point de vues (juin 2013).

           Nous vous invitons à regarder la vidéo de Pierre BUYCHAUT ci-jointe qui rapporte les propos échangés au Musée de l'Hôtel-Dieu entre ces spécialistes de l'Impressionnisme en Normandie.

Pierre BONNARD - la terrasse à Vernon (1928) - Dusseldorf (K NW )

Pierre BONNARD - la terrasse à Vernon (1928) - Dusseldorf (K NW )

Nous profitons de cette dernière annonce pour vous rappeler de ne pas oublier de visiter au Musée de VERNON (27) une EXPO jumelle " au fil de l'eau" du 25 février au 25 juin 2017 organisée sur le thème "SEINE de LOISIRS" et à laquelle les Membres de l'Association ont participé par le prêt de nombreuses toiles.

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interview de F. LESPINASSE par P.BUYCHAUT -Expo " SEINE AU TRAVAIL"- Musée de MANTES-la-Jolie -

3 Mars 2017, 15:34pm

Publié par le webmaster

Nous vous avons transmis le week-end dernier l'interview que notre Collaborateur, Pierre BUYCHAUT, a réalisé de Mme Jeanne-Marie DAVID, Conservatrice du Musée de l'Hôtel-Dieu et Organisatrice de l'exposition, lors du vernissage de cette manifestation le 23 février. 

   A cette occasion, Pierre BUYCHAUT a également rencontré  un Ami bien connu des A.E.R., François LESPINASSE, qui est associé par le Musée à la présentation des oeuvres exposées.

   Nous vous invitons à regarder la vidéo de Pierre BUYCHAUT ci-jointe qui reprend les propos échangés ce jour-là entre nos deux Amis.

bonne lecture

le webmestre

interview  de F. LESPINASSE par P.BUYCHAUT  -Expo " SEINE AU TRAVAIL"- Musée de MANTES-la-Jolie -

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EXPOSITION "au fil de l'eau" SEINE AU TRAVAIL Musée de l'Hôtel-Dieu de MANTES-la-Jolie

27 Février 2017, 10:34am

Publié par le webmaster

Notre Collaborateur , Pierre BUYCHAUT, a représenté l'Association lors du vernissage des oeuvres exposées le jeudi 23 février 2017.

Il s'est entretenu quelques instants avec Mme Jeanne-Marie DAVID, Conservatrice du Musée et organisatrice de la manifestation.

En cliquant sur le lien suivant vous trouverez une vidéo des propos échangés à cette occasion.

 

bonne lecture

le Webmestre

EXPOSITION "au fil de l'eau" SEINE AU TRAVAIL Musée de l'Hôtel-Dieu de MANTES-la-Jolie

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DES EXPOSITIONS "AU FIL DE L'EAU"...

26 Février 2017, 14:31pm

Publié par le webmaster

cliquer gauche pour agrandir les affiches de cette manifestationcliquer gauche pour agrandir les affiches de cette manifestation

cliquer gauche pour agrandir les affiches de cette manifestation

Avec le développement des lignes de chemin de fer à la moitié du XIXe siècle, ainsi que l’engouement pour les séjours balnéaires, c’est toute l’ambiance de la nouvelle société des loisirs que les artistes du XIXe siècle se sont attachés à restituer. Canotage, pêche, déjeuner sur l’herbe, autant d’activités qui prennent pour cadre le plein air et les bords de Seine entre Paris et l’estuaire

Deux volets ont été associés dans une rétrospective représentative des activités du fleuve : les loisirs sur la Seine au Musée de Vernon et, sans doute moins pittoresques mais autant attractives pour les peintres, celles de la Seine laborieuse au Musée de l’Hôtel-Dieu de Mantes-la-Jolie.; du 25 février au 25 juin 2017.

  En organisant ces présentations importantes, Madame Jeanne-Marie DAVID, Conservatrice du Musée de l'Hôtel-Dieu de Mantes et Directrice du Service Culture et Patrimoine de la Ville de Vernon, a rassemblé sur les cimaises des salles d'exposition un certain nombre de très belles œuvres picturales et vitrines de collections publiques et privées dont une quinzaine lui ont été confiées par des Membres de notre Association des Amis de l'École de Rouen.

  Nous informons nos abonnés qu'un vernissage de l'Expo "la Seine au travail" est organisé au Musée de l'Hôtel-Dieu de Mantes par MM. M. VIALLAY, maire de MANTES et Ph. ALLIO, Adjoint à la  Culture et au Patrimoine, le jeudi 23 février 2017 à 18h30.

A. LEBOURG - bords de Seine à Muids - 1903 - 54x81 - coll. part

A. LEBOURG - bords de Seine à Muids - 1903 - 54x81 - coll. part

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été 2015 : Interview de Sylvain Amic, Directeur des Musées de Rouen, par Pierre Buychaut

9 Août 2015, 09:59am

Publié par le webmaster

 Pierre Buychaut : alors, Sylvain AMIC, que donne cet Hommage à Pierre HODÉ ?  *

Sylvain Amic : c’est un bel hommage, mais qui reste modeste : l’aspect des "Rythmes Mécaniques" et sa collaboration au "Pavillon des Chemins de Fer" n’ont été que partiellement abordés, idem pour son approche du "Théâtre Synthétique". Et l’angle sériel de son œuvre n’a pas été vu.
De plus, de nombreuses toiles qui paraissent exceptionnelles, ne nous sont connues que par photo. Mais cela n’interdira pas une vraie rétrospective future.

C’est un artiste très singulier !

*  Merci de bien vouloir consulter aussi dans la catégorie "la rubrique de Pierre BUYCHAUT" les interviews de Marie-Claude COUDERT (parue en avril 2015) et cellle de Sylvain AMIC  ( décembre 2013 - nouvelle parution le 21/07/2015)

PB : nous sommes tout ouïes…

SA : en observant son œuvre par son aspect chromatique, on remarque, par exemple, que le choix du coloris chez HODÉ est très évocateur de la matérialité des objets : l’acier, le bois…

PB : une toile a-t-elle retenu votre attention ?

SA : Les motifs "à la cible" sont très intéressants ! Ils me rappellent ces artistes français tentés par le Futurisme comme Henry VALENSI (1883-1960) (mouvement italien né en 1909, lié à la représentation picturale du mouvement - ndlr)

 P.HODE -la rue de l'épicerie - 1922--HST 61x61 - coll.part.

PB : beaucoup font la relation avec Sonia DELAUNAY…

SA :   oui… ?? Ah bon !Pas du tout ! A mon avis, pas du tout !!

Je m'explique : oui, sur le plan formel on peut dire cela. Mais, à mon avis, c’est un peu rapide. Les motifs de Robert et Sonia DELAUNAY sont circulaires certes, mais il s’agit de distribuer des rapports de couleurs.

P.HODE - "le village" 1922 - HST 54X65 - coll. part

HODÉ, ce n’est pas ça : il peint un motif au travers d’un prisme transparent qui décompose le réel en cercles concentriques. Il emploie des couleurs sombres, sans les changer d’un cercle à l’autre. Ainsi le motif est décalé, dans une espèce de décomposition des instants. C’est plus une mise en mouvement d’un motif, contrairement aux DELAUNAY, où c’est la vibration de la couleur qui crée le mouvement. DELAUNAY, c’est la recherche d’une harmonie solaire, d’une fusion du motif dans la lumière et la couleur. HODÉ, c’est comment la vision est transformée au travers différentes temporalités !

PB : on est en 1922. N’est-ce pas un peu tardif pour du Futurisme ?

SA : c’est vrai. Mais c’est un mouvement, comme le surréalisme, qui a une longue histoire, et s’étale sur plusieurs générations.

PB : rapprochez-vous son œuvre du Cubisme ?

SA : Je trouve qu’il tire plutôt vers le Purisme (mouvement post-cubiste - ndlr), en particulier dans ses natures mortes, qui sont finalement plus proches de OZENFANT (Amédée OZENFANT 1886-1966) ou LE CORBUSIER (Charles Jeanneret dit..., 1887-1965) que du cubisme. On peut également évoquer André LHOTE (1885-1962).

Dans tous les cas il s’agit d’échos du cubisme : simplification des formes, usage de l’imprimé, collage d’espaces, mais cela reste bien loin du cubisme qui déstructure la forme pour en restituer toutes les facettes amalgamées dans le plan du tableau.

P.HODE "nature morte au pot blanc" - 60x73 - coll.part.

Le Cubisme Synthétique, ce n’est pas encore ça non plus, ni le Cubisme Analytique ! Pas non plus le Futurisme d’Umberto BOCCIONI (1882-1916).

PB : on parle également de METZINGER, LA FRESNAYE…

SA : Jean METZINGER (1883-1956) est un théoricien et ses compositions des années cubistes vont très loin dans la complexité de la forme. LA FRESNAYE (1885-1925) est au fond un grand classique : c’est un merveilleux dessinateur et ses compositions sont très savantes. HODÉ se soumet beaucoup plus au motif que Metzinger, et n’utilise pas le langage allégorique de LA FRESNAYE.

