Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Les Amis de l'Ecole de Rouen

UNE BELLE EXPO à retenir sur vos AGENDA...

24 Juillet 2015, 14:03pm

Publié par le webmaster

La Ville de RUEIL-MALMAISON présente les peintres impressionnistes et postimpressionnistes de l'ECOLE DE ROUEN à l'Atelier GROGNARD du 21 janvier au 18 avril 2011.

Vous y retrouverez sur les cimaises des oeuvres de Albert LEBOURG, Charles ANGRAND, Robert-Antoine PINCHON, Charles FRECHON, Joseph DELATTRE, etc...

François LESPINASSE, Commissaire de l'Exposition, et notre Président Jean-Claude DELAHAYE sont les artisans de cette magnifique rétrospective que vous ne manquerez pas de visiter.

Le prix de l'entrée est de 2,50 € pour les AMIS DE L'ECOLE DE ROUEN, munis de leur carte de membre.

 

Aff.expoRueil-écoleRouen [800x600]

Voir les commentaires

INTERVIEW DE SYLVAIN AMIC

21 Juillet 2015, 16:09pm

Publié par le webmaster

la rubrique de Pierre Buychaut

 

Après de solides études scientifiques (Bac E puis DEUG de Physique), Sylvain Amic se tourne vers l'Education Nationale.

Pendant huit années d’enseignement, il poursuit en parallèle d’autres études, Langue et Civilisation Chinoise, puis Histoire de l'Art. Lauréat du concours de l'Ecole Nationale du Patrimoine en 1998, il se voit confier à sa sortie la charge de 'Conservateur XIXe, Art moderne et contemporain' au Musée Fabre de Montpellier. Il est, depuis septembre 2011, Directeur des Musées de Rouen.

Q : « Vous avez été, ainsi, en contact avec le truculent Maire de Montpellier, feu Georges Frêche ? 

Sylvain Amic : En effet, c’est lui qui m’a recruté et cela a été une expérience des plus fortes que de côtoyer un leader politique assez visionnaire, aux décisions sans appel. Il a beaucoup fait pour le développement de sa ville, de la culture en général et tout spécialement du Musée Fabre, en décidant la rénovation complète des bâtiments qui occasionna leur fermeture durant 5 longues années, pour un montant de 65 millions €. Pendant tout cet épisode, nous avons vécu le déménagement, les travaux, le chantier des collections, les expositions hors les murs, tout en maintenant une programmation au Pavillon populaire.

Q : Par exemple ?

SA : Durant mes 11 années au Musée Fabre, j’ai monté 24 expositions, grandes et petites. Les plus significatives avant la réouverture sont 'La Section d'or' en 2000, ma première exposition, où figurait déjà Pierre Dumont, grand peintre de 'l'Ecole de Rouen' ! Puis 'Kupka', 'Bonjour M. Courbet', 'Zao Wou-Ki' (qui a également été présent lors du 'Temps des Collections 2012' à Rouen, NDLR), et un joli dossier sur Bazille. Georges Frêche avait opportunément décidé que plus aucune œuvre de Frédéric Bazille ne passerait en vente de part le monde sans que la Ville de Montpellier ne soit sur les rangs ! Il y a désormais plus d’une quinzaine de toiles dans les collections du musée !

Q : Bazille qui mourut lors des premières escarmouches de la guerre de 1870 à l'âge de 28 ans, alors que son ami, Claude Monet s'était réfugié à Londres avec d'autres peintres...

SA : Et oui ! Bazille n'a laissé qu'une soixantaine d’œuvres ce qui, pour une vie de peintre, n’est qu’une œuvre de jeunesse. Ses dernières toiles laissaient entrevoir une inflexion significative dans son travail, peut-être vers Puvis de Chavannes.

A la réouverture du musée en 2007, une salle lui était consacrée dans l'exposition 'L’impressionnisme, de France et d’Amérique' dont j’étais le commissaire. Le rythme des grandes expositions n’a plus faibli, avec 'La couleur toujours recommencée', un hommage au marchand parisien Jean Fournier, la grande rétrospective 'Gustave Courbet', 'La vidéo, un art, une histoire' avec le Centre Pompidou, puis 'Emil Nolde', pour mon premier commissariat au Grand Palais, et enfin 'Alexandre Cabanel'.

Q : La fin du XIXème siècle est une période qui requiert votre attention !

SA : Le XIXème tout entier, car c’est la naissance du monde moderne. Tout ce qui fait notre contemporanéité se noue dans cette période-clef. L'artiste acquiert un nouveau statut, la démocratie finit par s’imposer, les innovations techniques foisonnent, c’est la révolution de la photographie !

Q : Photographie que vous avez accrochée à Rouen pour le festival Normandie Impressionniste 2013...

SA : Oui, je souhaitais accompagner les chefs-d’oeuvre de l’impressionnisme par les premiers chefs-d’œuvre de la photographie.

Monet est né en 1840, l’année de l’invention du négatif par Talbot, un an après la présentation du procédé de Louis Daguerre au public. Avec la commissaire de cette partie de l’exposition, Virginie Chardin, nous avons eu les mêmes exigences pour ces photographies que pour les toiles : les grands maîtres comme Le Gray ou Atget, les meilleurs tirages, même s’il fallait les chercher au MOMA.

Ce niveau d'exigence, c’est un peu le statut de ce musée qui l’impose. Rouen possède une collection de dimension internationale ; de grandes personnalités, comme Pierre Rosenberg, y ont fait leurs débuts ! Le musée a reçu de grandes donations comme celles de Depeaux bien sûr, mais aussi Hédou, Lebreton ou Baderou. Diederik Bakhuys (conservateur du Cabinet des Dessins du Musée de Rouen, NDLR) prépare une grande exposition sur le dessin français du XVIIIème, 'Trésors de l’ombre' (du 22 novembre 2013 au 24 février 2014), qui va rendre grâce à ces collectionneurs, mais aussi aux conservateurs qui ont œuvré pour les attirer.

Q : Comment avez-vous connu 'l'Ecole de Rouen' ?

SA : Nous avions deux Lebourg à Montpellier ! Je connaissais Angrand, superbe et rare, Pierre Hodé sûrement, Dumont avec 'La Section d'or' (il est même l’auteur du tableau éponyme).

Mais Charles Frechon m'étais inconnu, je me souviens de ma surprise en 2008 en recevant le carton d’invitation de Rouen ! J’ai découvert son œuvre avec le magnifique catalogue de Laurent Salomé.

Joseph Delattre a été une révélation grâce à la rétrospective organisée par votre Association au Conseil Général fin 2012. C’est vraiment un pivot dans le groupe.

J’ai découvert Lemaître dans les réserves du musée, avec beaucoup de curiosité ; voilà un peintre qui mériterait aussi que l’on s’intéresse à lui ! Il me fait penser à De Nittis (1846-1884).

