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Les Amis de l'Ecole de Rouen

Articles avec #la rubrique de pierre buychaut

INTERVIEW par Pierre BUYCHAUT de proches parents de Pierre HODE (1889-1942)

7 Décembre 2014, 15:10pm

Publié par le webmaster

De gauche à droite, Mme DUC, M. DUC (fils de Mme DUC et arrière-petit-fils de P.HODE) et Mme PHILIPPE-MAILLE (filleule et nièce de P.HODE)

De gauche à droite, Mme DUC, M. DUC (fils de Mme DUC et arrière-petit-fils de P.HODE) et Mme PHILIPPE-MAILLE (filleule et nièce de P.HODE)

C'est le mercredi 26 novembre 2014, lors du vernissage de la 3ème édition du « Temps des Collections » du Musée des Beaux Arts de Rouen, que nous avons la joie de rencontrer Madame DUC, petite fille et Madame PHILIPPE-MAILLE, filleule et nièce du peintre Pierre HODÉ. En effet, cette édition rend hommage à ce dernier, dans la Salle Jacques-Émile Blanche du Musée.

Cette exposition d'environ 25 toiles, débute par une vitrine de photos, dessins et projets de décors de théâtre, dits 'décors synthétiques', faits d'éléments géométriques cubiques, sphériques et pyramidaux que le metteur en scène peut déplacer à volonté selon la scène. Enfin, l'accrochage montre les différentes périodes d'évolution de style du peintre : Impressionniste au côté de ses pairs PINCHON et DUMONT, "Natures Mortes cubisantes", portraits, puis une série de ports dont Rouen et Honfleur.

Marie-Claude COUDERT, conservateur au Musée de Rouen, est le commissaire de cette exposition.

Nous sommes, avec Mesdames DUC et PHILIPPE-MAILLE, assis face aux œuvres :

Q : « Alors, Mesdames ? 

Mme Philippe-Maille : ma première impression est très bonne et je suis même agréablement surprise !

Mme DUC : Oui oui, c'est très bien aménagé et ce n'est pas une exposition minime. C'est bien !

Q : L'accrochage balaye différents thèmes et périodes…

Mme D : Pierre HODÉ s'est beaucoup cherché. Il s'est inspiré de ses prédécesseurs mais sans jamais les copier. Il n'en a pris que l'inspiration ! Enfin, il a abouti à ses œuvres cubistes, analytiques.

Je dirais que c'est la couleur qui prime chez lui, pour rendre les formes cubistes. Ce n'est pas le trait. Les tons sont doux, sensibles.

Mme PM : Je me souviens de Pierre HODÉ dans son atelier à Montparnasse et, plus que ses tableaux, c'est sa création du « Théâtre Synthétique » qui m'a frappée !

Q : "Le Théâtre Synthétique"...

Mme D : J'ai eu le bonheur de le revoir, il y a une trentaine d'années, pour l'opéra de VERDI, Aïda (1984-POPB, Direction musicale de Michel PLASSON, Mise en scène et décors de Vittorio ROSSI, NDR), où les machinistes déplaçaient le décor géométrique à la vue du public.

Mme PM : Quant à moi, j'ai retrouvé ce "Théâtre Synthétique" au Théâtre des Arts de Rouen, pour le décor de "Véronique" (opéra d'André MESSAGER, en novembre 2008, Direction Nicolas CHALVIN, Mise en scène Alain GARICHOT, NDR).

Q : Vous vouliez nous conter quelques anecdotes ?

Mme D : Oui, Pierre HODÉ était à la fois Artiste et fantaisiste.

Tenez, une fois, il vient me chercher à la sortie de l'école, je devais avoir 7 ans, pour m'emmener voir un opéra des Concerts Colonne (Association créée par E. Colonne en 1873, NDR). Je me souviens, j'étais en tablier noir d'écolière.

Une autre fois, nous étions en famille à St Germain-des-Prés et nous remontions la rue de Rennes. Tout à coup, Pierre HODÉ et mon père décrètent de mimer le 'Paris – Strasbourg' à la marche. Ils se déshabillent alors et, en caleçon et fixe-chaussettes, ils remontent toute l'avenue jusqu'à la gare Montparnasse ! La fantaisie à l'état pur !

Une dernière : un midi à La Coupole, alors qu'il n'avait que très peu de moyens et qu'il venait finir de grignoter une maigre boulette, il se renverse sur sa banquette et il jette au serveur : « Allez, que l'on amène les danseuses hindoues ! ».

Mme PM : Je me souviens de ma communion solennelle, en 1936, à l'abbaye de Fécamp, avec les messieurs en smoking et les dames en robe longue. Arrive mon oncle Pierre HODÉ, qui n'était pas croyant mais toujours fidèle à la famille, en pantalon de velours et chemise écossaise ! Cela avait choqué mais j'étais ravie.

Mme D : Voila, c'était son côté fantaisiste et non conventionnel ! Horreur des honneurs ! Horreur des marchands de tableaux !.

Q : Nous fêtons le centenaire de la guerre de 1914. Pierre HODÉ a été réformé, mais il s'est engagé volontaire en 1917.

Mme D : Oui, il était aux Services de Santé, à ramasser les blessés dans les tranchées où il a été horriblement gazé et dont il est décédé des séquelles en 1942 à l'Hôpital BICHAT.

Je me rappelle que, quand j'étais petite, mon père se levait souvent la nuit afin d'aller chercher des sangsues à la pharmacie, tellement Pierre HODÉ suffoquait ! D'ailleurs, il ne pouvait pas dormir allongé mais assis dans un fauteuil bergère.

J'ajouterais qu'à la guerre de 1940, il s'est engagé avec mon père dans la Résistance ! Au sein du 'Réseau Nord'. Dans le vestibule de son appartement qui n'était jamais fermé à clef, il avait accroché un grand panneau bleu-blanc-rouge sur lequel il avait inscrit : "Ici, on est en FRANCE" !

Q : Un dernier mot sur cette commémoration ?

Mme PM : J'ai beaucoup lutté pour cet hommage, et pour obtenir une stèle dont j'aurais souhaité qu'elle se tienne Bd Pasteur à Rouen. Je suis très heureuse de le voir enfin exposé au Musée des Beaux Arts de Rouen. Et je remercie tous ceux qui ont contribué à sa réalisation de même que l'Association des Amis de l'École de Rouen.

Mme D : Je tiens à dire un grand merci à ma cousine, Mme PHILIPPE-MAILLE, dont je loue la pugnacité. Grâce à elle et à votre Association, Pierre HODÉ est rentré chez lui !

                                                                       Propos recueillis par Pierre Buychaut

 

natures mortes "cubisantes" - vitrines des projets de décors du Théâtre "synthétique" de l'époque impressionniste
natures mortes "cubisantes" - vitrines des projets de décors du Théâtre "synthétique" de l'époque impressionniste

natures mortes "cubisantes" - vitrines des projets de décors du Théâtre "synthétique" de l'époque impressionniste

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statistiques entrées MBA "éblouissants reflets" NI 2013

6 Août 2014, 10:08am

Publié par le webmaster

P.A. RENOIR - la yole -1875 - London National Gallery

P.A. RENOIR - la yole -1875 - London National Gallery

Chers Amis AER,

Voici, communiqués par Sylvain AMIC, Conservateur des Musées de Rouen, les chiffres des entrées de l'exposition "éblouissants reflets" qui a été présentée par le MBA dans le cadre de NORMANDIE IMPRESSIONNISTES 2013 (du 29 avril au 30 septembre 2013).

182368 visiteurs (136 jours d'ouverture)

120367 payants

62001 gratuits (dont 20294 de -26 ans et 8516 scolaires).

Vous noterez pour info l'affluence des visiteurs Américains et des Britanniques, Allemands, Belges et Italiens qui sont venus en force (voir détails en P.J.)

merci à  Mr BIGOT, Chef du Service des Publics du M.B.A Rouen, des iinformations aimablement communiquées sur la fréquentation 2013 de leur belle exposition.

JACBA et  B. AURPEUTHY

ps. pour aggrandir les tableaux, cliquer gauche sur la vignette

statistiques entrées MBA "éblouissants reflets" NI 2013 statistiques entrées MBA "éblouissants reflets" NI 2013 statistiques entrées MBA "éblouissants reflets" NI 2013

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INTERVIEW de Laurent FABIUS par Pierre BUYCHAUT

9 Février 2013, 20:15pm

Publié par le webmaster

Laurent Fabius 2009ActueMinistre des Affaires Étrangères dans le Gouvernement du Président de la République François Hollande, après avoir été Premier Ministre de François Mitterrand et député de Seine-Maritime, M. Fabius nous a reçu dans son bureau de l'Hôtel de Ville de Grand-Quevilly, le jeudi 25 octobre.

Issu d'une célèbre famille de marchands d'Art, Laurent FABIUS est membre de notre Association des Amis de l’École de Rouen.