Justement, c’est la singularité de Pierre HODÉ qui fait qu’on ne sache pas trop où le ranger !

Bon, quand il y a les cartes à jouer, les lettrages, on parle à tort de cubisme. Regardez : Pierre BONNARD (1867-1947) adore mettre des lettrages dans ses compositions tout comme des jeux de miroir, chers à HODÉ ! On ne pas dire pour autant que HODÉ ressemble à BONNARD !

PB : HODÉ, un artiste difficile à cantonner…

SA : oui, comme tous ces petits maîtres peu connus et savoureux qui gravitent dans les milieux des avant-gardes. Je pense à TIRVERT (Peintre de l’Ecole de Rouen, l’École 1881-1948), Félix TOBEEN (1880-1938), Léopold SURVAGE (1879-1968), Serge FERAT (1881-1958), André MARE (1885-1932), Marie WASSILIEFF (1884-1957), Nathalia GONTCHAROVA (1881-1962), et puis les premiers DUMONT (Peintre de Rouen, 1841-1936) de "La Section d’Or"…

Tous ont inventé des formes. Ils ne sont pas peintres cubistes, mais ils aiment ce langage moderne. Chacun a trouvé une combinaison qui lui est propre, un public qui lui est propre, ce qui fait la richesse de cette époque.

PB : les Ports de Hodé ?

P.HODE "la guepe" 1923 - HST 38X55 - coll.part.

SA : c’est certainement la partie de son œuvre qui est la plus célèbre. Mais au-delà des remorqueurs, ce que j’aime beaucoup, c’est sa capacité à décrire des réalités humaines, comme dans le tableau du musée. On est au "Café du Port", mais ce n’est pas une carte postale : la mise en abîme des reflets, les vitres et les miroirs, changent toute la perception de ce moment, et tout à coup fait émerger autre chose.

Très peu d’artistes ont été capables de retranscrire ce vertige du réel. Pour le coup, je n’ai pas d’équivalence en tête. Ah si !!!, on peut évoquer les Nouveaux Humanistes, Léon ZACK (1892-1980), Philippe HOSIASSON (1880-1978), dans leurs débuts.

PB: des projets en cours ?

SA : nous travaillons à la construction d’un PÖLE MUSEAL à l’échelle de la Métropole qui, cela dit en passant, couvre un territoire où l’École de Rouen était fort active. Ce sera une structure adaptée à la valorisation des Écoles Régionales !

PB : expliquez-nous…

SA : l’idée est de créer une sorte de Musée éclaté qui regrouperait les beaux-arts, les sciences et techniques, le patrimoine industriel, (comme le Musée de La Corderie Vallois à ND de Bondeville), les sciences naturelles, les antiquités, l’archéologie, la littérature, les archives, etc...

Tous ces savoirs ont souvent été incarnés par des personnalités régionales qui ont constitué des collections en lien avec l’histoire du territoire, qu’il s’agisse de fouilles, de collectes ou de représentations. Tout cela est très complémentaire, et compose une sorte de portrait d’un groupe humain à travers son histoire. Il y a plus de liens qu’on ne croît entre ces fonds.

PB : une mise en lumière du Patrimoine Normand ?

SA : oui, ainsi cette structure plus adaptée, sera le fer de lance de la mise en valeur du patrimoine métropolitain, que ce soit à travers des écoles, des personnalités. Et les opportunités d’expositions seront supérieures !

De plus, elle se tournera vers un public plus large que celui des érudits : toutes les approches, toutes les curiosités seront autorisées.

PB : Un échange de compétences ?

SA : C’est ce qui permettra de relier tous ces patrimoines entre eux : quel rapport entre La Fabrique des Savoirs et Les Beaux-arts ? A priori aucun ; or, nous avons par exemple dans nos collections un tableau d’Émile MINET représentant l’activité textile.

 Louis-Emile MINET - Tissage et Tisserands -1923 -HSCart.marouflé-26,5x25 coll.MBARouen  

Cela peut avoir du sens de le montrer à Elbeuf. Idem avec le Musée des Antiquités dont les collections et celles des Beaux-arts ont été liées : céramiques et antiquités étaient, jadis, présentées ensemble. D’autres rapports sont possibles : une sculpture romaine du début de l’ère chrétienne dans une salle du XVIe siècle au Beaux-arts permet de montrer de façon explicite comme l’antiquité inspire la Renaissance. Notre grand tableau de Joseph-Désiré COURT (1797-1865), "Le martyre de Sainte Agnès", où l’on voit le Forum de Rome, pourrait côtoyer des pièces de l’antiquité romaine. Je suis persuadé que ces échanges seront très stimulants.

 

 J.D.COURT-"le martyre de Ste-Agnès"

1858-HST 496x812cm.-coll.MBAR;

PB : vous avez évoqué des personnalités locales ?

SA : car ces personnalités, vivant à la même époque, se rencontraient, appartenaient aux mêmes cercles, échangeaient leurs savoirs. Leurs collections étaient universelles, moins spécialisées que celles d’aujourd’hui. Ces esprits très ouverts collectionnaient tout, aussi bien les Beaux-ats que la Céramique ou la Ferronnerie… Cette structure va permettre de décloisonner ce que l’on a découpé aujourd’hui par commodité, en catégories.

Je regretterais que quelqu’un qui se passionne pour les techniques, ne rentre pas aux Beaux-arts où il peut les voir à l’œuvre. Dans notre exposition Sienne , nous montrons le travail de l’artiste et de son atelier pour produire au XIVe siècle des panneaux peints : le bois brut puis enduit, la toile noyée, le gesso (une préparation à base de gypse et de colle de peau NDR), la feuille d’or..., toute une stratification de préparations avant l’application de la peinture. Il n’y a pas que l’image qui intéresse le grand public, l’histoire matérielle des objets se révèle être très attirante.

PB : vous allez bouger, diluer les lignes de démarcation d’orientation de ces Musées !

SA : surtout pas ! Tous ces musées ont leur identité et leur public. Tous ces Musées sont labellisés « Musées de France », avec les qualités d’exposition et de conservation requises, des personnels scientifiques spécialisés compétents qui se complètent entre chaque musée.

Dans leur spécialisation, ils sont le reflet d’une volonté opiniâtre d’ordonner le monde. Avec ce projet, nous n’allons pas tout bouleverser, mais tenter de retrouver cette curiosité universelle qui a présidé à la création des musées.

PB : le Musée des Beaux-arts sera pilote ?

SA : Il est le plus visible, mais sa fonction sera d’être tête de réseau et de redistribuer une part de son « visitorat » vers les autres sites ; en terme d’organisation, il pourra apporter aux divers musées des services qu’ils ne possèdent pas, administration, médiation, communication, développement des ressources, mécénat, location d’espaces…

Chacun de ces musées a une mission propre, et une fonction d’animation du territoire. En créant des "temps" communs, nous inviterons le public à circuler d’un site à l’autre, moyennant une incitation tarifaire par exemple, des abonnements, des invitations croisées... La circulation des publics sera l’enjeu premier du PÔLE MUSÉAL.

PB : une mutualisation de moyens ?

SA : d’abord une mutualisation de compétences et de savoir-faire. Imaginez ce que pourrait être un programme de conférences commun : c’est l’Université de tous les savoirs !

Nous souhaitons créer une offre numérique commune très attractive qui devienne une plate-forme de connaissances et qui permette de suivre tous les programmes et les cycles de conférence du pôle muséal, par streaming par exemple ; pouvoir mettre en ligne ce contenu vivant et également les bases de données des collections qui sont inaccessibles au grand public aujourd’hui.

PB : oui, oui, très innovant…

SA : et enfin, ce qui m’importe le plus, savoir ce que le public pense et désire. Le Musée est une institution qui ne vous demande pas votre avis. A ce jour, on on sait à peine ce que le public a en tête en rentrant au Musée. Nous n’avons pas conscience de ses goûts et préférences. C’est quelque peu anachronique à l’ère des réseaux sociaux !

N’oublions pas, que le projet des musées, créés à la Révolution, était de restituer un patrimoine au public. Depuis, malgré tous les efforts de démocratisation, ce projet initial a été quelque peu confisqué par les "sachants". A l’inverse, dans L’assommoir de Zola,  la noce de Gervaise Macquart se rend au Musée pour y passer un bon moment. Certes, ils détonnent dans le paysage, mais cet épisode montre que le Musée était alors un lieu très ouvert, gratuit et populaire !

Enfin, ce projet de PÔLE MUSÉAL doit être l’occasion de remettre en question nos pratiques. Par exemple, durant "Le Temps des Collections", nous invitons des personnalités extérieures qui ne sont pas issues du monde des musées (Christian LACROIX en 2012, Olivia PUTTMAN en 2013, Laure ADLER en 2014, Agnès JAOUI en 2015 - ndlr) ; c’est un premier pas vers l’ouverture nécessaires des musées vers d’autres univers.