Quant à Pinchon, la rapidité avec laquelle il a assimilé les plus modernes dans sa jeunesse me subjugue. Dans les premières années du siècle, je le rapproche de Jawlensky (1864-1941), de la peinture allemande, qui voit la couleur prendre le pas sur la composition. On voit que les peintres du crû peuvent dialoguer avec les mouvements picturaux internationaux.

Q : Et votre sentiment ?

SA : Pendant mes études d’histoire de l’art, j’ai beaucoup travaillé sur les artistes du pays de Nice au XIXème siècle, comme Hercule Trachel, Costa, Fricéro, Mossa, etc... Nous avons publié quelques livres avec mon ami Jean-Paul Potron et l’Academia Nissarda. Ces artistes nous montrent une réalité perdue, en peignant, par exemple, le premier chemin de fer qui arrivait à Nice ou 'La Promenade des Anglais' qui n'était qu'un modeste chemin... A Montpellier, j'avais fait rénover tout le fonds régional et créé, à la suite, une salle dédiée à ce fonds. Je suis très favorable aux Ecoles régionales, étant moi-même un provincial. Elles forment un substrat indispensable à l’émergence des grands maîtres.

Q : C'est pourquoi une salle 'Rouen et son Ecole' figurait dans votre expo 'Eblouissants reflets'.

SA : Je tenais à ce que l'Ecole de Rouen soit présente ! Mais, il fallait aussi se démarquer de l’exposition de 2010, qui avait fait une grande place à L'Ecole de Rouen. Il était logique pour le premier festival, de mettre à l’honneur Rouen comme sujet pour l’impressionnisme, mais du coup tout (ou presque !) a été dit. En 2013, le choix était de sortir du seul motif rouennais et de se tourner d'avantage vers l'Histoire de l'Art ! Mais nous en avons profité pour lever un mécénat et mener une campagne de restauration du fonds Depeaux dans les collections permanentes.

Q : Oui, cela était précisé sur les cartels de l'exposition.

SA : Et d'ailleurs, j'aimerais retravailler cette salle montrant 'L'Ecole de Rouen' dans les collections permanentes, un peu au niveau de l’éclairage, la couleur, qui mettraient mieux en valeur cette partie de la collection.

Q : Pierre Hodé sera sur les cimaises dans le cadre du 'Temps des Collections 2014-2015' ?

SA : Nous pensons en effet à une sélection de 20-30 œuvres. Hodé est vraiment un peintre intéressant, avec sa conception synthétique. Ses 'Ports de Rouen' sont très personnels avec une palette particulière, faite de tons métalliques rehaussés de quelques bruns, sans pittoresque. Et pourtant, ils traduisent une activité industrielle avec plus de sagacité que la peinture descriptive classique.

Q : Quel sont vos projets ? Mais, peut-être, allez-vous nous quitter avec le succès de votre exposition 'Eblouissants reflets'* ?

SA : Ah non, il n'est pas dans mes intentions de quitter Rouen ! La programmation est calée jusqu’à 2018, avec une exposition de qualité internationale chaque année, produite avec un grand musée européen. Celle qui s'annonce pour le printemps-été 2014, 'Cathédrales, 1789-1914, Un mythe moderne', explore la place de ce monument dans l'Histoire de l'Art (en partenariat franco-allemand et le Wallraf Richartz Museum de Cologne).

Et puis il y a cet autre temps fort chaque année à l’automne, 'Le Temps des collections', qui a pour but de valoriser ces fonds extraordinaires, et d’ouvrir nos portes à de nouveaux regards. Cette année, nous avons invité le designer Olivia Putman, l’ancien directeur du MNAM Germain Viatte, les artistes François Morellet, Bertrand Gadenne etc...

Ce nouveau cadre nous donne une grande liberté, et les sujets sont inépuisables ! L’automne et l’hiver sont désormais tout entiers consacrés à nos collections, avec cette année, en sus, une grande exposition, 'Trésors de l’ombre', 150 dessins du XVIIIème siècle français appartenant au Cabinet du Musée, seront présentés au public, dont de nombreux inédits.

Cela fait beaucoup de raisons pour poursuivre le travail ici, sans compter le développement des musées et les travaux qui pourraient se décider.

Q : Avez-vous des informations sur le prochain festival 'Normandie Impressionniste ?

SA : Il semblerait que le rythme triennal se confirme. Nous partirions donc pour 2016. Et puis je vous l'avoue : je suis un peu rassasié du 'Paysage' après deux éditions sur ce sujet. Je pense que le public apprécierait un renouvellement, avec un thème plus centré sur la figure. Nous y travaillions d’ores et déjà, mais on ne peut encore rien dire ! »

*L'exposition rouennaise 'Eblouissants reflets' a compté 182.368 visiteurs ; Le Havre : 81.709 ; et Caen : 77.869 (sources '76 ACTU')

 

 

 

 

 

INTERVIEW DE SYLVAIN AMIC

l

Sylvain AMIC

Voir les commentaires

Maximilien Luce et les Anarchistes par JACBA

8 Juillet 2015, 08:37am

Publié par le webmaster

En parcourant l'excellent article que nous a adressé François LESPINASSE, et que nous venons de publier dans les colonnes de notre Blog, sur la correspondance échangée pendant 25 ans, de 1900 à1925, par Maximilien LUCE, et Charles ANGRAND, je me suis interrogé sur l'environnement  social et sociétal qu'ont vécu ces deux grands Artistes tout au long de leur carrière.

Je vous livre ci-dessous mes modestes réflexions.

JACBA, Collaborateur

Maximilien LUCE vers 1885

Maximilien LUCE vers 1885

La famille LUCE est parisienne depuis deux générations et d'origine modeste quand nait Maximilien le 14 mars 1858. Le jeune garçon passe son certificat d'études primaires le 28 juillet 1870, 13 jours après la déclaration de guerre franco-prussienne.

Avec les Parisiens, les Luce subissent le siège de Paris de 1871, et pendant 2 mois, de mars à mai, vivent les heures dramatiques de l'insurrection de la Commune réprimée avec violence par l'Armée basée à Versailles. Maximilien voit passer devant le logis familial, qui jouxte le cimetière Montparnasse, d'horribles convois d'où, des chargements, dépassent des pieds et des têtes ensanglantés.

LUCE-une rue de Paris,sous la Commune -1903-1905 -HST - musée d'Orsay - extrait de l'ouvrage cité "les travaux et les jours"

L'enfant en fut profondément marqué et toute sa vie répudia une certaine classe bourgeoise responsable, disait-il, de cette misérable guerre civile entre Français.