Pierre BUYCHAUT : Vous êtes amateur d'Art éclairé depuis toujours. Comment avez-vous découvert les peintres de l’École de Rouen ? 

Laurent FABIUS : Je connais  l’École de Rouen  depuis très longtemps. On ne peut pas dire qu'il existe un moment précis ou je l’ai découverte : c'est une série de sédimentations et de rencontres successives.

Je me suis familiarisé plus récemment avec les remarquables travaux de François Lespinasse. Et je me suis beaucoup intéressé à la Collection Depeaux du Musée des Beaux Arts de Rouen. Le tout fait que, sans en être un spécialiste professionnel, l’École de Rouen  est un des mouvements artistiques que j'apprécie et que je connais assez bien.

PBY-a-t-il un peintre que vous appréciez plus particulièrement ?

LF : Il y en a plusieurs. Dans la première génération, je suis particulièrement sensible à Léon-Jules Lemaître ! Nous avons acquis pour la CREA - et ils y sont accrochés - plusieurs tableaux de Lemaître dont un très original ! Il représente une Vue du Port de Rouen. Ce n'est pas un Lemaître classique avec ses « petits personnages sous la pluie », mais un Lemaître d’assez grand format, très coloré, avec des tons verts et jaunes.LEMAITRE 32x24 (Copier) 

PB : Oui, je vois ; c'est une œuvre exceptionnelle, contemporaine du mouvement Néo-Impressionniste !

LF : Exactement. Original et très beau !

PB : Et le second Lemaître ?

LB : Le second est une Rue du Gros Horloge qui, j'en plaisante régulièrement avec le Conservateur du Musée des Beaux Arts de Rouen, possède la même force gracieuse que ceux du Musée !

l'île Lacroix à ROUEN - 1885 - SBG 32x24

PB : Vous me disiez que vous appréciez plusieurs peintres. A part Lemaître, quels sont les autres ?

LF : Je citerai notamment Angrand : certaines de ses toiles sont magnifiques.

J'aime également beaucoup Charles Frechon.

Et, plus proche de nous, Pierre Hodé. Un grand talent. Insuffisamment connu, hélas !

PB : Vous savez que nous avons du mal à faire connaître l’École de Rouen  hors de nos frontières normandes...

LF : : C’est vrai ! J’ai été frappé, lorsque nous avons organisé en 2010 la première édition de Normandie Impressionniste, de constater dans la juxtaposition avec les « Grands Impressionnistes », que les œuvres choisies des peintres de l’École de Rouen – que beaucoup de visiteurs découvraient - relevaient parfaitement le défi ! J’en ai été heureux.

Il y avait en particulier une toile de Charles Angrand, Le pont de pierre, datée de 1881, avec un effet de nuit superbe. Une grande force.

Oui, il faudrait faire mieux connaître cette École et les « Amis de l’Ecole de Rouen » y contribuent très utilement. Chaque fois que l'on pourra en parler, faciliter une exposition, on le fera ! J'avais demandé, d'ailleurs, que l'on puisse organiser une exposition à Paris, et écrit à Bertrand Delanoë (actuel Maire de Paris - NDLR) dans ce sens. J’espère que cela se fera.

PB : Nous organisons une rétrospective Joseph Delattre, pour le centenaire de sa disparition, du 16 novembre au 13 décembre 2012, à L’Hôtel du Département, grâce à votre intervention auprès de M. Didier Marie.

   NDLR - voir l'annonce de cette expo qui s'st tenue à la maison de Département du 15 nov. au 13 déc. 2012

LF : Oui, je n'ai pas cité Delattre, mais c’est aussi un grand artiste! J’essaierai de voir cette rétrospective, si j’en trouve la possibilité.

PB : Parlez-nous de votre exposition Albert Lebourg, à la Maison des Arts de Grand-Quevilly, durant le Festival Normandie impressionniste de l'été 2013.

LF : : Lebourg a beaucoup peint, il y a chez lui du très bon et du moins bon !

Nous avons acquis pour la commune plusieurs toiles de Lebourg ; je trouve intéressant de pouvoir présenter des sites peints par un très bon artiste, sites dans lesquels les spectateurs se reconnaissent, que ce soit La Bouille, Rouen et même Grand-Quevilly. L'un de ces Lebourg représente un Bouquet de fleurs, une très belle composition. Nous avions, d'ailleurs, prêté ces Lebourg à l'exposition que la ville de La Bouille a organisée.

Dans le cadre de Normandie Impressionniste 2013, nous préparons une exposition à La Maison des Arts de Grand-Quevilly, qui s'intitulera : Albert Lebourg et la Seine. Seront réunies une quarantaine d’œuvres issues de collections publiques et privées. L'Association des Amis de l’École de Rouen participe à ce projet dont le Commissaire sera François Lespinasse, qui prépare, par ailleurs, la publication de la correspondance de Lebourg.

PB : Qu'est-ce qui a motivé votre choix d'Albert Lebourg ?

LF : : Ses plus belles toiles atteignent les meilleurs niveaux. Et pourtant, il n'est pas assez mis en valeur !

Le projet de Normandie Impressionniste consiste à ne pas tout concentrer dans les Grands Musées, mais à faire vivre l’impressionnisme dans une diversité de communes, afin d'amener le plus large public à la peinture, à l'amour de la peinture, et plus généralement de la culture...

Les spectateurs reconnaîtront des paysages qui leur sont familiers.

Dans le futur, j'aimerais que l'on continue cette aventure, et que l'on accueille périodiquement d'autres peintres, notamment parmi ceux de l'Ecole de Rouen qui méritent qu'on leur consacre une exposition particulière.

PB : Normandie Impressionniste 2013 au Musée des Beaux Arts de Rouen ?

LF : : Le thème choisi à Rouen sera « Éblouissants reflets ». Le reflet se trouve être un magnifique sujet impressionniste, notamment pour l'Ecole de Rouen, et en même temps un thème de réflexion philosophique.

J’apporte mon soutien à ce festival car c'est une manière d'initier le public à l'Art, notamment la peinture, et de faire connaître et apprécier la Normandie, nos ciels, nos rivières et notre lumière au monde entier. Il ne faut pas simplement regarder les œuvres de l'extérieur. Idem pour la Musique ou le Théâtre...

Cette fois-ci, nous allons mettre l'accent, et je m'en réjouis, sur les jeunes ! Via les écoles, les lycées et les universités. Leur donner le goût de l’art ! Et - pourquoi pas - susciter des vocations artistiques... »

 

                                                         Propos recueillis par Pierre Buychaut

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interview de christophe DUVIVIER par Pierre BUYCHAUT

15 Octobre 2012, 20:15pm

Publié par le webmaster

 

C'est au cours de son exposition sur L'arbre dans la peinture de paysage, entre 1850 et 1920, de Corot à Matisse, que nous rencontrons Christophe DUVIVIER au Musée Tavet-Delacour.ChDuvivier

A la tête des Musées de Pontoise depuis 1990, il a assuré le commissariat ou collaboré à la réalisation d'une centaine d'expositions en France mais aussi à l'étranger (Japon, Italie, Allemagne, Pologne...) dédiées à l'art des XIX et XXème siècles, de l'Impressionnisme à l'Art Concret et Contemporain.

 Pierre BUYCHAUT: vous avez intégré ANGRAND, FRECHON et PINCHON dans votre Exposition sur l'Arbre. Vous connaissez donc L'École de Rouen ?

Christophe DUVIVIER : oui, j'allais dire « depuis toujours » car, je dois l'avouer, je suis « un peu » normand et j'ajouterai pour appuyer ce clin d'œil à la Normandie que le Musée Tavet-Delacour est installé dans un grand vicariat qui dépendait de Rouen, un bel hôtel particulier de la fin du XVèmesiècle construit à l'initiative de Guillaume d'Estouteville...

Plus sérieusement, j'ai assuré le commissariat d'une exposition dédiée au Néo-impressionnisme au Japon en 2002, pour laquelle François Lespinasse m'avait apporté son aide.

Mais qui évoque l'Impressionnisme pense immédiatement à la Normandie. Il faut savoir aussi que la Normandie a contribué à l'aventure Néo-impressionniste, non seulement en donnant quelques motifs à Georges Seurat mais aussi, évidemment, en donnant au mouvement une figure importante : Charles Angrand.

Il ne faudrait pas oublier non plus la présence de Camille Pissarro à Eragny-sur-Epte dans les années décisives de ce même mouvement.

P.B. : ce qui explique votre rétrospective Charles Angrand en 2006 au Musée Tavet-Delacour.

C.D. : effectivement, je me suis intéressé à Charles Angrand à travers le Néo-impressionnisme mais  je m'intéresse aussi à des peintres post-impressionnistes comme Albert Lebourg ou Charles Frechon.