PB : un nom pour ce PÔLE MUSÉAL ?

SA : nous n’avons pas encore trouvé de nom. On peut le penser en terme géographique comme un archipel, ou stellaire comme les pléiades ; ou bien d’aire urbaine, car une bonne part de ces musées est regroupée sur un petit périmètre ; ou encore sous l’angle de la curiosité ; ou sous celui de l’échange du forum….

PB : la création du PÔLE MUSÉAL ne sera-t-elle pas le prétexte de refermer les portes du Musée de Rouen à "L’École de Rouen" ?

SA : Au contraire ! Je pense que les œuvres de ces artistes sont propices à de multiples lectures, dans divers établissements.

Au musée des Beaux-arts, nous pouvons reconduire ce que nous avons fait pour Pierre HODÉ, une salle entière dédiée sur presque une année (de novembre 2014 à août 2015 - ndlr).

PB : la rétrospective Charles FRECHON de 2008, c’était autre chose ! *

* consulter l'ouvrage édité pa les Musées de Rouen lors de l'exposition Ch. FRECHON  de mai à septembre 2008 organisée au MBARouen avec la collaboration de l'Association et de F.Lespinasse.

SA : ah, oui, c’est vrai que cela n’avait rien à voir.  Vous étiez très, très contents, mais, dîtes-moi, combien de visiteurs l’ont vue ?   

PB : 13.580 exactement.

SA : ce nombre de visiteurs doit nous interroger ! C'était un très beau projet, un remarquable catalogue scientifique et documenté mais qui n'a touché que 13.000 visiteurs, dont probablement une majorité de Rouennais beaucoup grâce à votre réseau… Il faut que nous trouvions les possibilités de faire  connaître ces artistes au-delà de ce cercle d’amateurs.

Pendant la période où nous avons montré Pierre HODÉ, le Musée aura reçu près de 100.000 visiteurs. Comme vous le savez, le billet d’entrée à l’exposition Sienne permet de visiter également les collections. On peut donc supposer que nous aurons fait découvrir cet artiste à un plus un large public.

PB : les expos "moyen de gamme" sont-elles vouées à disparaître ?

SA : il est nécessaire de trouver une complémentarité entre les projets et les époques.

Donner une visibilité aux artistes Rouennais ce n’est pas seulement le XIXe siècle mais aussi XVIIe. Nous avons consacré une exposition à Nicolas COLOMBEL (Sotteville-les-Rouen 1644–1717), exposition au Musée des Beaux-arts de Rouen 2012-2013, avec 12.000 visiteurs). Nous avons permis de redécouvrir Adrien SACQUESPÉE (Caudebec-en-Caux 1629–1693,) dont nous possédons 7 tableaux accrochés pour "Le Temps des Collections 2014-2015".

Adrien SACQUESPEE "le martyre de St-Adrien" *1659 -coll. MBARouen

Ce qui nous manque, c’est l’échelon entre ces deux modèles que sont : petite exposition-dossier dans le cadre du "Temps des Collections" et exposition internationale sur 1000m². J’aimerais retrouver la possibilité de monter des expositions d’automne-hiver, avec catalogue, dans les 460m² de la salle d’exposition de l’aile nord. Ce serait le format idéal par exemple pour une exposition « Albert LEBOURG » avec une soixantaine de tableaux essentiels, jalons de sa production.

Et puis, ensuite, il faudrait "coorganiser" cette exposition afin de partager les coûts, car nous n’obtiendrons pas le niveau de mécénat de « Sienne » par exemple !.

Or, beaucoup de Musées possèdent une surface d’exposition temporaire de l’ordre de nos 460m², ce qui serait un atout.

PB : vous savez que vous pouvez compter sur l’Association qui serait source d’économies !

SA : oui, je vous en remercie.

Pour LEBOURG, il faudrait que les tableaux qui proviennent de l’AER côtoient les tableaux d’Orsay, et de quelques grands musées, aussi je préfère attendre d’avoir le budget adéquat. Pour HODÉ, nous avons préféré le faire dans le cadre du "Temps des Collections" car il y avait une forte attente de la famille.

Pour l’instant nous nous efforçons d’obtenir les moyens pour que chacun des musées du PÔLE puisse porter un projet d’envergure chaque année. Au Musée de la Céramique, par exemple, nous présenterons l’an prochain une exposition « MASSÉOT ABAQUESNE » (ver500 – avant 1564), coproduite avec le Musée d’Ecouen. Né dans le Cotentin, il s’est installé à Rouen en 1526 où il a développé l’art de la faïence qui a fait la renommée de notre ville : ce sera notre contribution en 2016 à la valorisation des artistes d’Iici !

  Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

 

MASSEOT ABAQUESNE "le Déluge- Embarquement sur l'Arche" (1550)

Faïence tryptique exposé au Château d'Ecouen -Musée National de la Renaissance d'Ecouen

 

 

 

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INTERVIEW DE SYLVAIN AMIC

21 Juillet 2015, 16:09pm

Publié par le webmaster

la rubrique de Pierre Buychaut

Vous trouverez ci-dessous pour vous un précédent article d'interview de M. AMIC par notre Ami Pierre buychaut, paru en décembre 2013, que nous avons retrouvé dans nos dossiers...

Le wagmestre

Après de solides études scientifiques (Bac E puis DEUG de Physique), Sylvain Amic se tourne vers l'Education Nationale.

Pendant huit années d’enseignement, il poursuit en parallèle d’autres études, Langue et Civilisation Chinoise, puis Histoire de l'Art. Lauréat du concours de l'Ecole Nationale du Patrimoine en 1998, il se voit confier à sa sortie la charge de 'Conservateur XIXe, Art moderne et contemporain' au Musée Fabre de Montpellier. Il est, depuis septembre 2011, Directeur des Musées de Rouen. (ci-contre Sylvain .Amic)

Pierre buychaut: : vous avez été, ainsi, en contact avec le truculent Maire de Montpellier, feu Georges Frêche ? 

Sylvain Amic : En effet, c’est lui qui m’a recruté et cela a été une expérience des plus fortes que de côtoyer un leader politique assez visionnaire, aux décisions sans appel. Il a beaucoup fait pour le développement de sa ville, de la culture en général et tout spécialement du Musée Fabre, en décidant la rénovation complète des  qui occasionna leur fermeture durant 5 longues années, pour un montant de 65 millions €. Pendant tout cet épisode, nous avons vécu le déménagement, les travaux, le chantier des collections, les expositions hors les murs, tout en maintenant une programmation au Pavillon populaire.

PB : par exemple ?

SA : Durant mes 11 années au Musée Fabre, j’ai monté 24 expositions, grandes et petites. Les plus significatives avant la réouverture sont 'La Section d'or' en 2000, ma première exposition, où figurait déjà Pierre Dumont, grand peintre de 'l'Ecole de Rouen' ! Puis 'Kupka', 'Bonjour M. Courbet', 'Zao Wou-Ki' (qui a également été présent lors du 'Temps des Collections 2012' à Rouen, NDLR), et un joli dossier sur Bazille. Georges Frêche avait opportunément décidé que plus aucune œuvre de Frédéric Bazille ne passerait en vente de part le monde sans que la Ville de Montpellier ne soit sur les rangs ! Il y a désormais plus d’une quinzaine de toiles dans les collections du musée !

PB : Bazille qui mourut lors des premières escarmouches de la guerre de 1870 à l'âge de 28 ans, alors que son ami, Claude Monet s'était réfugié à Londres avec d'autres peintres...

SA : Et oui ! Bazille n'a laissé qu'une soixantaine d’œuvres ce qui, pour une vie de peintre, n’est qu’une œuvre de jeunesse. Ses dernières toiles laissaient entrevoir une inflexion significative dans son travail, peut-être vers Puvis de Chavannes.

A la réouverture du musée en 2007, une salle lui était consacrée dans l'exposition 'L’impressionnisme, de France et d’Amérique' dont j’étais le commissaire. Le rythme des grandes expositions n’a plus faibli, avec 'La couleur toujours recommencée', un hommage au marchand parisien Jean Fournier, la grande rétrospective 'Gustave Courbet', 'La vidéo, un art, une histoire' avec le Centre Pompidou, puis 'Emil Nolde', pour mon premier commissariat au Grand Palais, et enfin 'Alexandre Cabanel'.

PB : la fin du XIXème siècle est une période qui requiert votre attention !

SA : le XIXème tout entier, car c’est la naissance du monde moderne. Tout ce qui fait notre contemporanéité se noue dans cette période-clef. L'artiste acquiert un nouveau statut, la démocratie finit par s’imposer, les innovations techniques foisonnent, c’est la révolution de la photographie !

PB: photographie que vous avez accrochée à Rouen pour le festival Normandie Impressionniste 2013...