Son père avec lequel il partage des goûts artistiques, réussit à le faire embaucher en apprentissage chez un graveur sur bois rue de Buci qui travaille dans la reproduction graphique de catalogues. Maximilien en profite pour apprendre le dessin, et, dès 1874, la peinture à l'huile.

Il fait de rapides progrès. A peine âgé de vingt ans, Maximilien, fait déjà la preuve d'un réel talent et d'une forte personnalité, trouvant les sujets qu'il traitera toute sa vie,  des hommes et des femmes au travail, des portraits et des paysages.

cliquer sur les images pour agrandir

M. LUCE - La Blanchisseuse, Madame Boin à sa Toilette (1901), Travailleur (étude) - HST- Musée de l'Hôtel Dieu de Mantes-La-JolieM. LUCE - La Blanchisseuse, Madame Boin à sa Toilette (1901), Travailleur (étude) - HST- Musée de l'Hôtel Dieu de Mantes-La-JolieM. LUCE - La Blanchisseuse, Madame Boin à sa Toilette (1901), Travailleur (étude) - HST- Musée de l'Hôtel Dieu de Mantes-La-Jolie

M. LUCE - La Blanchisseuse, Madame Boin à sa Toilette (1901), Travailleur (étude) - HST- Musée de l'Hôtel Dieu de Mantes-La-Jolie

 

Il change bientôt de patron-graveur ; embauché par Eugène Froment qui l'emmènera travailler avec lui à Londres pour une revue anglaise en 1877, il rejoint à son retour un petit centre artistique constitué à Lagny-sur Marne et fréquenté par les peintres Isabey, Cortès et Charles Jacque, le vieux Maître de Barbizon.

Tout en continuant sa formation chez Suisse, atelier célèbre de gravure à  Montparnasse, Il se met aussi à fréquenter les lieux de réunion parisiens d'où les préoccupations politiques libertaires et de lutte active contre l'Empire n'étaient pas exclues.

En avril 78, la mère du jeune artiste meurt ; l'année suivante, son père se remarie avec une "jeunesse" de 32 ans, peu sympathique, dont Maximilien fait un beau portrait en 1881(Nathalie Gourdon).

En novembre 79, Luce est convoqué à Guingamp pour faire son service militaire.

18 mois plus tard, son patron fait jouer ses relations pour le ramener à Paris, où il retrouve avec joie ses Amis artistes. On peut suivre désormais pas à pas le développement de la carrière du jeune peintre. Dès 1883, les tons gris de la palette de ses toiles évoluent vers des bleus subtils dans un ensemble de tonalités très graduées. Apparaissent aussi dans son œuvre des tons vert et chair qui persisteront longtemps.

En 1881, il rejoint également ses nouveaux compagnons politiques qui comme lui restent fidèles au souvenir de la Commune, vomie par Marx, et suivent Proudhon et les "Anars", demeurant à la pointe du combat ouvrier, comme Louise Michel, Emile Pouget, Elisée Reclus et Krotopkine.

Deux autres nouveaux amis vont compter pour notre jeune peintre lancé dans le militantisme : Eugène Baillet, ouvrier tablettier, habile propagandiste et organisateur né  pour "tenir" un public et Eugène Givort, "copain de régiment" , jeune marié, exerçant le métier de cordonnier ("gniaf")  dans le XIIème , auprès duquel il va trouver la chaleur d'un foyer qui lui manquait bien.

Que ce soit en matière de création artistique ou de débats politiques, les discussions  avec les fidèles amis de Lagny, exaltés chroniques, débordent souvent en mots violents.

En avril 85, Elisée Reclus et surtout Jean Grave lancent la parution d'un hebdo "le Révolté" s'intitulant lui-même, "organe communiste-anarchiste".

Simultanément Luce s'intéresse aux recherches de Seurat sur les couleurs et s'informe des progrès de sa "Grande Jatte" qui s'appuie sur une technique nouvelle de division des tons par touches séparées de "complémentaires". Ses essais aboutiront en 1886 à des toiles magistrales comme "le Chemin du Village".

Luce - portrait de Seurat -fusain /papier 29;3x22,3 -1890 - coll.partic.

Ces techniques novatrices participent à la naissance du mouvement de la "peinture optique", qualifié bientôt de "néo-impressionnisme" par un jeune critique d'art alors inconnu : Félix Fénéon.

Au début de 1887, Maximilien Luce se sent enfin prêt à affronter le public.

Il décide d'exposer au Salon des Indépendants et y présente 7 toiles, toutes en tons divisés, qui eurent un vif succès. Signac, toujours enthousiaste de ses œuvres, lui achète "la Toilette" 50 francs.

Dans la presse d'avant-garde, c'est un éloge général : " M. Luce nous montre des intérieurs et des paysages prolétariens d'une âpreté extraordinaire - La Toilette, un prolo se lavant dans une terrine- c'est un rude morceau de peinture (sic) ..." [Le Cri du Peuple -26/01/1887].

 homme à sa toilette HST92X73-1887 Musée du petit palais Genève-p25 ouvr. cité - les travaux et les jours

En quelques jours, il devient solidaire de Camille Pissarro, Seurat, Signac, Angrand, Cross, Petitjean, Dubois-Pillet, Lucien Pissarro....Ce succès, s'il fortifie sa foi dans son art, ne l'incite pas à s'endormir sur ses lauriers.  Mais, la fortune fait toujours défaut. Dès le début de l'année, il emménage un studio tout en haut de Montmartre avec son maigre mobilier entassé dans une charrette à bras.

Pour sa deuxième exposition aux Indépendants en 1888, Maximilien accroche 10 toiles dont Pissarro lui procure l'encadrement, d'une " facture néo-impressionniste impeccable" qui retient l'attention d'un nombreux public séduit par l'agressif bariolage qui se lénifie en larges harmonies violettes. "Même si l'art du peintre paraît mal équilibré, "ultranerveux", diront les critiques, la puissante personnalité qui s'en dégage force l'admiration des visiteurs.

En juillet 88, Luce est invité à faire sa première exposition partiulière à "La Revue Indépendante";  en février 89, il expose aux "Vingt" {" XX"} à Bruxelles avec Monet, Cross, Gauguin, C.Pissarro, Seurat...Il va connaître en Belgique tous les organisateurs , le peintre Théo Van Rysselbergue et le poëte Emile Verhaeren qui soutiennent son œuvre.

Luce et Signac liés désormais par une profonde amitié passent ensemble plusieurs semaines à Herblay, travaillant de concert, s'influençant l'un l'autre. On a écrit que la série d'Herblay avec "La Seine à Herblay" représente un sommet, l'une des parties de la période néo-impressionniste de Luce.

C'est là que Signac compose sa fameuse suite "Le Fleuve".