J'ai aussi consacré une exposition aux peintres Néo et post-impressionnistes anglais autour de Lucien Pissarro, exposition reprise par le Musée de Dieppe car elle faisait une place importante aux vues de Dieppe par Walter Sickert, Spencer Gore ou encore Harold Gilman. Mais je parle ici de Normands d'outre-manche !

PB : l'École de Rouen ?

C.D. : ce terme d'« ECOLE » est quelque peu gênant. Les Impressionnistes furent les premiers à rejeter cette terminologie avec raison. Ils étaient contre l'École avec un grand « É ». Ce sont des étiquettes données après coup qui ne veulent pas dire grand-chose d'un point de vue historique ou esthétique. Comme la plupart de ces dénominations, c'est une création a posteriori du marché de l'art qui a convergé vers des préoccupations régionalistes ou éditoriales. La fortune de l'« École de Barbizon » est à ce titre exemplaire. Remarquez qu'avec le temps, ce type d'usage « contamine » les historiens de l'art et finit par s'imposer durablement par commodité.

Mais, heureusement, on ne parle pas encore d' « École Impressionniste », ni même d' « École Néo-impressionniste » ce qui serait au demeurant de l'ordre du pléonasme. Nous sommes à l'aube du XXème siècle et c'est bien la notion de mouvements qui doit désormais prédominer, les fameux « ismes ».

Toutefois, l'aspect positif de cette terminologie réside dans le fait qu'elle permet l'étude d'un contexte local dans sa complexité et le traitement de l'histoire de l'art en ne se limitant pas aux figures majeures. Ainsi, des artistes injustement oubliés, font l'objet d'études et d'un légitime regain d'intérêt de la part des collectionneurs.

P.B. :mais le grand journalisteet critique d'art au Figaro, Arsène Alexandre, avait employé ce terme en 1902 dans un article sur ces peintres Rouennais, comme d'autres avant lui, il faut le dire. Alors, comment les nommeriez-vous?

C.D.  : « GROUPE » ! Je m'explique : quant il s'agit de l'art indépendant, c'est-à-dire l'essentiel de la peinture de paysage au XIXème siècle, je préfère, en effet, parler de « groupe » au sein des mouvements, tel celui de Pontoise formé par Cézanne, Guillaumin et Béliard autour de Pissarro. La notion de « groupe » montre bien qu'il y a des liens d'émulation, d'amitiés intellectuelles, d'influences et de combats entre des peintres et cela à un moment précis. C'est ce moment précis de convergence des recherches qui prévaut sur une appartenance géographique même s'il est souvent lié à un lieu. Notons que c'est d'ailleurs le cas dans les relations qui unirent Angrand et Frechon.

P.B. : parlez-nous de votre choix de Angrand, Frechon et Pinchon dans votre exposition sur l'Arbre.Angrand-le clos normand-JEDR (Copier)

C.D. : une partie de l'intérêt que j'éprouve à faire, à intervalles réguliers, des expositions thématiques, c'est (outre le plaisir intellectuel de faire entrer le public à son insu dans des problématiques esthétiques ou plastiques), celui de pouvoir exposer aux cotés de grands noms, de très belles œuvres d'artistes moins connus. C'est l'occasion de faire découvrir des peintres de grande qualité mais qui n'ont pas forcément joué un rôle majeur.

Ch.ANGRAND - le clos normand -  79x97 - non signée -1907-08 - coll.part.

L'histoire n'est pas faite que d'artistes ayant bouleversé leur époque ; il fallait autour des plus grands, des artistes pour les connaître et les reconnaître, et nourrir leur époque de leurs apports, leur donner une profondeur historique.

                    

P.B. : comme Charles Angrand ?

C.D. : oui, oui, il y a un grand nombre d'artistes qui occupent des places singulières dans l'histoire de l'art et que le grand public ne connaît pas forcément. Oui, c'est le cas justement d'un artiste comme Charles Angrand. Les raisons de cette méconnaissance sont assez faciles à analyser au demeurant. Il faut s'intéresser en profondeur à un mouvement pour découvrir des peintres comme lui, tant ses œuvres sont rares et parfois difficiles pour qui n'a pas de véritable compréhension de l'histoire de la peinture.

Par ailleurs, pour un musée relativement modeste, il est essentiel de faire ce travail de redécouverte. Il est en effet inutile de publier sur des artistes qui sont déjà dotés de nombreux catalogues d'expositions monographiques. Le catalogue de l'exposition Charles Angrand a permis à ce titre de donner une plus large audience aux recherches de François Lespinasse et c'est, désormais, une référence pour un plus large public et un outil au service des historiens qui travaillent sur le Néo-impressionnisme. Bien évidemment, les publications antérieures de François Lespinasse avaient déjà fait l'essentiel, mais la diffusion par un éditeur national augmente soudainement cette visibilité en étant l'occasion de réactualiser les connaissances sur les œuvres réapparues ou localisées depuis peu. D'autre part, le fait d'avoir pu bénéficier de la préface d'une figure internationale aussi considérable que celle de Robert Herbert a permis une plus large  reconnaissance de cet artiste.

P.B. : la place de Charles Frechon ?

C.D. : dans cette exposition, Charles Frechon est dans son environnement artistique et la présence de ses œuvres est parfaitement pertinente.

Eté à Quèvreville (Copier)Ce n'est probablement pas le choix qu'aurait fait le Musée d'Orsay à l'occasion d'un thème aussi ambitieux, mais c'est bien dans la vocation du musée de Pontoise. C'est la publication de Rouen (Rétrospective Charles Frechon, Musée de Rouen, 2008, NDLR) qui m'a fait mieux connaître ce très beau peintre qui a apporté une interprétation originale du Néo-impressionnisme.

Ch. FRECHON - l'été à Quevreville-la-Milon -HST 60x73 -1903-04 - coll. part.

 

P.B. : serait-il encore un peintre inconnu ?

CD.: Il faut avouer que son oubli est l'une des injustices de l'Histoire de l'Art, car il « divise » dès 1889/1990 donc avant la mort de Seurat et le ralliement de Cross. La raison de cet oubli provient probablement de son absence dans les expositions internationales contemporaines du mouvement telles celles organisées par les « XX » à Bruxelles.

Comme bien souvent, il faut rechercher l'origine de la méconnaissance d'un artiste par le public dans la rareté des œuvres et plus précisément, la rareté voire l'absence dans les collections des musées. La diffusion d'une œuvre contribue grandement à sa notoriété (son œuvre est loin d'être pléthorique : nombre estimé à environ 850 numéros, alors que Claude Monet en compte environ 2.000 peintures et Pissarro plus de 1500 NDLR)

P.B. : un espoir ?

C.D. : si un peintre comme Achille Laugé a aujourd'hui pu réintégrer l'histoire du mouvement, il  n'y a pas de raison qu'il n'en soit pas de même pour Charles Frechon qui, à certain égard, est plus fidèle à la théorie du mouvement. et qui se rattache à celui-ci directement de par son amitié avec Charles Angrand.Automne en Forêt de Quèvreville (Copier)

Quant à ses dessins faits de touches croisées et virgulées, ils sont de superbes exemples de dessins néo-impressionnistes !

Ch. FRECHON - automne à Quevreville-la-Milon -HST 65x80 - 1903-04 - coll.part.

 

P.B. : Robert-Antoine Pinchon ? 

C.D. : ah oui ! Vous faites allusion à la peinture que nous avons admirée ensemble lors de l'exposition de Rueil (Impressionnistes et postimpressionnistes de l'Ecole de Rouen, Atelier Grognard, Rueil-Malmaison, 2011, NDLR).

En effet, chaque exposition est l'occasion de corriger la vision préconçue que l'on a des artistes. Certaines œuvres vous font réévaluer cette vision soudainement et vous apportent, de fait, une bien meilleure compréhension. Cela rejoint tout ce que nous disions plus haut.

P.B.: comment le jugez-vous ?

C.D. : le « Fauvisme » est un mouvement reliant des peintres convergeant très ponctuellement et dont les évolutions ultérieures furent souvent divergentes. Regardez par exemple un peintre comme Louis Valtat dont les préoccupations esthétiques sont aux marges du Fauvisme. Certains Fauves évoluèrent vers une forme d'Expressionnisme, d'autres devinrent Cubistes, beaucoup reprirent des chemins originaux et de fait, bien distincts par la suite.

Le chemin neige (Copier)Comme beaucoup de Fauves, Pinchon se souvient autant des Néo que de Monet ou de Van Gogh, quand il peint ses troncs d'arbres en touches parallèles (Cf. Le Chemin, Neige, exposé). Il est, dans cet esprit, dans une certaine filiation avec le Néo-impressionnisme tel que le mouvement évolua après la mort de Seurat. Mais sa liberté de palette l'associe, ici, à ce moment particulier que fut le Fauvisme.

RA. PINCHON - le chemin, neige - HST 60x73 - 1905 - coll. part

On pourrait ajouter qu'à ce titre, et logiquement, il s'oppose en cela, au « Cloisonnisme » de nombre de peintres issus de Pont-Aven dans le sillage de Paul Gauguin.