SA : oui, je souhaitais accompagner les chefs-d’oeuvre de l’impressionnisme par les premiers chefs-d’œuvre de la photographie.

Monet est né en 1840, l’année de l’invention du négatif par Talbot, un an après la présentation du procédé de Louis Daguerre au public. Avec la commissaire de cette partie de l’exposition, Virginie Chardin, nous avons eu les mêmes exigences pour ces photographies que pour les toiles : les grands maîtres comme Le Gray ou Atget, les meilleurs tirages, même s’il fallait les chercher au MOMA.

Ce niveau d'exigence, c’est un peu le statut de ce musée qui l’impose. Rouen possède une collection de dimension internationale ; de grandes personnalités, comme Pierre Rosenberg, y ont fait leurs débuts ! Le musée a reçu de grandes donations comme celles de Depeaux bien sûr, mais aussi Hédou, Lebreton ou Baderou. Diederik Bakhuys (conservateur du Cabinet des Dessins du Musée de Rouen, NDLR) prépare une grande exposition sur le dessin français du XVIIIème, 'Trésors de l’ombre' (du 22 novembre 2013 au 24 février 2014), qui va rendre grâce à ces collectionneurs, mais aussi aux conservateurs qui ont œuvré pour les attirer.

PB : comment avez-vous connu 'l'Ecole de Rouen' ?

SA : nous avions deux Lebourg à Montpellier ! Je connaissais Angrand, superbe et rare, Pierre Hodé sûrement, Dumont avec 'La Section d'or' (il est même l’auteur du tableau éponyme).

Mais Charles Frechon m'étais inconnu, je me souviens de ma surprise en 2008 en recevant le carton d’invitation de Rouen ! J’ai découvert son œuvre avec le magnifique catalogue de Laurent Salomé.

Joseph Delattre a été une révélation grâce à la rétrospective organisée par votre Association au Conseil Général fin 2012. C’est vraiment un pivot dans le groupe.

J’ai découvert Lemaître dans les réserves du musée, avec beaucoup de curiosité ; voilà un peintre qui mériterait aussi que l’on s’intéresse à lui ! Il me fait penser à De Nittis (1846-1884).

Quant à Pinchon, la rapidité avec laquelle il a assimilé les plus modernes dans sa jeunesse me subjugue. Dans les premières années du siècle, je le rapproche de Jawlensky (1864-1941), de la peinture allemande, qui voit la couleur prendre le pas sur la composition. On voit que les peintres du crû peuvent dialoguer avec les mouvements picturaux internationaux.

PB : et votre sentiment ?

SA : pendant mes études d’histoire de l’art, j’ai beaucoup travaillé sur les artistes du pays de Nice au XIXème siècle, comme Hercule Trachel, Costa, Fricéro, Mossa, etc... Nous avons publié quelques livres avec mon ami Jean-Paul Potron et l’Academia Nissarda. Ces artistes nous montrent une réalité perdue, en peignant, par exemple, le premier chemin de fer qui arrivait à Nice ou 'La Promenade des Anglais' qui n'était qu'un modeste chemin... A Montpellier, j'avais fait rénover tout le fonds régional et créé, à la suite, une salle dédiée à ce fonds. Je suis très favorable aux Ecoles régionales, étant moi-même un provincial. Elles forment un substrat indispensable à l’émergence des grands maîtres.

PB : c'est pourquoi une salle 'Rouen et son Ecole' figurait dans votre expo 'Eblouissants reflets'.

SA : je tenais à ce que l'Ecole de Rouen soit présente ! Mais, il fallait aussi se démarquer de l’exposition de 2010, qui avait fait une grande place à L'Ecole de Rouen. Il était logique pour le premier festival, de mettre à l’honneur Rouen comme sujet pour l’impressionnisme, mais du coup tout (ou presque !) a été dit. En 2013, le choix était de sortir du seul motif rouennais et de se tourner d'avantage vers l'Histoire de l'Art ! Mais nous en avons profité pour lever un mécénat et mener une campagne de restauration du fonds Depeaux dans les collections permanentes.

PB : oui, cela était précisé sur les cartels de l'exposition.

SA : et d'ailleurs, j'aimerais retravailler cette salle montrant 'L'Ecole de Rouen' dans les collections permanentes, un peu au niveau de l’éclairage, la couleur, qui mettraient mieux en valeur cette partie de la collection.

PB : Pierre Hodé sera sur les cimaises dans le cadre du 'Temps des Collections 2014-2015' ?

SA : Nous pensons en effet à une sélection de 20-30 œuvres. Hodé est vraiment un peintre intéressant, avec sa conception synthétique. Ses 'Ports de Rouen' sont très personnels avec une palette particulière, faite de tons métalliques rehaussés de quelques bruns, sans pittoresque. Et pourtant, ils traduisent une activité industrielle avec plus de sagacité que la peinture descriptive classique.

PB : quels sont vos projets ? Mais, peut-être, allez-vous nous quitter avec le succès de votre exposition 'Eblouissants reflets'* ?

SA : ha non! Il n'est pas dans mes intentions de quitter Rouen ! La programmation est calée jusqu’à 2018, avec une exposition de qualité internationale chaque année, produite avec un grand musée européen. Celle qui s'annonce pour le printemps-été 2014, 'Cathédrales, 1789-1914, Un mythe moderne', explore la place de ce monument dans l'Histoire de l'Art (en partenariat franco-allemand et le Wallraf Richartz Museum de Cologne).

Et puis il y a cet autre temps fort chaque année à l’automne, 'Le Temps des collections', qui a pour but de valoriser ces fonds extraordinaires, et d’ouvrir nos portes à de nouveaux regards. Cette année, nous avons invité le designer Olivia Putman, l’ancien directeur du MNAM Germain Viatte, les artistes François Morellet, Bertrand Gadenne etc...

Ce nouveau cadre nous donne une grande liberté, et les sujets sont inépuisables ! L’automne et l’hiver sont désormais tout entiers consacrés à nos collections, avec cette année, en sus, une grande exposition, 'Trésors de l’ombre', 150 dessins du XVIIIème siècle français appartenant au Cabinet du Musée, seront présentés au public, dont de nombreux inédits.

Cela fait beaucoup de raisons pour poursuivre le travail ici, sans compter le développement des musées et les travaux qui pourraient se décider.

PB : avez-vous des informations sur le prochain festival 'Normandie Impressionniste ?

SA : il semblerait que le rythme triennal se confirme. Nous partirions donc pour 2016. Et puis je vous l'avoue : je suis un peu rassasié du 'Paysage' après deux éditions sur ce sujet. Je pense que le public apprécierait un renouvellement, avec un thème plus centré sur la figure. Nous y travaillions d’ores et déjà, mais on ne peut encore rien dire ! »

 

Pierre BUYCHAUT

*L'exposition rouennaise 'Eblouissants reflets' a compté 182.368 visiteurs ; Le Havre : 81.709 ; et Caen : 77.869 (sources '76 ACTU')

 

 

 

 

 

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Interview de Madame Marie-Claude COUDERT par Pierre BUYCHAUT

10 Avril 2015, 13:11pm

Publié par le webmaster

Marie-Claude COUDERT devant les portraits de Pierre HODE de l'Exposition du MBA

Marie-Claude COUDERT devant les portraits de Pierre HODE de l'Exposition du MBA

 

Attachée de Conservation au Musée des Beaux Arts de Rouen et chargée de Documentation et Edition, Marie-Claude COUDERT est l'auteur de nombreux ouvrages d'Art.

Elle s'est fortement impliquée dans cet hommage rendu à Pierre HODÉ. C'est ainsi que notre Association travaille depuis plus d'un an avec Marie-Claude COUDERT, sous l'autorité de Sylvain Amic, Directeur des Musées de ROUEN, à la réalisation de cette exposition.

Et, lors de notre entrevue, Madame COUDERT nous a fait part de son attirance pour les portraits mis en page par Pierre HODÉ.

Pierre BUYCHAUT:  je sais que vous êtes très sensible aux portraits composés par Pierre HODÉ.

Marie-Claude COUDERT : nous sommes très heureux de pouvoir présenter une section de portraits par Pierre HODÉ car la figure humaine, est absente dans la quasi totalité de son œuvre !

Et cependant, on voit, avec les 4 œuvres accrochées ici, que Pierre HODÉ est un excellent portraitiste ! Mais un portraitiste très singulier dans la mesure où il ne recherche pas le détail physique caractéristique de son modèle, mais qu'il en révèle la personnalité par le choix de la technique picturale qu'il adopte.

PB : expliquez-nous cela ?

MCC : regardez les 2 œuvres sur papier, son autoportrait et le portrait d'Alice TORCHY sa filleule ; dans le premier, à la sanguine, le visage buriné est traité de manière cubisante dans la répartition du volume par plans, alors que celui d'Alice est un dessin vraiment ingresque, tout d'abord par le choix du papier vergé, et puis par le modelé au crayon noir, les courbes souples, enfin toute la féminité et la grâce du modèle révélées par le choix de la technique.