LUCE La Seine à Herblay - HST 50,5 x 79,5 Musée d'Orsay - page36 dans ouvrage cité Les Travaux et les Jours - Musée St-Tropez

Sur le plan politique, Luce demeure un militant très actif : l'hebdo "le Révolté" disparait sous le coup d'une forte amende mais resurgit avec Jean Grave sous le titre "La Révolte" qui obtient un succès retentissant auprès des prolétaires de la France entière.

Maximilien fréquente assidument Emile Pouget, polémiste reconnu, avec lequel il collabore pour le lancement d'un journal "anar" écrit en langue populaire, "Le Père Peinard" dont il fait la couverture qui en scène un "gniaf" menaçant de sa ceinture les représentants des Corps Constitués : Armée, Justice, Église.

Malgré sa réussite, Luce, peintre désormais reconnu, vit toujours chichement. Il continue cependant d'exposer au Salon des Indépendants de 1891, au cours duquel Seurat sera emporté, victime d'une diphtérie maligne.

1891 est une année difficile pour les artistes qui sont forcés pour vivre, de se livrer à des travaux subalternes peu rémunérateurs.

Ici commence pour Luce une période pénible, sentimentalement troublée. L'artiste subit une grave crise intérieure où se mêlent solitude et désenchantement. Il continue courageusement à travailler et à apporter son soutien à ses amis, alors que dans son environnement se créent de nouveaux groupes de pensée et d'expression artistique comme les Nabis, avec Bonnard, M. Denis, Vuillard et Sérusier.

Sur le plan politique, Luce demeure un militant très actif : l'hebdo "le Révolté" disparait sous le coup d'une forte amende mais resurgit avec Jean Grave sous le titre "La Révolte" qui obtient un succès retentissant auprès des prolétaires de la France entière.

Une désaffection se manifeste envers le néo-impressionnisme ; Camille Pissarro vitupère ouvertement contre le pointillisme ; Angrand qu'il connait dès 87, se réfugie dans le noir-et-blanc.

Le Groupe conserve néanmoins une certaine consistance avec Signac, Henri-Edmond Cross, jusque- là hésitant, et Luce, qui est par ailleurs considéré comme l'un des principaux imagiers du Parti fournissant  des dessins très engagés à ses amis Grave et Pouget ;  il sait y évoquer avec un art véritable "l'âme saignante du peuple et la vie des foules angoissées et exaspérées par la souffrance et les rancœurs, [.....} mais aussi, enfin, les joies du printemps, le calme de la nature et l'éternelle douceur des choses" (G.Darien -"La Plume" 1er sept. 1891) .

L'agitation anarchiste prend de l'ampleur en France en 1892 ("l'année de Ravachol"), mais ses acteurs sont déjà étroitement surveillés par la police.

Après une période douloureuse pour Luce, traumatisé par des amours déçus, et une semi-retraite de quelques mois en Angleterre, emmené par son ami Pissarro, le peintre rejoint Signac à Saint-Tropez et regagne enfin Paris à l'automne 1892.

Le Salon des Indépendants ouvre le 18 mars 1893 ; Luce y expose 6 toiles "tropeziennes" et "londonniennes" ; il se met en ménage avec Ambroisine, fort belle fille de 20 ans, qui restera sa compagne le restant de sa vie, et part peindre en Bretagne.

A Paris, les attentats fomentés par les "Anars" se multiplient et la répression ne reste pas inactive. L'année 1894 est celle des règlements de compte définitifs entre la société bourgeoise et les anarchistes. Jean Grave et le clan Reclus sont arrêtés. Compagnons et sympathisants anarchistes sont inquiétés et certains passent en Angleterre ; les revues "Le Père Peinard" et "La Révolte" cessent de paraître. Luce se sent visé.

Qu'est l'anarchisme en 1893 ?

"Je veux peindre le bonheur, les êtres heureux que seront devenus les hommes dans quelques siècles quand la pure anarchie sera réalisée" écrit vigoureusement H.E. Cross dans une lettre à son ami Signac.

Les anarchistes considérent l'État et la jeune 3ème République comme oppressifs. Selon eux la société ne devrait pas être organisée selon des "classes" et des partages économiques institutionnels mais par une association d'individus libres et égaux.

En 1893, la Police parisienne dénombre 2400 "anars" dont 852 réputés dangereux, plus, de nombreux sympathisants souscrivant à "La Révolte" mais non actifs dans les cellules du Parti.  De nombreux attentats à la bombe sont perpétrés quotidiennement. En juin 1894, un anarchiste italien assassine à Lyon le Président  de la République, Sadi Carnot.  Signac, Luce, Grave et Fénéon comparaissent au Procès des Trente, Pissarro se sauve en Belgique ; le mouvement anarchiste évolue vers plus d'"intellectualité", devient souterrain et se met à infiltrer les syndicats. Signac lui-même, réfugié à St-Tropez, donne à son anarchisme un ton plus individualiste : "harmonie dans l'art, harmonie dans la société" devient sa devise.

Pendant ce temps, Maximilien Luce qui avait été arrêté et écroué le 4 juillet 94, est libéré fin août ; il bénéficie d'une large loi d'amnistie votée en janvier 95, mais continue de faire l'objet d'une surveillance quotidienne. Sa liberté retrouvée, Maximilien, heureux père d'un petit garçon (qui  malheureusement, décèdera l'année suivante), se remet au travail et, en novembre 94, il expose avec Signac, 22 grandes toiles anciennes et nouvelles dans une Galerie, rue Lafitte, réservée aux Impressionnistes.

Libéré lui aussi, Jean Grave lance une nouvelle publication anarchiste "Les Temps Nouveaux" avec une série de 30 lithographies de grand format  en noir et blanc signées Pissarro, Signac, Cross, Angrand, Valloton, Van Rysselbergue, etc...Luce inaugure la série en mai avec "L'Incendiaire" s'inspirant des vers de Verhaeren : un jeune homme, torche au poing, court dans une rue où les maisons flambent !

Mi-février 97, Signac envoie à Angrand retiré dans sa campagne Cauchoise depuis 96, un projet de toile "Le démolisseur " publiée en litho dans Les Temps Nouveaux, qui représente un ouvrier, érigé en héros, " donnant un solide coup de pioche au vieil édifice social qui craque". Signac expose sa toile finalisée, aux Indépendants de 1901 avec un sous-titre "Panneau pour une Maison du Peuple".

"Le Démolisseur" de Signac était en fait un message d'encouragement lancé aux jeunes artistes de souscrire l'engagement à faire évoluer la société par l'image, vers un futur anarchiste et lumineux, plus juste, qui éradiquerait les systèmes en cours et supprimerait un État répressif et violent.

Quand Signac peint le Mont-St-Michel en 1897, ou Luce, Notre-Dame, quelques années après,ces artistes veulent surtout opposer l'énergie idéaliste et collective du passé au tumulte chaotique de la vie moderne.