.

P.B. : la fin du XIXème est une période charnière que vous appréciez...

C.D. : il est très important, pour nous, Conservateurs de Musées ou Commissaires d'expositions, de promouvoir cette période charnière excessivement riche entre le XIXème et XXème siècle. Nous devons avoir le courage de sortir des chemins trop rebattus ; c'est essentiel, notamment en rapprochant des œuvres pour permettre une meilleure compréhension de l'époque, de ses enjeux, de sa richesse. Par ailleurs, la recherche d'une cohésion et d'un dialogue pertinent entre les œuvres ainsi réunies constitue une alchimie fine très stimulante, surtout dans une architecture complexe comme celle du Musée Tavet-Delacour où toute forme de dogmatisme est vouée à l'échec.

P.B. : des projets pour 2013 ?

C.D. : un projet « entre Paris et la côte normande » : Albert Marquet et les bords de Seine, pour l'automne 2013.

 

propos recueilllis par Pierre BUYCHAUT

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interview de Delphine CAMPAGNOLLE par Pierre BUYCHAUT

21 Juin 2012, 15:00pm

Publié par le webmaster

D-Campagnolle--Copier-.JPG1994, Del

Avant que ne débute la rétrospective "MICHEL FRECHON" au Musée des Beaux Arts de Bernay, nous rencontrons Delphine CAMPAGNOLLE qui fut l'instigatrice de ce projet. En effet, elle a rejoint, depuis le début de cette année 2012, les rangs du Musée National de l’Éducation à Rouen, mais suit, par passion aujourd'hui encore, la bonne réalisation de son ancien projet.

Diplômée de l’École du Louvre Delphine CAMPAGNOLLE enchaîne sur deux ans de Master à l'Université de Paris VIII-St Denis, de Maîtrise Scientifique et Technique de Médiation Culturelle.

Or, un stage de dernière année de Master la conduit au Musée de Bernay, alors dirigé par Madame AUBE. Et Bernay lui convient tout à fait, puisque c'est sa région de naissance !

La chance lui sourit de nouveau deux ans plus tard, car le musée doit se doter d’un service des Publics et sa spécialisation en médiation culturelle l’aide à créer cette politique culturelle;

En 2006, Delphine CAMPAGNOLLE passe le concours d’attachée de conservation du patrimoine et est promue Directrice du Musée des Beaux Arts de Bernay.

Pierre BUYCHAUT : à votre arrivée au Musée de Bernay, que représentait, pour vous,  l'Ecole de Rouen ?

Delphine CAMPAGNOLLE : pour être franche, à l’École du Louvre, on nous avait parlé d'Albert LEBOURG, et c'est tout... Peut-être comme représentant paysagiste d'une École Régionale. En fait, à mon arrivée, je n'avais absolument pas conscience de l'importance de cette "École de Rouen". Et puis, il y a eu la Rétrospective Charles FRECHON au Musée des Beaux-arts de Rouen en 2008. Une révélation !

Mais j'avais en mémoire la rétrospective Magdeleine HUE qui avait été montée à l'Abbatiale de Bernay attenante au Musée (du 14 juillet au 31 août 2004 NDLR). Ce n'était pas nous, le Musée, qui l'avions réalisée, mais M. Benoît Lecoq, alors Attaché culturel à la ville de Bernay. .

Car, vous le savez, Magdeleine HUE est née à Bernay (Magdeleine HUE, 1882-1944, marraine des enfants de Robert-Antoine PINCHON, est la seule Femme de 'l’École de Rouen' NDLR). Oh, je suis un peu embarrassée pour vous l'avouer, mais à l'époque, j'avais écouté les réflexions de ma directrice qui la considérait comme.... comme "un petit peintre" !

PB : et votre sentiment aujourd'hui ?

DC : sincèrement, c'est un Peintre ! Une femme ! Une vraie singularité ! Mais rattachée à une communauté d'artistes. Elle n'est pas la servile copie de PINCHON. C'est une coloriste à la palette flamboyante ! Et son parcours de femme libre n’est pas si courant pour l’époque !

PB : elle fait partie de vos peintres préférés ?

DC : moi, c'est plutôt PINCHON ! Et pour la 1ère génération : Charles FRECHON !

Et puis Charles ANGRAND ! Il n'a pas choisi la facilité. Regardez ses pastels ; ils ne sont pas toujours beaux, dans le sens où ils ne plaisent pas toujours au grand public ! Il n'a pas choisi la facilité commerciale. Enfin, c'est la vision romantique que j'en ai...

Ce n'est pas banal d'être Artiste ! Les Peintres de "l’École de Rouen" méritent leur place dans les encyclopédies d’Histoire de l'Art.

PB : vous parliez de Pinchon ?au Musée de Rouen (MONET, PISSARRO, GAUGUIN à Rouen, "une ville pour l'impressionnisme

DC : le Festival Normandie Impressionniste "(été 2010 NDLR) a été une découverte pour beaucoup de visiteurs de ce jeune prodige. Je trouve que l'on sent une humanité dans son œuvre. Une vraie harmonie se dégage de ses scènes de campagne. Le tout avec une palette réinventée, et malgré tout, sereine, " à la Matisse " du  "Luxe, Calme et Volupté "  (musée d'Orsay) (PINCHON accroche 3 toiles au même Salon d'Automne de 1905, la fameuse "Cage aux Fauves" -  NDLR). Le Portrait de sa Mère que nous avons exposé à Jardins Enchanteurs (dans le cadre de Normandie Impressionniste, été 2010, Musée de Bernay - NDLR) est monumental dans sa simplicité !

PB : d'ailleurs, comment est née la collaboration avec notre Association des Amis de l’École de Rouen ?

DC : eh bien, un jour, ce devait être fin 2008, un membre de votre Bureau a pris rendez-vous. Et il est arrivé, c'était cocasse, une valise remplie de livres et documentations de votre Association (Delphine CAMPAGNOLLE est, depuis, adhérente de l'Asso, NDLR).

Ernest Quost fleurs du matin (Copier) Nous avons longuement envisagé ce que pourrait être une collaboration entre le Musée de Bernay et l'AER. D'autant plus, il faut le dire, que le Musée est relativement pauvre en œuvres impressionnistes, à part le prodigieux QUOST de 1885, notre fleuron.

 ci-contre  "fleurs du matin" d'Ernest QUOST

Alors, je me suis dit pourquoi pas ? Ce pouvait être une opération gagnant-gagnant ! Une expo en associant une œuvre du Musée.

PB : et ce fut Michel FRECHON...

DC : oh ! Avant ça, il y a eu Quand l'enfant paraît (du 27 janvier au 31 mai 2010, NDLR), avec une demi douzaine de prêts dont Angrand et Pinchon ; puis la grande expo Jardins Enchanteurs (du 12 juin au 3 octobre 2010) qui a vu 6.000 visiteurs en 1 été, soit plus de 60 % de notre fréquentation annuelle !

PB : et ce fut Michel FRECHON...

DC : oui, à l'époque, fin 2008, on sortait de la rétrospective de son père Charles au Musée de Rouen. Et faire un enchaînement sur son fils Michel, je trouvais cela très instructif et aussi inédit...

En fait, je découvrais totalement cet artiste. Ce qui m'a séduit, c'est le dessinateur hors-pair. Et pourtant, nous possédons des dessins du XXème dans les collections du Musée avec l’importante donation De Maistre (1891-1953). Et Michel FRECHON est l'exemple même du fait que ce n'est pas parce qu'on n'est pas de l'avant-garde artistique, qu'on n'est pas intéressant ! Michel FRECHON joue sa propre musique particulière !

Je pense à ses portraits de femmes, tout en sérénité, charme...

PB : oui, ceux à la touche croisée...

DC : non, plutôt ses Langueurs, par exemple, où il invente un univers. Dans les portraits de sa famille, faits de touches croisées avec une technique brillante, je vous l'accorde, je trouve qu'il ne s'est pas encore affranchi de son père. Ce n'est pas ce que je préfère.

Je suis également très sensible à ses vues de Rouen, qui s'inscrivent dans la tradition... Dans la tradition d'Eugène ATGET (photographe 1857-1927 NDLR) par exemple, qui nous a montré des cours intérieures, des ruelles pavées du Paris de la fin du XIXème. Michel FRECHON, lui, nous montre un Rouen non idéalisé mais très présent.

PB : pas le Rouen de la reconstruction après la libération de 1945 ?

DC : ah si !! C'est vraisemblablement le Michel Frechon que je préfère ! Sa ville en reconstruction ! Il rejoint, à mon avis, la modernité des Gare St Lazare de Claude MONET ! Et puis, il adopte des cadrages tellement originaux. Il est un artiste à part entière, il s’intéresse à ce que nous n’avions pas regardé, il nous montre ce que nos yeux n’avaient pas vu.