PB : et les 2 huiles ?

MCC : Tout d'abord le sublime portrait, d'un format important, du boxeur Fred BRETONNEL, une gloire des rings des années 1920 et qui a mis fin à ses jours en 1928.

Nous sommes en face d'un personnage sombre tourmenté. Les coloris sont bruns et le fond clair fait ressortir les plages lumineuses du visage, lui traité en plans découpés très cubisants.

PB : mais ce ne sont pas les facettes cubistes de PICASSO par exemple...

MCC : avec Pierre HODÉ, le Cubisme n’est jamais loin, mais lui-même ne se revendiquait pas peintre Cubiste ! Il se savait dans la mouvance et, à l'instar de son approche du Fauvisme, il capte ce qui l'intéresse pour en faire son "miel". Ce qui fait son style personnel.

Ainsi, dans ses portraits, il n'existe pas de déformations du modèle, mais simplement une épuration des formes qui se réduisent à des figures géométriques simples. De plus, la perspective est respectée.

PB : considérez-vous Pierre HODÉ unique dans son genre ou peut-on le rapprocher d'autres peintres et je pense à METZINGER (Jean METZINGER 1883-1956 NDlR)

MCC : METZINGER ou LA FRESNAYE (Jean DE LA FRESNAYE 1885-1925 NDlR), peut-être... Mais je crois que Hodé est assez unique en son genre. Et cette manière de traiter le sujet se retrouve dans toutes ses œuvres quel qu'en soit le thème ! En fait, il construit toujours son œuvre de manière architecturée très stricte, en équilibrant l'importance des formes – de leur surface – et des valeurs – c’est-à-dire des couleurs claires et foncées – et composant toujours à partir d'éléments réalistes identifiables qui donnent au tableau son caractère et son sens. Pourtant  cela n'est jamais une construction réaliste.

Cette approche lui est totalement personnelle !

PB : enfin, quatrième portrait de structure de nouveau différente, "Le Buveur"..

MCC : pas tant dans la structure que dans le sens à donner à l’œuvre. Comme je vous l'expliquais précédemment, le choix de la technique révèle l’identité profonde du personnage représenté, sa personnalité profonde, que l'on reconnaît sans que le peintre ait recours à tel ou tel artifice physique, si je puis dire !

PB : et "Le Buveur" est-il donc réellement un portrait ?

MCC : eh bien, non !

Car ce n'est pas une personne identifiée et identifiable, c'est une typologie : Le Buveur attablé au bistrot ! On sait que HODÉ a tenu un café à Honfleur à partir de 1924 et qu'il fréquentait ce monde.

Il représente une figure humaine, cette fois-ci en buste, découpée en plans très géométriques et, pour le coup, très proche de DE LA FRESNAYE. Quant au paysage d'arrière plan, Pierre HODÉ ne cherche pas à le déterminer.

PB : c'est donc un portrait dépersonnalisé ?

MCC : je ne crois pas qu’il s’agisse d’un portrait même d’un portrait allégorique car HODÉ fait avant tout œuvre de peintre, c'est à dire qu'il agence formes et couleurs. Partant de là, il ne cherche pas à insuffler des conceptions sociologiques ou moralisatrices, ou même psychologiques : l'aspect plastique, uniquement, compte.

PB : en allant plus avant, pourrait-on parler d'autoportrait, puisque l'on sait que Pierre HODÉ fréquentait le monde des bistrots ?

MCC : Non, c'est abusif ! Il est impossible de reconnaître le modèle ! Or, c'est une œuvre très aboutie, l'une des plus abouties. Si HODÉ s'est pris comme modèle, c'est plus comme un exercice du traitement de la figure humaine, comme un pianiste fait ses gammes.

PB : cette salle d'exposition pour les portraits de Pierre Hodé se prête à merveille, puisque nous sommes dans la Salle Jacques-Emile BLANCHE, portraitiste universellement reconnu pour la justesse de son rendu psychologique.

MCC : alors, Jacques-Emile BLANCHE était un véritable portraitiste qui rendait fidèlement les traits et caractéristiques de ses modèles. Ce qui l'intéressait, était de révéler leur personnalité et, pour cette raison, il a reçu beaucoup de critiques de la part de modèles qui ne voulaient pas se voir tel qu'ils étaient en réalité, alors que ses contemporains reconnaissaient la véracité de sa perception.

Une chose est certaine, Pierre HODÉ n'a pas réalisé de portraits de commande. Y compris celui de Fred BRETONNEL, car HODÉ était un fan de boxe et amateur lui-même et il devait bien connaître Jean BRETONNEL, frère aîné et entraîneur de Fred.. Il n'a donc pas résisté au plaisir de faire le portrait du tout nouveau champion d'Europe ! D'autant plus que le visage d'un boxeur, avec tout ce qu'il peut comporter comme déformations dues aux ecchymoses d'un combat, incite au traitement cubisant par un peintre de cette mouvance !

GUÊPE 37( 55x38-coll.part. et les REMORQUEURS ( 80x100 -1923) - don en 1979 au MBAR de Pierre DUCENNE, fils de P. HODE
GUÊPE 37( 55x38-coll.part. et les REMORQUEURS ( 80x100 -1923) - don en 1979 au MBAR de Pierre DUCENNE, fils de P. HODE

GUÊPE 37( 55x38-coll.part. et les REMORQUEURS ( 80x100 -1923) - don en 1979 au MBAR de Pierre DUCENNE, fils de P. HODE

PB: D'autres portraits de buveurs sont représentés dans les scènes de café peintes par HODÉ à Conflans-Ste-Honorine. Nous en avons 2 exemples ici.

MCC : C'est exact : 'Guèpe 37' (55x38, coll. part., NDR) et 'Les remorqueurs' (80x100, 1923, don en 1979 du fils de Pierre HODÉ, Pierre DUCENNE, au Musée des Beaux Arts de ROUEN, NDlR).

Ici, les 2 buveurs, les 2 mariniers, ont un regard. Un regard intéressant, car ils se trouvent à l'intérieur du café comme on peut le déduire de l'enseigne inscrite à l'envers sur la vitrine. Les mariniers portent leurs regards sur nous-mêmes spectateurs, qui nous trouvons, de ce fait, immergés également à l’intérieur de ce café. On retrouve, de plus, l'inclusion de textes, ce qui est très moderne et très proche de Juan GRIS (peintre cubiste 1887-1927, NDR), qui fut, il ne faut pas l'oublier, un ami très intime.

PB : Je crois, d'ailleurs que vous tenez une anecdote à ce sujet.

MCC : Oui, oui...Juan Gris possédait un charme fou, un vrai séducteur ! Quand il était invité chez les HODÉ, et qu’Alice TORCHY, la filleule de Pierre HODÉ, faisait la vaisselle, Juan GRIS lui racontait des histoires qui la subjuguaient à tel point qu'afin de prolonger le plaisir et éviter de l’interrompre, Alice refaisait la vaisselle plusieurs fois de suite!

Belle anecdote qui prouve bien l'amitié de Pierre HODÉ et de Juan GRIS, et qui m'a été racontée par la famille.

Certes, Pierre HODÉ est rattaché à "L'École de ROUEN" car né à ROUEN, et qu'une partie de son œuvre concerne notre ville, mais il a fréquenté un milieu essentiellement parisien. Et, contrairement à la plupart des artistes de l'École de ROUEN, Pierre Hodé n'a pas peint 'sur le motif', à part, peut-être, ses tout premiers croquis. C'est vraiment un peintre d'atelier.

PB : pour en revenir à ces intérieurs de café, peut-on dire qu'il y a également quelques messages ou éléments d'identification cachés de la part du peintre, comme ce calendrier à feuilles volantes  découpé par le bord de la toile, qui donnerait un semblant de datation, juillet 1925, ou ce drapeau belge ?

MCC : à mon avis, ces drapeaux sont des jeux de coloriste, comme ces cheminées de remorqueurs avec les couleurs des compagnies. Peut-être est-ce une manière d'évoquer l'odeur de genièvre des estaminets du nord ?

Dans le second tableau ("Remorqueurs" de 1923), Pierre HODÉ amène une mention plus explicite avec le journal "L’Œuvre", ainsi qu'avec les jeux de cartes et de dominos, typiquement des jeux de café, sans parler de la pipe et de la bouteille. C'est incontestablement une référence à la tradition de la Nature Morte hollandaise.

PB : Une vanité ?

MCC : Oui, c'est une référence aux 5 sens.

PB: Pas la perversion de la boisson ou des jeux ?

MCC : non, je ne crois pas. Uniquement les 5 sens : le goût, l'odorat, le toucher, la vue et l’ouïe avec le choc des dominos entre eux sur le tapis vert ! Peut-être également l'argent derrière les jeux de cartes.

PB : selon vous, quelle est la meilleure période de création de Pierre HODÉ ?