Il faut comprendre enfin que les évènements du début du XXème siècle en France, les menaces de guerre et la Grande Guerre elle-même, ne vont pas favoriser un solide développement du mouvement artistique néo-impressionnisme qui, sans renier l'Impressionnisme, est condamné à devenir, en fait, le précurseur de l'Art Nouveau.

Les Maîtres à Penser que furent Seurat, Signac, Luce, Pissarro, Cross et Angrand ont eu néanmoins le mérite de faire découvrir au Monde une nouvelle harmonie des couleurs et du dessin en associant la Science à la création sur la toile de tons, de valeurs et de vibrations de la lumière par la juxtaposition de touches divisées ou de points de couleurs pures.

Maximilien LUCE - La Gare de l'Est sous la neige - 1917 - HST- Musée de l'Hôtel Dieu - MANTES-LA-JOLIE                                                                                

Le 3 juillet 2015

JACBA

 Bibliographie

 "Maximilien LUCE, peintre anarchiste" ouvrage du Dr Jean SUTTER -1986

 "les travaux et les jours" - ouvrage édité en oct. 2008 lors de l'Exposition M. LUCE à l'Annonciade -Musée de St-TROPEZ .

ci-contre Jean Texcier "portrait M.LUCE" - Musée de l'Hôtel Dieu de MANTES-LA-JOLIE

 "Charles Angrand"  - ouvrage édité en 2006 lors de l'Exposition Ch. ANGRAND par le Musée de la Ville de PONTOISE. - textes de F. et A. LESPINASSE.

"Paul  SIGNAC et l'anarchisme des années 1890"  par Richard THOMSON, professeur des Beaux-Arts à l'Université d'Edimbourg (G.B.) - spécialiste en Art Français du XIXème siècle - Art et Société - Séminaire décembre 2010 (Wikipedia).

La Rédaction du Blog de l'Association des Amis de l'Ecole de Rouen remercie chaleureusement pour sa sympathique collaboration, Mme Jeanne-Marie DAVID, Conservatrice du Musée de l'Hôtel Dieu de MANTES-LA-JOLIE et organisatrice de l'Exposition , "en amitiés, portraits croisés", consacrée au peintre Maximilien LUCE du 12 juin au 30 août 2015,

M.LUCE - Baignade à ROLLEBOISE (1920) -HST 44,7 x 81,1 et Plage de MERICOURT (1930)-HST 38 X 55,2 - Musée de l'Hôtel Dieu de MANTES-LA-JOLIEM.LUCE - Baignade à ROLLEBOISE (1920) -HST 44,7 x 81,1 et Plage de MERICOURT (1930)-HST 38 X 55,2 - Musée de l'Hôtel Dieu de MANTES-LA-JOLIE

M.LUCE - Baignade à ROLLEBOISE (1920) -HST 44,7 x 81,1 et Plage de MERICOURT (1930)-HST 38 X 55,2 - Musée de l'Hôtel Dieu de MANTES-LA-JOLIE

Voir les commentaires

CORRESPONDANCES...

25 Juin 2015, 13:53pm

Publié par le webmaster

crédit photo DR

crédit photo DR

Notre Ami, François LESPINASSE, nous fait le plaisir  de nous faire découvrir quelques aspects de l'amitié profonde qui unissait deux grandes figures du  mouvement Néo-impressionniste  du début du XXème siècle.

J. BASSET, Webmestre

Bonne lecture....

 

 Félix Fénéon dans le Bulletin de la Vie Artistique du 15 avril 1926 : Charles Angrand écrit : «  .. Ses  autres amis, et qui le restèrent jusqu’ à sa mort survenue le 1er avril 1926, étaient Luce et Signac. Cross aussi. La correspondance assidue qu’il entretint avec tous trois est une mine de documents pour une histoire de l’impressionnisme. Dans cette histoire il occuperait plus de place qu’il n’en occupa dans l’actualité. »  (ci-dessus Félix FENEON, peint par M. LUCE- 1910- Musée de l'Hôtel Dieu de MANTES-LA-JOLIE) )

Le récolement de la correspondance échangée donne cette juste vision. Les lettres entre Charles Angrand et Maximilien Luce, et inversement sont la parfaite démonstration de la très grande amitié et le profond et constant respect entre les deux artistes.

Leur rencontre se fait probablement en 1887, année où Maximilien Luce participe pour la première fois au Salon de la Société des Artistes Indépendants, dont Charles  Angrand est un des membres fondateurs en 1884. Retiré dans le pays de Caux, à Saint Laurent en Caux en 1896, après quatorze années de vie parisienne, Charles Angrand va correspondre pendant vingt cinq ans avec son ami et dans sa dernière lettre de mars 1926, il commence ainsi : «  mon vieux, … » et termine : « quant à vous, vieux, je vous embrasse … ». Tout est dit.  

Quels sont les sujets traités dans les lettres par les deux amis ?

Quand Maximilien Luce écrit à son ami normand, d’abord cauchois à Saint Laurent en Caux jusqu’en 1913, puis dieppois une année, et enfin, rouennais jusqu’à son décès le 1er avril 1926, il aborde les sujets parisiens par excellence : les Salons. Avant tout, celui de la Société des artistes Indépendants auquel tous deux ils vont montrer une fidélité remarquable donnant ainsi une force considérable à cette manifestation.

Le Salon d’Automne, créé en 1903 est aussi l’occasion d’échanges intéressants et Luce invite très fortement son ami à venir à Paris, à quitter son refuge cauchois. Enfin le Salon de la Société Nationale des Beaux arts, et celui des Artistes Français  souvent boudés par Angrand est l’occasion d’explications souvent pointues.

En 1900, Paris est la capitale mondiale des Arts et trois galeries ont une renommée internationale, la galerie Durand-Ruel et la galerie Bernheim, la galerie Georges Petit auxquelles vont s’ajouter la galerie Vollard, puis la galerie Druet. Maximilien Luce visite ces expositions et donne un avis autorisé et sollicite souvent une réponse. Dans la première et prestigieuse, il a l’occasion de voir d’exceptionnels Manet, Monet, Sisley .. Il  fait part de son enthousiasme. A la galerie Bernheim, Félix Fénéon, ami intime des deux artistes, devient vendeur en 1906 et fait exposer H.E Cross en 1906, Signac en 1907, Marquet et Matisse en 1908, Van Dongen en 1909. Ces manifestations créent des missives passionnantes, comme lors de l‘exposition Futuriste. Chez Druet, où Maximilien Luce va exposer en mars 1904, il va inviter régulièrement  son ami à adresser ses dessins et à lui faire vendre. Luce expose en 1921 à la galerie Dru et son intervention par ses nombreuses missives est décisive pour aboutir à l’unique exposition particulière de Charles Angrand en 1925 en ces mêmes lieux.

CORRESPONDANCES...