Quant à ses Intérieurs de Cathédrale, ils viennent du legs paternel, certes. Mais il installe par ces noirs et ces blancs, un mystère, comme dans certains portraits de femme, d’ailleurs, où le temps semble suspendu..

Je le trouve moins à son aise dans ses paysages à l'huile qui, selon moi, sont moins riches.

PB : vous avez quitté le Musée de Bernay au début de cette année. Quel est votre quotidien ?

DC : je suis, depuis le 1er janvier, en poste au Musée National de l’Éducation de Rouen. Je me suis éloigné du domaine des Beaux-arts. C'est, pour moi, un vrai challenge intellectuel. Et je tente de faire profiter, à mon nouveau milieu, de mon regard extérieur qui est plus tourné vers le grand public. Car il faut que nous fassions connaître ce Musée ! Nous devons, je pense également, introduire plus de Beaux-arts dans ce musée qui est des cinq musées nationaux scientifiques. Car le thème de l’Éducation avec un grand E nous parle de l’histoire des hommes, de cet enjeu de civilisation. C’est un musée où l’art et l’histoire se répondent... L’enfance est donc à envisager très largement. Nous nous intéressons à l’histoire scolaire, mais aussi aux scènes d’éducation familiale...

Ces moments de complicité entre mère et enfants, par exemple chez Charles ANGRAND où la présence des enfants chez Charles FRECHON, me laissent penser que, peut-être, l’association des Amis de l’École de Rouen sera de nouveau un partenaire d’un musée, qui sait !

J'appréhende avec modestie ce nouveau poste, ce tournant professionnel, car, rendez-vous compte, le Musée de l’Éducation de Rouen renferme plus de 950.000 objets, ce qui constitue la plus importante collection européenne dans le domaine. Et, en plus, tout est à l'inventaire ! Aussi bien la toile d'un Maître hollandais du XVIIème, comme le cahier d'écolier de 1950 avec son lot de mauvaises notes ! D'ailleurs, nous sommes friands de ces « 'mauvais » carnets scolaires anciens. Alors, n'ayez pas honte, ramenez les nous, nous vous féliciterons !

PB : des projets ?

DC : en 2014, je serai co-commissaire d'expo ayant pour thème : L'enfant et la 1ère guerre mondiale.

 

propos reueillis par Pierre BUYCHAUT

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interview de Diederik BAKHUYS par Pierre BUYCHAUT

26 Février 2012, 09:00am

Publié par le webmaster

Diederik BakhuysNous avons rencontré pour vous, le vendredi 25 novembre 2011, dans son antre du Cabinet des dessins, Diederik BAKHUÿS, absorbé par de nombreux projets pour les années 2012-2013 : plusieurs expositions organisées pour octobre 2012, Nicolas Colombel pour novembre, une grande exposition de dessins français du XVIIIe pour 2013-2014, alors que se profile pour le printemps et l’été 2013 la prochaine édition de Normandie impressionniste.

Formé en histoire de l’art à l’Université de Paris-I, Diederik bakhuÿs est recruté en 1997 par Claude Pétry, alors directrice des musées de Rouen. Choisi en raison de sa spécialité « dessins », il est chargé du cabinet d’arts graphiques du musée. Rappelons que ce dernier abrite quelques 10.000 pièces et compte parmi les plus prestigieux de France.

Pierre BUYCHAUT : vous êtes arrivé juste un an après l’exposition L’École de Rouen, de l’impressionnisme à Marcel Duchamp...

Diederik Bakhuÿs : Oui, et c’est en feuilletant le catalogue que j’ai découvert l’École de Rouen dont, je dois l’avouer, je ne connaissais même pas l’existence avant d’arriver… Et puis après par les salles Depeaux, qui n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. J’ai été surpris, intrigué, mais je n’ai pas approfondi la question avant des années. J’étais alors accoutumé à travailler sur le dessin ancien, moins attiré sans doute que je ne le suis aujourd’hui par l’art de cette période.Eg.StVincent-Frechon (Copier)

J’avais été frappé, pourtant, par un dessin de Charles Frechon représentant l’intérieur de l’Église St Vincent, une grande feuille offerte au musée en 2000 par Mlle Mouchelet.

PB : cette feuille était, d’ailleurs, de nouveau présente à sa rétrospective de 2008.

DB Oui, et ma vraie plongée dans l’École de Rouen date, en fait, de cette rétrospective Charles Frechon, qui a été une très belle expérience et l’occasion pour moi d’une vraie découverte. J’aime tout particulièrement les toiles des années 1890-1895, avec leurs jardins et leurs vergers saturés d’éclats de lumière, leur côté très dense, très « rempli ». Mais même la fin de sa carrière, qui a moins bonne réputation, réserve parfois de belles surprises avec des toiles empreintes d’une grande poésie. L’exposition m’a révélé par ailleurs un dessinateur vraiment extraordinaire, qui explore des domaines entièrement différents de ceux du peintre, ce que je trouve toujours particulièrement intéressant. Je peux vous avouer que je suis beaucoup plus sensible à un dessin en touches croisées de Charles Frechon qu’à une aquarelle de Paul Signac, par exemple. Charles Angrand aussi me semble bien supérieur à ce dernier comme dessinateur, notamment dans ses Maternités qui sont des merveilles.

PB : cette rétro fut le résultat de la collaboration de notre Association avec votre musée… 

DB : C’était le cas typique d’un sujet dont les amateurs s’étaient emparés avant que les musées ne s’y intéressent. Votre association a tout d’abord joué un rôle fort utile d’aiguillon. Elle a été une force d’impulsion. Elle nous a ensuite énormément aidés en nous donnant accès à des collections privées. Nous avons eu la chance aussi de bénéficier de l’immense savoir accumulé par François Lespinasse. Que saurions-nous du sujet, s’il n’avait pas collecté une masse d’informations dispersées, s’il n’avait pas retracé la succession des expositions anciennes, pisté les œuvres, visité les collections ? Presque rien… Vous ne vous en rendez pas compte, mais pouvoir accéder d’un coup à un milieu de collectionneurs passionnés et extrêmement bien informés sur le sujet est loin d’être courant lorsque l’on se lance dans un projet d’exposition. C’était d’autant plus nécessaire que beaucoup de Frechon majeurs sont encore conservés en mains privées.

PB : et pour Normandie Impressionniste 2010 ?

DB : La relation nouée à l’occasion de cette rétrospective a trouvé un prolongement formidable au moment de la grande exposition impressionniste de l’été 2010. L’une des missions d’un musée comme le nôtre est de faire alterner des expositions « grand public », avec des signatures prestigieuses, et d’autres moins faciles, voire tout à fait en dehors de « l’air du temps », comme Mère Geneviève Gallois (1888-1962). Le Génie et le voile en 2004, dont j’ai adoré m’occuper. La rétrospective Frechon était bien sûr moins risquée, mais Laurent Salomé et moi-même tenions à traiter le sujet de façon ambitieuse. L’artiste ne doit pas être vu uniquement comme un « peintre local » puisque son parcours rejoint à certains moments la grande histoire des avant-gardes. Il a pratiqué une forme de néo-impressionnisme très tôt, avant même d’inventer sa propre vision de l’impressionnisme. Le fait d’avoir été « néo » avant même d’être vraiment impressionniste est une particularité étonnante. Jamais la « grande » histoire de l’art n’avait effleuré ces questions… L’exposition Une Ville pour l’impressionnisme en 2010 a permis d’insister là-dessus, en rappelant plus généralement que les « mousquetaires » de l’École de Rouen ne proposaient pas une interprétation a posteriori des recherches de l’avant-garde parisienne, mais travaillaient précisément au même moment. Le parcours même de l’exposition, vous vous en souvenez, rendait sensible ce constat.

PB : Pierre Dumont ? 

DB : ah, je vous vois venir (rire) ! Oui, le musée a acquis l’été dernier une très étonnante gouache pointilliste de cet artiste : une grande feuille qui représente l’abbatiale Saint-Ouen, formée d’une multitude de petites taches appliquées à la pointe du pinceau. Par bonheur l’œuvre est signée ! P Dumont (Copier)

Car, par la minutie de la technique et la douceur des dégradés, elle diffère entièrement de ce que l’on connaît du peintre. Sans doute faut-il la placer très tôt, au début du XXe siècle, alors que le jeune artiste cherche sa voie en revenant sur les expériences du néo-impressionnisme. 

Abbatiale de St-Ouen - P. DUMONT -  mbar

Entre Angrand et Frechon, il y a eu une vraie tradition d’expérimentations graphiques dans le milieu rouennais. C’est intéressant et tout à fait inattendu de voir qu’elle s’est prolongée chez un artiste comme Dumont .                                                                      

PB : y a-t-il un peintre de l’Ecole de Rouen qui vous tienne plus particulièrement à cœur ?