MCC : les années 1920 qui constituent le temps fort de son œuvre !

PB :  HONFLEUR ?

MCC : Il est arrivé à Honfleur pour des raisons pécuniaires. La vie à Paris était devenue très difficile et la gérance de son petit café lui donnait plus d’indépendance financière et donc plus de liberté pour son art. D'autre part, sur les cartes postales des décors qu'il a réalisés pour le café de Paris et ceux de l'Hôtel du Cheval Blanc, on voit vers quels motifs il se dirige. Ce sont des décors très audacieux ! Regardez cette esquisse au crayon graphite, figurant l'arrière-plan du port, les éléments du voyage, les noms d'artistes et d'écrivains liés à ce thème et à celui de "L'ailleurs" avec le globe terrestre et la longue vue. On y retrouve sa manière très structurée de composer. C'est également à cette époque qu'il réfléchit aux décors synthétiques pour le théâtre.

Malheureusement, Pierre Hodé, de santé très fragile, disparaît alors que sa peinture s’orientait vers quelque chose de très intéressant. Après avoir reçu une commande pour l'Exposition Universelle de 1937, on le voit se diriger une abstraction beaucoup plus radicale, dans laquelle il intégrait toutes les influences qu'il avait volontairement puisées à la fois chez Juan GRIS ou chez Fernand LÉGER, notamment dans les signaux de l’univers ferroviaire et les signalétiques urbaines. Il aurait, probablement approfondi ses recherches dans cette voie.

PB : parlez-nous de cette exposition de 1937.

MCC : Conservée aux Archives des Musées Nationaux, se trouve une lettre rédigée par Robert DELAUNAY qui montre bien que c'est ce dernier qui a posé sa candidature en 1936 ! Il écrit alors : « Ce n’est plus un secret que presque tous les artistes tirent la langue ! ».

Lorsque Léon BLUM est arrivé au pouvoir, il a demandé à ce que l'on fasse appel en priorité à des artistes au chômage. Et, compte tenu de la sensibilité artistique de Léon BLUM, les décors cubistes ou abstraits furent privilégiés. De plus, il fallait faire contre-poids aux 2 grosses « pâtisseries » néo-classiques, et même passéistes dans leur conception : le pavillon de l'Allemagne et celui de l'Union Soviétique ! Albert SPEER, proche de HITLER, était l'architecte du pavillon germanique, et BORIS IOFAN, (1891-1976, NDlR), pur représentant de l’architecture stalinienne, celui de l'URSS. Le mot d'ordre était de faire de PARIS une Ville-Lumière, une ville de la couleur. Dans sa lettre de candidature, Robert DELAUNAY énumère un certain nombre de travaux qu’il a réalisés, dont un décor privé pour un certain Docteur VIARD, l’un des principaux mécènes de Pierre Hodé. Et je pense que c’est le Docteur VIARD qui a suggéré le nom de Pierre HODÉ à DELAUNAY

                                                                                     portrait du Dr VIARD

PB :les 2 peintres sont-ils restés en contact par la suite ?

MCC : une lettre de Pierre HODÉ à Robert DELAUNAY de cette qui utilise le tutoiement témoigne d’une  certaine intimité artistique. Je n'en sais pas plus car je n'ai pas retrouvé de lettre officielle de commande, ni dans les Archives des Musées Nationaux ni à la Bibliothèque KANDINSKY. En revanche, j'ai retrouvé la somme qui a été payée aux artistes, règlement calculé en fonction de l'importance de leurs travaux, uniquement, approche très égalitaire.

PB : quelques mots sur les compositions "à la cible" ?

MCC : elles sont vraisemblablement de la même époque...

PB : pourtant données autour de 1922...

MCC : A mon avis, et comme il apparaît lorsqu’on les rapproche de l’esthétique des œuvres du Pavillon des Chemins de Fer (y compris celles de DELAUNAY), elles sont un peu plus tardives ! Ces grands aplats de couleur des compositions "à la cible'"se retrouvent dans les recherches de Pierre HODÉ pour la réalisation des décors de 1937.

PB : les fameux "RYTHMES Mécaniques".

MCC : Pierre HODÉ a réalisé 2 panneaux pour le décor du Pavillon des Chemins de Fer de l’Exposition Universelle de 1937. Il a choisi la "Locomotive 3615" qui existe vraiment, dont on a une photo "mise au carreau" par HODÉ. Les toutes premières esquisses sont relativement réalistes et précises, puis il épure sa vision au fur et à mesure que ses recherches progressent. Au sein des éléments mécaniques de la locomotive, il intègre des signalisations colorées chères aux compositions de Fernand LÉGER. Comme pour le modelé noir et blanc des tuyauteries. Le fonds, quant à lui, est assez neutre dans les premières pensées. On remarque, dans l’œuvre définitive, une présence beaucoup plus massive de la couleur. Ce qui avait dû lui être spécifiquement demandé, à mon avis, afin de répondre au programme général imposé aux artistes.

 

                                                                     Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

HODE-RYTHMES MECANIQUES -HST - extrait de l'ouvrage de F.LESPINASSE -P.HODE-Planète Graphique-2014

HODE-RYTHMES MECANIQUES -HST - extrait de l'ouvrage de F.LESPINASSE -P.HODE-Planète Graphique-2014

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Interview de Madame C. MORIN-DESAILLY par Pierre BUYCHAUT

6 Mars 2015, 10:18am

Publié par le webmaster

             sous-bois de Charles FRECHON, extrait de l'ouvrage de F. LESPINASSE / Charles et Michel FRECHON - Rouen 2004 - p. 45

sous-bois de Charles FRECHON, extrait de l'ouvrage de F. LESPINASSE / Charles et Michel FRECHON - Rouen 2004 - p. 45

Nous rencontrons, ce 12 décembre 2014, Madame Catherine MORIN-DESAILLY.

Adjointe au Maire de Rouen, Chargée de la Culture de 2001 à 2008, Madame MORIN-DESAILLY est élue Sénatrice de Seine Maritime depuis 2004.

Pierre BUYCHAUT : parlez-nous de Rouen et son École de Peinture.

Catherine  MORIN-DESAILLY: je dirais, tout d'abord, que Rouen, jadis la deuxième ville du Royaume, est une vraie ville d'Art, de Culture et de Patrimoine et que cela s'est toujours traduit par la présence d'artistes, écrivains, musiciens, gens de théâtre. Le mouvement de la peinture n'a pas échappé à ce foisonnement artistique. Notre région a, par ailleurs, toujours attiré de nombreux peintres dont des célébrités.

Pierre BUYCHAUT : et plus personnellement ?

Catherine MORIN-DESAILLY : Je suis très sensible à l'Art de la Peinture. Tout simplement, j'ai été baignée dedans.

Mon grand-père, Jacques MORIN, Avoué de profession, pratiquait en amateur la peinture et fut élève de Ch. FRECHON ! Il côtoya donc tous ces peintres de l'École de Rouen dont j'ai vu, petite fille, beaucoup de toiles chez ma grand-mère.

Pierre BUYCHAUT : que vous évoque cette peinture ?

Catherine MORIN-DESAILLY : C'est une peinture très intéressante car elle témoigne, tout d'abord, de la vitalité artistique rouennaise liée aux grands mouvements nationaux. Celle-ci s’est beaucoup appuyée sur notre École des Beaux Arts de Rouen qui a toujours été un lieu de rencontre et de formation.

J'y suis particulièrement attachée car j'ai été Adjointe à la Culture de la Ville de Rouen entre 2001 et 2008. Notre École des Beaux Arts reste pour moi une référence avec une grande qualité d'enseignement. Les étudiants qui en sortent s’insèrent parfaitement bien dans la vie professionnelle.

Pierre BUYCHAUT : vous nous parliez de la famille FRECHON que votre grand-père côtoyait...

Catherine MORIN-DESAILLY : Charles FRECHON (1856-1929) est un peintre impressionniste pour lequel le Musée de Rouen a organisé une rétrospective à l'été 2008 (1). J'avais, à l'époque, beaucoup milité pour cette manifestation, car c'est un peintre que je connais bien.

Ce qui était émouvant, c'est que cette rétrospective a mobilisé tous les Rouennais et notamment ceux qui possédaient des tableaux de FRECHON. Du coup, grâce au travail de recherche préalable, on a pu découvrir des œuvres inconnues.

Je crois que ce fût une exposition très appréciée du public qui a pu, ainsi, se réapproprier un patrimoine méconnu, et réaliser avec fierté que des artistes Rouennais ont participé au cœur de ce mouvement impressionniste, auprès d'artistes de grande notoriété à l'instar de Claude Monet.

Pierre BUYCHAUT : comment faire pour que ces artistes, dont Charles FRECHON, dépassent nos frontières régionales ?             

  Charles et Michel FRECHON

Catherine  MORIN-DESAILLY : il leur faut une vitrine. Ces rétrospectives sur un peintre ou une thématique sont l'occasion de mieux faire connaître au grand public les peintres de l'École de Rouen. Il existe aussi les publications dont celles, très précieuses, de François LESPINASSE.