Son intervention en 1926 pour la Rétrospective des Indépendants est décisive. 

Les visites à l’Hôtel Drouot sont aussi l’occasion de constater l’évolution des prix des tableaux lors des ventes importantes ( Sedelmeyer, Doucet, Robaut …).

Mais la grande amitié des deux artistes se manifeste surtout dans la quête permanente d’informations sur le groupe néo-impressionniste. Maximilien Luce voit  Paul Signac aux séances du comité des «  Indép », le « Maître », le « Maître tropézien » comme l’appelle Luce, entretient une importante correspondance avec le groupe et une grande activité, expositions, voyages, publications qui passionnent les deux peintres. Félix Fénéon apparait lui aussi souvent, mais les deux amis Luce et Angrand apprécient énormément Henri Edmond Cross (portrait ci-dessous à gauche).

 Les ennuis de santé de ce dernier sont l’objet de nombreuses missives, qui sont la meilleure preuve des liens de ces trois artistes. Luce sollicitera d’ailleurs Charles Angrand pour rédiger la notice nécrologique du douaisien pour le  journal de Jean Grave «  Les Temps Nouveaux ». La famille Cousturier retient l‘attention des deux amis. Lucie, Edmond son mari et leur fils François sont l’objet de toute la sollicitude des deux amis. Les expositions, les voyages, les publications de cette exceptionnelle femme artiste intéressent au plus haut point les deux complices.

Théo van Rysselberghe, peintre belge, ami proche, lui aussi est intime et fait partie de ce groupe. Emile Verhaeren, le poète est un ami commun et sa mort tragique à Rouen le 27 novembre 1916 entrainent des correspondances d’une belle sincérité.

(ci-contre portrait Théo Van Rysselbergue - 1916 )

Maximilien Luce à l’inverse de Charles Angrand a voyagé : Londres dès 1877 (il a 19 ans), Bruxelles en 1889 et 1892, Londres, Saint Tropez, 1893 Camaret, 1895 Bruxell)es,  1896 Bruxelles et Charleroi .  Puis vallée de la Cure (Yonne), 1907 Hollande, Honfleur 1928, 1930 Honfleur, Le Tréport, Saint-Malo. A chaque voyage, Maximilien Luce écrit à Charles Angrand, soit des lettres ou de jolies cartes postales, elles sont le fil qui existe entre les deux artistes.

Charles Angrand dans son isolement normand a un réel plaisir à recevoir des nouvelles de ses amis et tout particulièrement de Maximilien Luce. Il ne le tutoie pas mais il est le plus proche de ses correspondants, et tous deux prennent soin dans chaque fin de lettre de s‘inquiéter de la santé des membres de la famille.

C’est le seul à venir à Saint Laurent en Caux, dans ce bourg situé à équidistance des falaises du pays de Caux et des boucles de la Seine, et là, Maximilien Luce va réaliser deux très beaux portraits de son ami.

(ci-contre portrait de Ch Angrand par M.LUCE-1909 - collection privée)

Tous deux sont militants socialistes, fournissent des dessins pour «  Les Temps Nouveaux » offrent des œuvres pour les tombolas, refusent les honneurs. Leurs nombreux échanges durant la guerre de 1914-1918, montrent leurs angoisses, leurs craintes, mais aussi leurs espoirs.

Charles Angrand informe Maximilien Luce de la lenteur de la progression de l’avant-garde en province et tout particulièrement à Rouen. Ils échangent des coupures de journaux, font une très large revue de presse et le rouennais fait même découvrir le philosophe Alain à Maximilien Luce.

Lors de son inhumation le 4 avril 1926 au cimetière Monumental de Rouen, son dernier neveu, le peintre André Léveillé, Maximilien Luce, au nom de la société des Artistes Indépendants, l’accompagnent à sa dernière demeure.      

Terminons par ces lignes de Jean Sutter, auteur en 1970 d’un ouvrage sur les Néo-impressionnistes qui fait toujours référence, sur Maximilien Luce :

« Il était aussi intransigeant envers lui-même qu’envers les autres. Sa profonde amitié avec Angrand dura, sans nuage, jusqu’à la mort, en 1926, du fameux peintre de Rouen. ».

 

François Lespinasse, mai 2015

 

Voici ci-dessous quelques extraits de la correspondance de Maximilien LUCE à Charles ANGRAND ; vous trouverez les lettres de Ch. ANGRAND dans mon volume "Correspondance de Ch. ANGRAND", préfacé par Mme Joan HALPERIN, spécialiste de Félix FENEON.

13 août 1900

« … Vous devez me trouver bien flemmard et bien rosse de ne jamais vous écrire, vous isolé. J’ai eu de vos nouvelles par une lettre adressée à Cross.

Nous espérions vous voir mais cela a raté, quand pensez vous venir, dites le moi nous irons ensemble faire un tour à la Centennale, il y a des choses fort intéressantes… »

2 avril 1909

«  Vous êtes la sagesse même.

En effet plutôt que de presser pour terminer votre effigie, quelle noblesse de langage, je préfère attendre ne pouvant le mettre à mon exposition qui du reste est avancée… »

2 décembre 1910

«  … Maintenant je vais vous attraper pourquoi tant de mal, vraiment vous êtes très gentil  et votre envoi m’a fait grand plaisir; mais quel tracas cela doit vous donner, emballage, achat de beurre et il est très difficile de vous faire accepter quelque chose. Tous mes remerciements de ma femme et des gosses qui se régalent des pommes …»

30 octobre 1912

«  Vu aussi le salon d’automne, c’est plutôt triste les choses sont placées avec une partialité révoltante. Matisse occupe tout un panneau avec des natures mortes incompréhensibles , ce n’est plus de la peinture c’est du barbouillage, ce ne sont pas mieux des affiches.

Quant aux cubistes, je m’en fous, je n’y comprends rien. Car assez je pense trouver le mot juste, ce sont des grimaciers qui cherchent à attirer l’attention…  »

 1917 

« Mon vieux,   il y a bien longtemps que je n’ai pas eu de vos nouvelles, que devenez vous et que veut dire ce silence .. En ce moment l’on est guère en train d’écrire quelle tristesse. Que de boue remuée et les sacrés bourgeois et même ceux qui raisonnent en  retemps ordinaire vous sortent des boniments à vous faire sauter… »

6 mars 1926

«  … j’en ai assez et aspire à Rolleboise. Sitôt débarrassé de toutes ces expositions je ferai un saut à Rouen. En tout cas si vous êtes pour venir prévenez moi. Surtout un mot de temps en temps pour me dire comment cela va…. Un mot élogieux de Fels sur vous dans L’Art vivant mais ne vous laissez pas prendre par ce sale bougre non parce qu’il vous a découvert (enfonceur de portes ouvertes) mais parce que c’est un terrible tapeur… »

 

 

Voir les commentaires

Interview de Madame Marie-Claude COUDERT par Pierre BUYCHAUT

10 Avril 2015, 13:11pm

Publié par le webmaster

Marie-Claude COUDERT devant les portraits de Pierre HODE de l'Exposition du MBA

Marie-Claude COUDERT devant les portraits de Pierre HODE de l'Exposition du MBA

 

Attachée de Conservation au Musée des Beaux Arts de Rouen et chargée de Documentation et Edition, Marie-Claude COUDERT est l'auteur de nombreux ouvrages d'Art.