DB : en fait deux, et même trois, avec Charles Frechon depuis sa rétrospective. Charles Angrand arrive en tête ! Il y a l’œuvre, restreint mais passionnant, et il y a le personnage, si sensible, si honnête, si attachant dans sa fragilité ! C’est un être intelligent, qui porte sur le travail de ses contemporains des jugements d’une finesse merveilleuse. Il faut absolument lire son extraordinaire correspondance publiée par François Lespinasse.

Et puis le Robert-Antoine Pinchon des débuts ! Celui d’avant 1914, comme on l’a vu dans l’exposition impressionniste de l’été 2010 ! Mais c’est un artiste dont l’image peut souffrir du principe de la rétrospective, qui embrasse l’ensemble d’une carrière. C’est ce qui rend problématique, sans doute, l’idée d’une grande exposition au musée. Il n’est pas simple d’expliquer au public que l’on préfère écarter les œuvres tardives. Je trouve moins palpitant en revanche, je dois l’avouer, l’œuvre d’Albert Lebourg, pourtant bien représenté au musée.

PB : d’où vient, d’après vous, que cette « École » manque de reconnaissance aujourd’hui ?

DB : vaste question… Il y a d’abord des raisons historiques. Les figures marquantes que l’on range sous cette bannière n’ont pas eu des parcours faciles. Ils ont eu des difficultés (c’est même un euphémisme) à s’imposer auprès des collectionneurs parisiens. Et le milieu rouennais a beaucoup tardé à leur faire une place, en dépit du soutien de François Depeaux ou de Georges Dubosc. Je pense d’ailleurs que l’histoire aurait été différente si Depeaux avait soutenu Angrand ou même le Frechon néo-impressionniste, plutôt que de favoriser Delattre ou Lebourg. Ce collectionneur n’a jamais vraiment adhéré à l’expérience pointilliste. Curieusement, le plus bel ensemble de Frechon conservé dans un musée n’est pas accroché dans nos salles Depeaux : il est à Louviers ! Et l’on arrive à ce résultat bizarre : Frechon, qui exposait chez Durand-Ruel à Paris à une époque où il ne vendait rien à Rouen, est aujourd’hui presque inconnu en dehors de la région… alors qu’il nous manque au musée un ou deux tableaux vraiment marquants pour lui rendre tout à fait justice. Une rétrospective permet de faire avancer les choses, mais pas autant que l’on aimerait : il y a une telle pléthore d’évènements à Paris que l’on peine à convaincre le public parisien, les critiques, le milieu des collègues de la capitale, à venir voir une exposition consacrée à un personnage dont ils ignorent tout.

Il y a selon moi une autre difficulté dont je parlerai très franchement. La dénomination « École de Rouen » est sans doute commode mais elle pose aussi des problèmes… En voulant rattacher plusieurs générations de paysagistes rouennais au train de l’impressionnisme, on en a desservi certains. Il me semble qu’une association comme la vôtre doit débattre de la question.

PB : expliquez-vous…

DB : eh bien, l’École de Rouen correspond-elle à un mouvement, à un milieu homogène ? Personne ne peut le prétendre. Angrand a été un acteur central du mouvement néo-impressionniste. Ce n’est pas un peintre local, même s’il a vécu et travaillé à Rouen.

N’est-il pas abusif, par ailleurs, de ranger sous la même bannière des artistes de la génération de Lemaître ou de Frechon – ces « mousquetaires » qui, à certains moments, ont été « synchrones » avec ce qui se faisait à Paris – et des épigones de la 2e ou 3e génération ? C’est pour l’histoire de l’art un milieu bien trop disparate !

On trouve d’ailleurs parmi ses représentants tardifs de cette curieuse « École » des figures sensibles et attachantes. Elles ont tenu une place sur la scène locale et cela mérite tout notre respect. Mais elles étaient déconnectées des avant-gardes de leur époque, ou bien y réagissaient d’une façon superficielle. Cela fausse le regard porté sur les créateurs les plus marquants, qui souffrent fatalement d’être mis dans le même sac que des artistes de troisième ordre. On peut parfaitement éprouver de la sympathie pour des peintres qui suivent leur voie sans se préoccuper d’être à la pointe de l’avant-garde. Cela m’arrive tous les jours. Mais rend-on vraiment service à Narcisse Guilbert ou à Narcisse Hénocque, par exemple (2e génération NLR), en les présentant comme les héritiers des « mousquetaires » ?

Ceci étant dit, j’admets volontiers que ce concept, tout bancal qu’il soit selon moi, a permis de créer un intérêt autour du milieu rouennais et c’était plus que nécessaire. Il a servi de fil conducteur aux travaux de François Lespinasse et ce qu’on doit à ses recherches est proprement sidérant. J’en parlais à propos de Frechon, mais cela vaut pour bien d’autres. Sans lui, combien de peintres qui sont aujourd’hui parfaitement documentés seraient tout simplement des inconnus… Et tant mieux également si des artistes ignorés en dehors de la région parviennent aujourd’hui, grâce notamment aux efforts de votre association, à toucher parfois un public plus lointain.

PB : et Normandie impressionniste 2013 ?

DB : comme vous le savez, l’exposition de Rouen portera sur la question des reflets dans l’eau, qui est consubstantielle de l’histoire de l’impressionnisme. Nous ne traiterons pas de la question du reflet dans le miroir, qui est un magnifique sujet en soi, mais qui obéit à d’autres problématiques. Nous remonterons aux sources de la question en revenant sur l’œuvre de précurseurs comme Turner, Corot ou Daubigny. Les Nymphéas de Monet occuperont dans l’exposition une place comparable à celle que tenaient les Cathédrales en 2010.

Le propos ne sera pas topographique, mais Sylvain Amic (successeur de Laurent Salomé à la tête des musées de Rouen depuis octobre 2011 - NDLR) insiste à juste titre pour que le motif de la Seine soit fortement présent. Vous savez la place extraordinaire que le fleuve a tenue dans la peinture impressionniste.

PB : y verra-t-on des représentants de l’Ecole de Rouen ?

DB : Il y a sans doute moins de raisons objectives qu’en 2010 d’inclure un très grand nombre d’œuvres de l’École de Rouen : la ville était alors au cœur du sujet. Mais elles seront assurément présentes. Nous sommes vraiment persuadés de la nécessité de rappeler sans cesse l’existence d’un milieu impressionniste proprement rouennais. Ceci étant dit, je suis aujourd’hui accaparé par d’autres projets et c’est Sylvain Amic, qui connaît la peinture de cette période sur le bout des doigts, qui a repris le sujet. Je reviendrai en renfort plus tard.

PB : quels sont vos projets personnels ?

DB : Je travaille en ce moment sur Nicolas Colombel, né à Sotteville-les-Rouen autour de 1644 et mort à Paris en 1717. On connaît de lui environ 75 tableaux. Nous espérons en réunir la moitié. christ et femme adult -colombel (Copier)

Nous travaillons également sur une formule passionnante intitulée Le Temps des collections. Il s’agit de proposer, un peu comme nous l’avons fait pour Gérard David en présentant la restauration de la Vierge entre les Vierges, un éclairage ponctuel sur une peinture ou un artiste. En juxtaposant chaque année une dizaine d’évènements de ce type dans les trois musées entre octobre et mai, nous renouvellerons en fait toute la perception des collections permanentes.

Un Bulletin des musées de Rouen permettra de publier les résultats des recherches faites à cette occasion.

       le Christ et la femme adultère - Nicolas  COLOMBEL - Musée des Beaux-arts de Rouen                  

                          

propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

 

 

 

 

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Interview de J.C. DELAHAYE, Pdt des Amis de l'Ecole de Rouen

16 Décembre 2011, 15:30pm

Publié par le webmaster

Pierre BUYCHAJCD120909--320x200-.jpgUT : comment vous est venu ce goût pour la Peinture ? 

Jean-Claude DELAHAYE : en fait, je suis issu d’un milieu familial où cet art était pratiquement absent. Mais je me souviens très bien que jeune adolescent, j’appréciais énormément feuilleter mes livres scolaires d’histoire et éprouvais déjà une réelle émotion en m’arrêtant sur les belles reproductions de tableaux et gravures au fil des pages.

PB : on raconte que vous vous êtes lié d’amitié avec Albert MALET qui a été élève de Robert-Antoine PINCHON

JCD : oui, oui, beaucoup plus tard, alors que jeune ingénieur, je commençais à disposer d’un petit budget pour acquérir des toiles. C’est en 1978, au cours d’une visite d’exposition que j’ai rencontré Albert MALET (1912-1986 - NDLR). C’est lui qui m’a confirmé dans cette passion en me donnant les premières clés de lecture d’un tableau impressionniste. Et puis, un jour, au cours d’une conversation sur la Peinture, il m’a dit, je m’en souviens comme si c’était hier : « vous vous intéressez aux peintres actuels. C’est bien ! Allez également voir nos aînés, les Peintres de l’Ecole de Rouen ! Vous y prendrez un grand plaisir ! » Voila comment cela a débuté.