Et puis, pourquoi n'utiliseriez-vous pas les moyens modernes de communication ? L'ensemble des Musées commence à employer de nouveaux moyens de communication en numérisant leurs collections afin de permettre des visites virtuelles à des internautes.

Pourquoi votre Association ne ferait-elle pas de même ? Vous pourriez constituer une plate-forme "École de Rouen", et procéder à des expositions virtuelles permanentes. Ce qui aurait également l'avantage de recenser des œuvres parfaitement inconnues du public. Les propriétaires pourraient être heureux de voir ainsi leur patrimoine reconnu.

Ch. FRECHON - autoportrait

Pierre BUYCHAUT : excellente idée ! Auriez-vous des opportunités parisiennes, je pense au Musée du Luxembourg ?

Catherine MORIN-DESAILLY : il faut tout d'abord savoir que le Musée du Luxembourg est une délégation du Service Public, et que nous ne gérons pas directement. Ce musée est géré par la Réunion des Musées Nationaux (Laurent SALOMÉ, ex-directeur des Musées de Rouen, en est un des dirigeants, NDLR). Il n’appartient pas aux sénateurs d’organiser des expositions ! Laissons place aux experts et spécialistes.

Pierre BUYCHAUT : d'autres peintres de l'Ecole de Rouen que vous appréciez ?

Catherine  MORIN-DESAILLY : j'aime bien Léonard Bordes (1898-1969).

Robert-Antoine PINCHON (1886-1943) est un grand peintre et une rue de Bois-Guillaume porte son nom, avec des vues sur Rouen qui renvoient à ses toiles magnifiques.

Pierre HODÉ est très différent (Le Musée des Beaux Arts de Rouen lui rend hommage dans le cadre du Temps des collections 2014-2015, NDLR). J'apprécie particulièrement ses toiles autour de notre activité portuaire qui témoigne de la richesse économique de la ville. J'avais participé au dévoilement d'une plaque, en tant qu'Adjointe à la Culture.

Et puis, Léon-Jules LEMAITRE et ses tableautins de Rouen.

C'est, incontestablement, une École à soutenir. Avec une vertu pédagogique où l'École de Rouen s'inscrit dans un mouvement plus général de la peinture.

Pierre BUYCHAUT  : LE TRIVIDIC ?

Catherine  MORIN-DESAILLY : oui, mon grand-père le connaissait particulièrement bien. C'est ainsi qu'il a pu réunir une très grande collection de ses dessins et caricatures des milieux juridiques.

LE TRIVIDIC (1898-1960) a également effectué des séries de portraits, de chevaux, de sportifs, des artistes et du public du Théâtre des Arts...

l'acteur LOCHARD  dans le rôle du Dr FAUST au Théâtre des Arts (coll.privée)

Ses dessins constituent une vraie mine de témoignages de la vie Rouennaise de l'époque. Pierre LE TRIVIDIC mériterait une rétrospective dans ce cadre là.

C'est en tout cas un beau défi que vous vous lancez à vouloir faire vivre le patrimoine artistique Rouennais !

(1) A consulter l'excellent ouvrage publié par le Musée des Beaux-arts de Rouen à cette occasion, sous la direction de Laurent SALOMÉ avec la collaboration de Didier BACKHUYS, Commissaire, et de François LESPINASSE (NDLR).

 Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

P. LETRIVIDIC -"Patoune" (1950) - aquar dédicacée coll. privée et "le Port de Rouen" (1935-37), aquar. gouachée 54x73sbg - coll.part. extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de RouenP. LETRIVIDIC -"Patoune" (1950) - aquar dédicacée coll. privée et "le Port de Rouen" (1935-37), aquar. gouachée 54x73sbg - coll.part. extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de Rouen

P. LETRIVIDIC -"Patoune" (1950) - aquar dédicacée coll. privée et "le Port de Rouen" (1935-37), aquar. gouachée 54x73sbg - coll.part. extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de Rouen

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Interview d'Olivier CLEMENT par Pierre BUYCHAUT

15 Janvier 2015, 09:58am

Publié par le webmaster

suite de Natures Mortes de Pierre HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen -

suite de Natures Mortes de Pierre HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen -

A peine après avoir remercié François LESPINASSE pour ses commentaires, nous rencontrons Olivier CLÉMENT, conférencier émérite au Musée des Beaux Arts de Rouen, toujours dans la salle Pierre HODÉ, ce même soir 26 novembre 2014 de vernissage du 'Temps des Collections 2014-2015'.

En parallèle avec ses activités muséales, Olivier CLÉMENT a enseigné l'Histoire de l'Art à l'Université de Mont-Saint-Aignan, entre 2001 et 2012.

Pierre BUYCHAUT : que représente Pierre HODÉ dans votre très large connaissance de l'Histoire de l'Art ?

Olivier CLÉMENT : Eh bien, je découvre à l'instant avec vous cet accrochage.

Ce qui est émouvant, c'est que l'on voit la trajectoire de Pierre HODÉ et pas simplement les 2 ou 3 tableaux habituellement présentés sur les cimaises du Musée. Avec ses œuvres de jeunesse puis de maturité, son passage au travers du cubisme, des œuvres qui n'ont jamais été montrées de collections privées et quasiment inaccessibles !

La réalité de son œuvre est beaucoup plus complexe et beaucoup plus dense.

 PB :vous pourriez développer ?

OC : ce que l'on connaît et que l'on retient, ce sont ses tableaux véritablement cubistes.

Les œuvres fauves qui l'ancrent vraiment encore dans 'l'Ecole de Rouen', au sens traditionnel du terme, et près de PINCHON (1886-1943), sont beaucoup moins connues. D'où l'intérêt de cette exposition.

Car, on voit bien que Pierre HODÉ, dans sa première formation d'autodidacte, est d'obédience impressionniste comme, d'ailleurs, tous les artistes de sa génération. Et de plus, quand on est à Rouen, on est obligé de passer par ce style; à travers PINCHON, il n'a pu qu'être conscient des impressionnistes plus anciens et notamment ceux de la première génération de 'L'École de Rouen'. Puis, très vite, il s'en échappe.

PB : pour arriver à ce 'Port de Rouen' cubiste, qui appartient au Musée de Rouen ?

OC : oui, mais au demeurant, pendant longtemps, cette véritable belle œuvre cubiste bien menée, n'a pas été exposée, ce qui est dommage.

En fait, Pierre HODÉ reprend une thématique classique des Peintres de 'L'École de Rouen', mais la réactive profondément ! C'est très radical par rapport à ses débuts et à ce qui se passe à Rouen à l'époque !

Car, en partant de l'impressionnisme de ses débuts, il développe la subjectivité de la couleur (le 'fauvisme' - ndlr), puis ensuite la subjectivité cubiste. C'est à dire une reconstruction géométrique, formelle et purement mentale. Nous ne sommes plus dans le constat optique et la sensibilité visuelle à la manière impressionniste, mais dans un autre discours pictural dû à une analyse et une traduction intellectuelles.

Et, de plus, chromatiquement, par son 'Port de Rouen', Pierre HODÉ renie les splendeurs colorées de l'impressionnisme et du fauvisme. Rappelez-vous les décennies de la fin du XIXème et le début du XXème siècle dominées par une politique de la couleur violente, saturée. Le cubisme jouit d'une palette beaucoup plus retreinte, basée sur des gris et des tons de camaïeux, qui est une façon d'affirmer le côté mental de ce courant pictural qui n'est pas sensuel, lyrique ou sensible.

Et, pourtant ici, Pierre HODÉ emploie une palette qui reste plausible pour le climat de Rouen !

PB: ses 'Natures Mortes cubisantes' avec ses lettrés...

OC : dans la mesure où le peintre instaure la forme géométrique comme un élément de traduction du réel, il peut se pencher sur d'autres moyens de dire la réalité, comme les notes de musique, les lettres, les mots, les chiffres... qui accusent le plan, à la manière de ce que font BRAQUE et PICASSO une décennie avant lui.

En outre, il exprime un parti pris politique très engagé en prenant comme sujet le journal 'L’Œuvre' ( quotidien 'de gauche' à l'époque de Pierre HODÉ, qui parut de 1904 à 1946 - ndlr).

PB : puis, sa 'Nature-Morte à la mappemonde', l'une des dernières, un concentré daté de 1931...

OC : nous sommes devant autre chose que du cubisme.

Bien qu'il subsiste une logique qui vient du cubisme avec une simplification et une radicalisation des formes qui flottent dans l'espace, cependant on n'a plus ce jeu de géométrisation explosée : il y a unité du motif, motif qui devrait se voir brisé, fragmenté, démonté, aplani ou en collusion avec d'autres motifs et où l'indice fait sens. Ici, les motifs sont bien séparés.