Elle s'est fortement impliquée dans cet hommage rendu à Pierre HODÉ. C'est ainsi que notre Association travaille depuis plus d'un an avec Marie-Claude COUDERT, sous l'autorité de Sylvain Amic, Directeur des Musées de ROUEN, à la réalisation de cette exposition.

Et, lors de notre entrevue, Madame COUDERT nous a fait part de son attirance pour les portraits mis en page par Pierre HODÉ.

Pierre BUYCHAUT:  je sais que vous êtes très sensible aux portraits composés par Pierre HODÉ.

Marie-Claude COUDERT : nous sommes très heureux de pouvoir présenter une section de portraits par Pierre HODÉ car la figure humaine, est absente dans la quasi totalité de son œuvre !

Et cependant, on voit, avec les 4 œuvres accrochées ici, que Pierre HODÉ est un excellent portraitiste ! Mais un portraitiste très singulier dans la mesure où il ne recherche pas le détail physique caractéristique de son modèle, mais qu'il en révèle la personnalité par le choix de la technique picturale qu'il adopte.

PB : expliquez-nous cela ?

MCC : regardez les 2 œuvres sur papier, son autoportrait et le portrait d'Alice TORCHY sa filleule ; dans le premier, à la sanguine, le visage buriné est traité de manière cubisante dans la répartition du volume par plans, alors que celui d'Alice est un dessin vraiment ingresque, tout d'abord par le choix du papier vergé, et puis par le modelé au crayon noir, les courbes souples, enfin toute la féminité et la grâce du modèle révélées par le choix de la technique.

PB : et les 2 huiles ?

MCC : Tout d'abord le sublime portrait, d'un format important, du boxeur Fred BRETONNEL, une gloire des rings des années 1920 et qui a mis fin à ses jours en 1928.

Nous sommes en face d'un personnage sombre tourmenté. Les coloris sont bruns et le fond clair fait ressortir les plages lumineuses du visage, lui traité en plans découpés très cubisants.

PB : mais ce ne sont pas les facettes cubistes de PICASSO par exemple...

MCC : avec Pierre HODÉ, le Cubisme n’est jamais loin, mais lui-même ne se revendiquait pas peintre Cubiste ! Il se savait dans la mouvance et, à l'instar de son approche du Fauvisme, il capte ce qui l'intéresse pour en faire son "miel". Ce qui fait son style personnel.

Ainsi, dans ses portraits, il n'existe pas de déformations du modèle, mais simplement une épuration des formes qui se réduisent à des figures géométriques simples. De plus, la perspective est respectée.

PB : considérez-vous Pierre HODÉ unique dans son genre ou peut-on le rapprocher d'autres peintres et je pense à METZINGER (Jean METZINGER 1883-1956 NDlR)

MCC : METZINGER ou LA FRESNAYE (Jean DE LA FRESNAYE 1885-1925 NDlR), peut-être... Mais je crois que Hodé est assez unique en son genre. Et cette manière de traiter le sujet se retrouve dans toutes ses œuvres quel qu'en soit le thème ! En fait, il construit toujours son œuvre de manière architecturée très stricte, en équilibrant l'importance des formes – de leur surface – et des valeurs – c’est-à-dire des couleurs claires et foncées – et composant toujours à partir d'éléments réalistes identifiables qui donnent au tableau son caractère et son sens. Pourtant  cela n'est jamais une construction réaliste.

Cette approche lui est totalement personnelle !

PB : enfin, quatrième portrait de structure de nouveau différente, "Le Buveur"..

MCC : pas tant dans la structure que dans le sens à donner à l’œuvre. Comme je vous l'expliquais précédemment, le choix de la technique révèle l’identité profonde du personnage représenté, sa personnalité profonde, que l'on reconnaît sans que le peintre ait recours à tel ou tel artifice physique, si je puis dire !

PB : et "Le Buveur" est-il donc réellement un portrait ?

MCC : eh bien, non !

Car ce n'est pas une personne identifiée et identifiable, c'est une typologie : Le Buveur attablé au bistrot ! On sait que HODÉ a tenu un café à Honfleur à partir de 1924 et qu'il fréquentait ce monde.

Il représente une figure humaine, cette fois-ci en buste, découpée en plans très géométriques et, pour le coup, très proche de DE LA FRESNAYE. Quant au paysage d'arrière plan, Pierre HODÉ ne cherche pas à le déterminer.

PB : c'est donc un portrait dépersonnalisé ?

MCC : je ne crois pas qu’il s’agisse d’un portrait même d’un portrait allégorique car HODÉ fait avant tout œuvre de peintre, c'est à dire qu'il agence formes et couleurs. Partant de là, il ne cherche pas à insuffler des conceptions sociologiques ou moralisatrices, ou même psychologiques : l'aspect plastique, uniquement, compte.

PB : en allant plus avant, pourrait-on parler d'autoportrait, puisque l'on sait que Pierre HODÉ fréquentait le monde des bistrots ?

MCC : Non, c'est abusif ! Il est impossible de reconnaître le modèle ! Or, c'est une œuvre très aboutie, l'une des plus abouties. Si HODÉ s'est pris comme modèle, c'est plus comme un exercice du traitement de la figure humaine, comme un pianiste fait ses gammes.

PB : cette salle d'exposition pour les portraits de Pierre Hodé se prête à merveille, puisque nous sommes dans la Salle Jacques-Emile BLANCHE, portraitiste universellement reconnu pour la justesse de son rendu psychologique.

MCC : alors, Jacques-Emile BLANCHE était un véritable portraitiste qui rendait fidèlement les traits et caractéristiques de ses modèles. Ce qui l'intéressait, était de révéler leur personnalité et, pour cette raison, il a reçu beaucoup de critiques de la part de modèles qui ne voulaient pas se voir tel qu'ils étaient en réalité, alors que ses contemporains reconnaissaient la véracité de sa perception.

Une chose est certaine, Pierre HODÉ n'a pas réalisé de portraits de commande. Y compris celui de Fred BRETONNEL, car HODÉ était un fan de boxe et amateur lui-même et il devait bien connaître Jean BRETONNEL, frère aîné et entraîneur de Fred.. Il n'a donc pas résisté au plaisir de faire le portrait du tout nouveau champion d'Europe ! D'autant plus que le visage d'un boxeur, avec tout ce qu'il peut comporter comme déformations dues aux ecchymoses d'un combat, incite au traitement cubisant par un peintre de cette mouvance !