PB : et votre première acquisition ?

JCD : ah ! une gouache de BRADBERRY, Le Port de Rouen. C’était en salle des ventes. Peu après, grâce toujours à Albert MALET, j’ai découvert PINCHON. Quel talent !

PB : vous en êtes le Président Fondateur ; parlez-nous de l’AER (Association des Amis de l’Ecole de Rouen).

JCD : Une fois libéré de ma carrière professionnelle, j’ai cherché à rassembler les amoureux de cette peinture. Je suis donc allé voir l’ARA (les Amis Rouennais des Arts -  NDLR), dont le Président m’a conseillé de fonder une association spécifique à ce projet. Voila comment l’AER est née en septembre 2004. Notre première expo, avec l’aide précieuse de François LESPINASSE, en juin 2005, a été consacrée à Marcel NIQUET(1889-1968), peintre de Poses. Puis ce fut le Conseil Général de Rouen avec une exposition mémorable regroupant l’ensemble des peintres de l’Ecole de Rouen, à l’automne 2005. Nous en sommes à ce jour à une bonne dizaine d’expositions pour lesquelles nous avons été promoteurs ou participants actifs.

Nous comptons aujourd’hui un peu plus de 200 membres qui, pour une partie d’entre eux, sont notre vivier pour disposer des toiles nécessaires à une manifestation.

PB : quels projets pour l’AER ?

JCD : 2012 : Michel FRECHON Au Musée de Bernay, durant l’été ; cette rétrospective fera suite à celle, merveilleuse, de son père, de 2008 au Musée des Beaux Arts de Rouen.

Puis 2013, les discussions en cours portent sur les projets suivants : LEBOURG au Grand Quevilly ; Les Activités sur l’eau (régates comprises) à Elbeuf ; La Pluie au Musée de Bernay ; Une Collection privée dans les locaux de la Matmut à St Pierre de Varengeville; et  nous échangeons régulièrement avec le musée des Beaux Arts de Rouen sur une sélection d’œuvres  des peintres qui nous sont chers, dans le Cadre de leur expo « Reflets ».

Il faut ajouter que nous souhaitons  rendre hommage à Joseph DELATTRE, dont 2012 est le centenaire de son décès. Mais, jusqu’à présent, nous n’avons pas trouvé de lieu de rétrospective à sa mesure, malgré de nombreux contacts. Mais nous ne désespérons pas !

PB : êtes-vous sensible à un peintre de l’Ecole de Rouen plus particulièrement ?

JCD : Non !!! Je trouve cela trop réducteur ! Je suis passionné par l’Impressionnisme tout comme par le Néo-Impressionnisme !

Cela dit, j’ai un grand respect pour Charles ANGRAND et Charles FRECHON qui, s’il avait voulu suivre les conseils de DURAND-RUEL, serait parmi les plus grands impressionnistes de renommée internationale. J’éprouve également une sensibilité particulière pour Narcisse HÉNOCQUE.Henocque-Rouen-1930 (Copier)

PB : comment voyez-vous l’avenir de l’AER ?

JCD : l’AER doit continuer à participer à des expositions, à rechercher et créer elle-même de la documentation.

Et puis un projet de longue haleine me tient à cœur : monter un fonds de collection, dans la mesure de nos moyens qui ne viennent que des cotisations et du mécénat. Je pense que c’est le seul moyen pour que cette association devienne pérenne ! Ainsi l’AER deviendrait un partenaire privilégié pour qui voudrait monter des manifestations.

Par ailleurs, sans renier tous ces peintres reconnus de l’Ecole de Rouen, nous devons également nous pencher sur nos artistes contemporains. Citons par exemple l’excellent aquarelliste Daniel GUILBERT, ou le talentueux Jean-Pierre DUBORD. Mais, bien sûr, la liste ne s’arrête pas  à ces deux noms et si vous le voulez bien, je suggère que nous consacrions une prochaine rubrique à en discuter.

 

propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

Narcisse HENOCQUE "ROUEN,depuis le Cours La Reine"  - vers 1930

tableau appartenant à l'Association des amis de l'Ecole de Rouen

 

 

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Interview de Valérie FOURNEYRON, Députée Maire de ROUEN

2 Juillet 2011, 17:28pm

Publié par le webmaster

fourneyron [320x200]A la suite de ses études de Médecine à ROUEN, Valérie FOURNEYRON met ses compétences au service de la médecine du sport, tout d’abord au sein du CHU de Rouen puis au Ministère de la  Jeunesse et des Sports, où elle participe à la rédaction de la loi  de 1989 contre le dopage.

De 1984 à 1990, elle est Médecin du « Rouen Hockey Club » puis de l’équipe de France de volley-ball avant de devenir celui du « SPO Rouen Basket » jusqu’en 2004.

A partir de l’année 1995, Valérie Fourneyron se consacre à ROUEN d’abord en tant qu’adjointe au sport puis première adjointe d’Yvon ROBERT, et comme élue au Conseil Régional de Haute-Normandie, en charge du sport et de la culture auprès d’Alain LE  VERN.

Députée en 2007, elle devient Maire de ROUEN l’année suivante.

C’est dans son bureau de la mairie de Rouen, que Madame la Députée Maire nous reçoit ce vendredi 3 juin 2011.

Pierre BUYCHAUT :  Vous avez été Vice-Présidente du Conseil Régional de Haute Normandie, chargée de la Culture ; comment percevez-vous ce mouvement pictural de l’Ecole de Rouen ?

Valérie Fourneyron : Avant de m’engager en politique, je connaissais déjà, à titre personnel, l’Ecole de Rouen.

Le poste qui m’a été confié au sein du Conseil Régional, m’a permis de mieux appréhender ce Mouvement Pictural de la fin du XIXème, dont j’ai pu admirer de nombreuses toiles au Musée des Beaux Arts de ROUEN, notamment lors de la grande rétrospective de Charles FRECHON en 2008, un moment magnifique !

Voir Charles Frechon décrire Rouen, c’est un plaisir intime quand toute mon histoire familiale est écrite sur la commune.

PB : Et Normandie Impressionniste de 2010 ?

VF : J’ai pris encore plus de plaisir au moment de l’exposition ʺ une ville pour l’Impressionnisme : Monet, Pissarro et Gauguin à Rouen ʺ au musée des Beaux Arts.

Quelle fierté pour le maire de Rouen de voir ainsi sa ville mise en valeur, l’École de sa ville reconnue et valorisée comme un courant artistique majeur, et de pouvoir prendre part, en tant que spectateur, au dialogue qui s’établit entre les peintres de l’École de Rouen et les grands maîtres internationaux. Je me suis rendue plusieurs dizaines de fois à cette exposition, et je pourrais vous dire à quelles places les tableaux de chaque peintre de l’Ecole de Rouen étaient accrochés, comme L.J. LEMAÎTRE après le Jardin des Sculptures ou Charles Frechon juste avant les Cathédrales de MONET.

PB : Y-a-t-il un artiste ou une œuvre qui vous émeuve plus particulièrement ?

VF : En fait, deux ! ʺLe mulonʺ de Charles Frechon  (HST coll. part.) et ʺLe Pont Corneilleʺ de L.J. LemaÎtre (HST Musée de Louviers). Le pont Corneille LJ Lemaitre [320x200]

Je retrouve dans ce ʺ Pont Corneille ʺ le cœur de mon projet pour Rouen et pour les Rouennais : la réappropriation de notre fleuve, la Seine et de nos quais. La série des Ponts de PISSARRO, mon coup de cœur impressionniste de l’été, décrit très bien toute cette vie qui régnait autour de la Seine, toutes les activités qui s’y déroulaient.

Rien à voir avec aujourd’hui, même si les quais rive droite ont été réhabilités et revivent. C’est pour cela qu’avec mon équipe nous avons à cœur de réaménager également les quais de la rive gauche, ce qui sera fait dans les trois ans qui viennent.

Alors nous verrons les Rouennais revivre autour du fleuve, comme au temps de Lemaître et Pissarro !

PB: Cette ‘Ecole’ est-elle, à votre avis, assez reconnue aujourd’hui hors de Rouen?

VF : Plus de deux millions de touristes viennent à Rouen chaque année. Mais il est vrai que les enjeux culturels sont encore très parisiens. Mais je pense qu’il faut que nous soyons assez forts, assez attractifs, que nous osions pour faire venir touristes, signatures et décideurs à Rouen ! Et c’est possible, puisqu’à l’occasion du Festival Normandie Impressionniste nous avons fait venir l’été dernier 500.000 visiteurs, un public international, et des critiques et journalistes du monde entier.

PB : Avez-vous déjà, pour le festival 2013, un projet d’envergure comme le Jardin Suspendu sur le Pont Boieldieu de Arne Quinze en 2010 ?