Par contre, il y a une idée du purisme qui rejoint les recherches d'autres artistes des années 1930 qui choisissent une modernité plus sage. Je pense à MORANDI (Giorgio MORANDI, peintre italien, 1890-1964 - ndlr) qui aboutit aux mêmes conclusions : retour au réalisme, à l'ordre ; retour à un certain classicisme. Vous voyez ce plâtre 'à l'antique' dans la composition : c'est une volonté probante de citer les sources anciennes de l'Art, et de s'inscrire dans la tradition et non plus dans la rupture ! Idem avec ces instruments d'architecte !

Nous sommes au-delà du cubisme. C'est un 'après cubisme'.

PB : tournons-nous vers sa 'Rue de l'épicerie à la cible', si vous le voulez bien (retrouver dans l'article précédent - interview de F.LESPINASSE par P.BUYCHAUT )

OC : c'est évidemment très marqué par DELAUNAY ! Ce dernier produit ses 'Formes Rayonnantes' dans les années 1910, et aboutit à ses 'Rythmes' dans les années 1930.

Pierre HODÉ n'intègre pas encore ici, la fragmentation coloriste que DELAUNAY emploiera plus tard, ni son intensité chromatique. Le sujet est ici respecté. Et la description figurative l'emporte sur la dislocation future de DELAUNAY En même temps, il réactive un sujet traditionnel, typique qui, depuis le XVIIIème siècle, est devenu un motif emblématique rouennais. Pierre HODÉ revisite ce sujet et se le réapproprie dans un discours moderne.

Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

'le Port de Rouen' par P.HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen (don Galerie LAROCK-GRANOFF - 1996)

'le Port de Rouen' par P.HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen (don Galerie LAROCK-GRANOFF - 1996)

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interview par Pierre BUYCHAUT de François LESPINASSE (14)

20 Décembre 2014, 15:02pm

Publié par le webmaster

A peine avons-nous interviewé Madame DUC, petite fille de Pierre HODÉ, et Madame PHILIPPE-MAILLE, filleule et nièce de Pierre HODÉ, que nous rencontrons François LESPINASSE dans cette même salle d'exposition consacrée à Pierre HODÉ par le Musée des Beaux-arts de Rouen.

Edité par notre Association des Amis des Peintres de l'Ecole de Rouen, un ouvrage est sorti des recherches récentes de François LESPINASSE sur notre peintre *.

* Pierre HODÉ par F.Lespinasse, en vente - 20€ au Musée des Beaux-arts et à la Librairie L'Armitière de ROUEN 

interview par Pierre BUYCHAUT de François LESPINASSE (14)

Pierre BUYCHAUT : nous voilà devant 25 toiles de Pierre HODÉ...

François LESPINASSE : C'est un travail remarquable de réunir 25 œuvres dans cette petite salle et j'en suis, comme vous pouvez le constater, tout ému ! Le Musée de Honfleur, en son temps, en avait réuni une soixantaine de numéros (Musée Eugène BOUDIN de Honfleur du 04 juillet au 27 septembre 1987, NDR). La sélection du Musée de Rouen est absolument brillante !

Pierre BUYCHAUT : peut-on s'arrêter sur une œuvre qui vous tient à cœur ?

François LESPINASSE: non, tout est sympathique et il y a des choses de grande qualité.

Pierre BUYCHAUT : Pierre HODÉ à ses débuts ? Il est autodidacte...

François LESPINASSE : on situe ses premières toiles, ses premières hésitations, vers 1909, il a 20 ans. Et de 1909 à 1914, il regarde évidemment du côté de PINCHON (Robert-Antoine PINCHON, 1886-1943, NDR), mais également du côté de DUMONT (Pierre DUMONT, 1884-1936, NDR) à qui il doit tout, comme il le dira avec beaucoup d'humilité. Mais de tous les artistes qu'il a fréquenté, c'est indiscutablement PINCHON qui lui a mis le pied à l'étrier et qui lui a apporté le plus au niveau pictural et surtout au niveau chromatique.

Pierre BUYCHAUT comme cette 'Maison Bleue' ?

François LESPINASSE : oui, cette composition est superbe ! Il y a recherche de tons et d'équilibre dans la composition, et cette toile montre toutes les hésitations d'un Pierre HODÉ débutant. Il est confronté, à cette époque, à tous les tumultes de la 'Société Normande de Peinture Moderne' (Société artistique créée par Pierre DUMONT en juin 1909 ; Robert-Antoine PINCHON en est membre du bureau, NDR). On voit bien, qu'à cette époque, il veut assimiler la leçon de Lebourg (1849-1928), comme celle de Joseph DELATTRE (1858-1912) et celle de Charles FRECHON (1856-1929). C'est un très beau début !

"la Maison Bleue" -collection particulère"

Pierre BUYCHAUT : allons, si vous le voulez bien, devant la série des Portraits dont celui, très brutal, du boxeur BRETONNEL, champion d'Europe en 1924 et qui met fin à ses jours en 1928 à l'âge de 23 ans.

François LESPINASSE : c'est un portrait que je connais depuis très longtemps. Celui-ci vient d'une collection particulière normande. Je tiens à rappeler qu'un pharmacien installé à Montmartre, Victor BOSSUAT, ami de Félix FÉNÉON mais aussi de Pierre HODÉ, a légué en 1935 au Musée de Nevers, parmi des œuvres magnifiques, un 'Boxeur Bretonnel' de HODÉ et une très très belle 'Lieutenance de Honfleur' absolument superbe et tout à fait remarquable !

Pierre BUYCHAUT : on peut dater ce portrait juste après son trophée européen ?

François LESPINASSE  : oui, oui, de 1925.

Pierre BUYCHAUT  : et Pierre HODÉ avait entrepris son expérience cubiste quelques années auparavant ?

François LESPINASSE : dans les années 1922.

Cette œuvre est la parfaite représentation de la période de 1924 – 1925 où il a été au plus haut niveau du 'synthétisme' et non pas du 'cubisme', car je pense que cette structure de composition ne possède pas de grande attache avec le 'cubisme', mais une recherche synthétique des formes qui est unique en son genre. Il n'a, alors, copié qui que ce soit !

On peut évidemment le rapprocher de Robert et Sonia DELAUNAY à un moment, avec ses compositions concentriques.

Pierre BUYCHAUT : comme la composition 'à la cible'

François LESPINASSE : je connais 3 tableaux 'à la cible'. Ce 'rue de l'épicerie à la cible' est un très bel exemple et une belle performance d'avoir pu le recueillir. C'est un tableau que je connais depuis 35 ans.  C'est ce qui me fait dire que plus d’œuvres réunies permettraient une vision beaucoup plus pointue de cet artiste totalement méconnu. Car, son œuvre peint est quantitativement très limité puisqu'on  le donne autour de 450 numéros, et une rétrospective en en réunissant 80 voire 100, serait absolument prodigieuse !

"la rue de l'épicerie" - collection particulière

Et j'ajouterais que si le fils de Pierre HODÉ, Pierre DUCENNE, n'avait pas donné un tableau au Musée de Rouen ('Remorqueurs à Conflans-ste-Honorine', 80x100, 1923, don en 1979, NDR), nous pouvons être certains que cet artiste serait resté très confidentiel !

Pierre BUYCHAUT  : vous nous citez ce tableau de Conflans. Alors, cette série de ports ?

FL : Il a habité à Paris à partir de 1913 à l'initiative de DUMONT et a réalisé de bords de Seine. A la fois de Paris et jusqu'à l'estuaire. Ce serait un thème intéressant à développer, car ses œuvres sont toujours réussies.

"la Lieutenance d'Honfleur" (coll.part.)

"la Lieutenance d'Honfleur" (coll.part.)

Pierre BUYCHAUT : et Honfleur ?

François LESPINASSE : Pierre HODÉ a séjourné plusieurs fois à Honfleur, car dès les premières expositions de la 'Société Normande de Peinture Moderne', il montre une 'Lieutenance' de Honfleur. Et puis, en 1924, il passe 6 mois à Honfleur puisqu'il tient la gérance du 'Café de Paris' voisin de 'l’Hôtel de France'. Il entame alors une série de Ports et de Lieutenance de Honfleur tout à fait exceptionnelle !

C'est incontestablement la plénitude de l’œuvre peint de HODÉ. C'est le moment où il est le plus créatif, et où il atteint l’approfondissement de ses recherches ! Là aussi, cette période honfleuraise mériterait une étude à part entière.

Pierre BUYCHAUT : et terminons par le 'Théâtre Synthétique'

François LESPINASSE : c'est une période qui mériterait d'être beaucoup mieux étudiée ! Car, après les années folles, il y a cette période des années 1930 durant lesquelles il rentre "en somnolence", quittant peu à peu la peinture pour se consacrer au développement des éléments structuraux de décors de théâtre. C'est une période importante de sa vie artistique.

Pierre HODE

photographie

Propos recueillis par Pierre Buychaut

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