VF : Je vais continuer à introduire l’Art Contemporain dans l’espace public, de placer de la modernité dans la culture urbaine. Nous allons créer chaque année un ʺ Rouen Impressionnée ʺ, pour entretenir et perpétuer ce dialogue entre patrimoine historique, environnemental et Art Contemporain. Un dialogue qui est invité à prendre différentes formes : picturale, musicale ou même celle du spectacle vivant comme avec ʺ La Liturgie Équestre ʺ de Bartabas présentée à l’Abbatiale St-OUEN en 2009, ou avec ʺ Les Bulles d’Oxygène », le travail sur la photosynthèse réalisé par Shigeko Hirakawa l’été dernier au Jardin des Plantes.

Dès septembre 2011, nous convierons les artistes rouennais à sortir leurs œuvres de leurs ateliers, afin de confronter leurs travaux avec l’histoire patrimoniale de notre cité. Puis l’année prochaine, nous confierons un lieu public à un artiste contemporain.

Ainsi le dialogue ʺ ROUEN monuments et art contemporain ʺ se fera, dans une alternance « intérieur-extérieur ». Autre exemple : nous avons confié avec le soutien de la société Ferrero une commande publique à l’artiste Laurent Saksik dans les jardins de l’avenue Pasteur, en hommage à Aimé CÉSAIRE et à son combat pour la négritude.

 

propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

 

Le Pont CORNEILLE de Léon-Jules LEMÂITRE HST Musée de LOUVIERS

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Normandie impressionniste au Musée des Beaux-Arts de VERNON

10 Février 2011, 16:48pm

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Lemaître-bords de Seine matin [320x200]Voici le bilan de l’exposition La Seine au fil des Peintres, de Boudin à Vallotton qui s’est tenue au Musée de Vernon entre le 24 avril et le 25 juillet 2010, dans le cadre de « Normandie Impressionniste », et dont notre Association en a été le « fer de lance ». Rappelons que l’AER était également active lors de la majestueuse expo du Musée des Beaux Arts de Rouen, ainsi que celle de Bernay.

Nombre total de visiteurs de l’exposition : 10 601

Nombre de visiteurs pour l’année 2010 : 19 645

Et nombre de visiteurs pour l’année 2009 : 15 594

                                                                                 

                                                                                                                  Pierre Buychaut

Sources : Musée de Bernay - Merci à Judith Cernogora

Léon-Jules LEMAÎTRE – bords de Seine, effet du matin - 1881-  Musée des Beaux-Arts de Louviers

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INTERVIEW DE LAURENT SALOME

5 Février 2011, 22:00pm

Publié par le webmaster

L.SALOMEAvant sa mutation prestigieuse et légitime comme Directeur Scientifique de la RMN (Réunion des Musées Nationaux) et du Grand Palais, nous avons eu le privilège de rencontrer Laurent Salomé, ce 4 février. Débutant sa carrière de Conservateur à Grenoble en 1990, il est passé par Rennes, pour arriver en tant que Conservateur en Chef des Musées de Rouen, le 1er avril 2001. Départ prévu le 1er avril 2011, soit exactement 10 ans à la tête de l’un des plus remarquables musées de province qui accueille, dit-on, la plus grande collection impressionniste française hors Paris.

 

10 ans d’expositions temporaires dont certaines de retentissement international, comme Chefs-d'œuvre des musées de Florence (2006 avec 87.000 entrées), et le point d’orgue de l’été 2010, Une ville pour l’impressionnisme, Monet, Gauguin, Pissarro à Rouen (238.000 entrées). Cette richissime exposition confronta nos 3 protagonistes avec leurs précurseurs tels Turner ou Corot, ainsi qu’avec les peintres de l’Ecole de Rouen, dont une intelligente rétrospective en 2008 de Charles Frechon en avait démontré toute la pertinence.

 

Q  Arrivant de votre poste de Conservateur du Musée des Beaux Arts de Rennes, qu’avez-vous découvert des Peintres de l’Ecole de Rouen ? 

 

Laurent Salomé : En fait, j’ai tout découvert de l’Ecole de Rouen ! Sauf Albert Lebourg qui est le seul personnage qui vient à l’esprit des Historiens d’Art quand on parle de l’Ecole de Rouen ! Et ces derniers voient en Albert Lebourg, un petit maître un peu obscur des bords de Seine. 

 

Q : Et pas Angrand ?

 

LS : Non. Charles Angrand est considéré comme un acteur essentiel de mouvement Néo-impressionniste, d’importance nationale, qui sera un jour réévalué comme l’égal de Seurat. Mais pas comme un peintre de l’Ecole de Rouen.

 

Q : Puis, votre découverte s’est poursuivie…

 

LS : Petit à petit, par la Salle Depeaux et les collections du Musée, qui sont un peu faibles, il faut l’avouer. Autant Depeaux a collectionné les meilleurs Monet, Renoir et Sisley (par l’intermédiaire du galeriste Durand-Ruel, NDR), autant son choix dans les œuvres des artistes régionaux est plus discutable, parce que notre collectionneur y révèle son goût profond pour les petits paysages paisibles, modestes et vrais, ces qualités qu'il admirait spécialement chez Delattre, mais qui font qu'il nous manque les œuvres spectaculaires et ‘audacieuses’. Puis j’ai compulsé le catalogue de l’exposition de 1996 L’Ecole de Rouen, de l’impressionnisme à Marcel Duchamp, ainsi que les ouvrages de François Lespinasse.

 

Q : Quel est le rôle joué, à l’époque, par cette Ecole dans le mouvement impressionniste ?

 

LS : L’Ecole de Rouen est autre chose qu’un simple écho local du mouvement artistique parisien. C’est un foyer, dans sa globalité, avec influence dans les 2 sens ! (Monet expose à Rouen en 1872 et Pissarro rencontre les artistes locaux lors de ses séjours rouennais de 1883, 1896 et 1898, particulièrement Joseph Delattre avec lequel il entretient une correspondance, NDR). Cette Ecole fait partie prenante de l’Impressionnisme ! L’expo de cet été l’a démontré ; preuve en est la toile de Angrand datée 1881.

 

Q : D’où vient qu’elle manque de reconnaissance aujourd’hui ?

 

LS : On ne la voit pas ! Il faut lui consacrer de nombreuses expos. Et puis, le pôle d’influence est malheureusement trop parisien, qui dénigre les Ecoles provinciales. Sans parler du manque de relations et d’échanges entre Musées Provinciaux, sur ces questions. Il faudrait enclencher le processus en exposant à Rouen l’Ecole Lyonnaise du XIXème par exemple…

 

: Après la création de notre association AER fin 2004, et suite aux expositions de 2008, 2010, celle en cours à Rueil-Malmaison, comment faire pour qu’elle ne retombe pas l’oubli ?

 

HODE-Port de Rouen [320x200]LS : Faire encore d’autres expos. Mais avec 2 critères : des monographies comme Pierre Hodé qui était en cours de réflexion au sein du Musée de Rouen et qui, je l'espère, verra le jour sous la houlette de mon successeur, ou comme Joseph Delattre dont on ‘commémorera’ le centenaire de la disparition l’an prochain ; et dans un lieu prestigieux absolument ! Il faut bannir les petites ‘Salles des Fêtes’ et autres locaux de pis-aller qui ne font que nuire au talent de l’artiste exposé !

 

Q : Dans quelle mesure la 2ème génération aura-t-elle une certaine reconnaissance ?

 

LS : Là, tout reste à faire ! Avec quelques individualités très touchantes mais totalement inconnues comme Jean Thieulin, Georges Bradberry, Georges Cyr ou Hyppolyte Madelaine, Maurice Louvrier aux petites nature-mortes tout à fait exquises. Et puis les 2 grands classiques Robert-Antoine Pinchon et Pierre Dumont ! PINCHON-Pont aux anglais-1 [320x200]

Le cas Pinchon doit être traité de manière sérieuse. Pinchon est déjà connu, mais ses chefs-d’œuvre d’avant 1914 sont-ils reconnus à leur juste valeur ? Il lui faut une rétrospective, une vraie grande rétro, mais à Paris !!

 

Q : Pour en revenir à votre mission au sein de la RMN ?

 

LS : Mon poste se situe au cœur du milieu artistique muséal parisien. Les sujets abordés sont passionnants et j’ai déjà de très nombreux rendez-vous avec des confrères conservateurs de divers horizons. Le Grand Palais est une institution prodigieuse et incomparable à piloter. Mais je sais à l’avance que ce qui me manquera le plus, est de pouvoir quotidiennement déambuler dans les collections et les réserves, en contact direct et solitaire avec les œuvres.

 

                                                                     Propos recueillis par Pierre Buychaut

Pierre HODE - le port de Rouen

Robert Antoine PINCHON - le Pont aux Anglais - Musée des Beaux-arts de Rouen

 

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