GUÊPE 37( 55x38-coll.part. et les REMORQUEURS ( 80x100 -1923) - don en 1979 au MBAR de Pierre DUCENNE, fils de P. HODEGUÊPE 37( 55x38-coll.part. et les REMORQUEURS ( 80x100 -1923) - don en 1979 au MBAR de Pierre DUCENNE, fils de P. HODE

GUÊPE 37( 55x38-coll.part. et les REMORQUEURS ( 80x100 -1923) - don en 1979 au MBAR de Pierre DUCENNE, fils de P. HODE

PB: D'autres portraits de buveurs sont représentés dans les scènes de café peintes par HODÉ à Conflans-Ste-Honorine. Nous en avons 2 exemples ici.

MCC : C'est exact : 'Guèpe 37' (55x38, coll. part., NDR) et 'Les remorqueurs' (80x100, 1923, don en 1979 du fils de Pierre HODÉ, Pierre DUCENNE, au Musée des Beaux Arts de ROUEN, NDlR).

Ici, les 2 buveurs, les 2 mariniers, ont un regard. Un regard intéressant, car ils se trouvent à l'intérieur du café comme on peut le déduire de l'enseigne inscrite à l'envers sur la vitrine. Les mariniers portent leurs regards sur nous-mêmes spectateurs, qui nous trouvons, de ce fait, immergés également à l’intérieur de ce café. On retrouve, de plus, l'inclusion de textes, ce qui est très moderne et très proche de Juan GRIS (peintre cubiste 1887-1927, NDR), qui fut, il ne faut pas l'oublier, un ami très intime.

PB : Je crois, d'ailleurs que vous tenez une anecdote à ce sujet.

MCC : Oui, oui...Juan Gris possédait un charme fou, un vrai séducteur ! Quand il était invité chez les HODÉ, et qu’Alice TORCHY, la filleule de Pierre HODÉ, faisait la vaisselle, Juan GRIS lui racontait des histoires qui la subjuguaient à tel point qu'afin de prolonger le plaisir et éviter de l’interrompre, Alice refaisait la vaisselle plusieurs fois de suite!

Belle anecdote qui prouve bien l'amitié de Pierre HODÉ et de Juan GRIS, et qui m'a été racontée par la famille.

Certes, Pierre HODÉ est rattaché à "L'École de ROUEN" car né à ROUEN, et qu'une partie de son œuvre concerne notre ville, mais il a fréquenté un milieu essentiellement parisien. Et, contrairement à la plupart des artistes de l'École de ROUEN, Pierre Hodé n'a pas peint 'sur le motif', à part, peut-être, ses tout premiers croquis. C'est vraiment un peintre d'atelier.

PB : pour en revenir à ces intérieurs de café, peut-on dire qu'il y a également quelques messages ou éléments d'identification cachés de la part du peintre, comme ce calendrier à feuilles volantes  découpé par le bord de la toile, qui donnerait un semblant de datation, juillet 1925, ou ce drapeau belge ?

MCC : à mon avis, ces drapeaux sont des jeux de coloriste, comme ces cheminées de remorqueurs avec les couleurs des compagnies. Peut-être est-ce une manière d'évoquer l'odeur de genièvre des estaminets du nord ?

Dans le second tableau ("Remorqueurs" de 1923), Pierre HODÉ amène une mention plus explicite avec le journal "L’Œuvre", ainsi qu'avec les jeux de cartes et de dominos, typiquement des jeux de café, sans parler de la pipe et de la bouteille. C'est incontestablement une référence à la tradition de la Nature Morte hollandaise.

PB : Une vanité ?

MCC : Oui, c'est une référence aux 5 sens.

PB: Pas la perversion de la boisson ou des jeux ?

MCC : non, je ne crois pas. Uniquement les 5 sens : le goût, l'odorat, le toucher, la vue et l’ouïe avec le choc des dominos entre eux sur le tapis vert ! Peut-être également l'argent derrière les jeux de cartes.

PB : selon vous, quelle est la meilleure période de création de Pierre HODÉ ?

MCC : les années 1920 qui constituent le temps fort de son œuvre !

PB :  HONFLEUR ?

MCC : Il est arrivé à Honfleur pour des raisons pécuniaires. La vie à Paris était devenue très difficile et la gérance de son petit café lui donnait plus d’indépendance financière et donc plus de liberté pour son art. D'autre part, sur les cartes postales des décors qu'il a réalisés pour le café de Paris et ceux de l'Hôtel du Cheval Blanc, on voit vers quels motifs il se dirige. Ce sont des décors très audacieux ! Regardez cette esquisse au crayon graphite, figurant l'arrière-plan du port, les éléments du voyage, les noms d'artistes et d'écrivains liés à ce thème et à celui de "L'ailleurs" avec le globe terrestre et la longue vue. On y retrouve sa manière très structurée de composer. C'est également à cette époque qu'il réfléchit aux décors synthétiques pour le théâtre.

Malheureusement, Pierre Hodé, de santé très fragile, disparaît alors que sa peinture s’orientait vers quelque chose de très intéressant. Après avoir reçu une commande pour l'Exposition Universelle de 1937, on le voit se diriger une abstraction beaucoup plus radicale, dans laquelle il intégrait toutes les influences qu'il avait volontairement puisées à la fois chez Juan GRIS ou chez Fernand LÉGER, notamment dans les signaux de l’univers ferroviaire et les signalétiques urbaines. Il aurait, probablement approfondi ses recherches dans cette voie.

PB : parlez-nous de cette exposition de 1937.

MCC : Conservée aux Archives des Musées Nationaux, se trouve une lettre rédigée par Robert DELAUNAY qui montre bien que c'est ce dernier qui a posé sa candidature en 1936 ! Il écrit alors : « Ce n’est plus un secret que presque tous les artistes tirent la langue ! ».

Lorsque Léon BLUM est arrivé au pouvoir, il a demandé à ce que l'on fasse appel en priorité à des artistes au chômage. Et, compte tenu de la sensibilité artistique de Léon BLUM, les décors cubistes ou abstraits furent privilégiés. De plus, il fallait faire contre-poids aux 2 grosses « pâtisseries » néo-classiques, et même passéistes dans leur conception : le pavillon de l'Allemagne et celui de l'Union Soviétique ! Albert SPEER, proche de HITLER, était l'architecte du pavillon germanique, et BORIS IOFAN, (1891-1976, NDlR), pur représentant de l’architecture stalinienne, celui de l'URSS. Le mot d'ordre était de faire de PARIS une Ville-Lumière, une ville de la couleur. Dans sa lettre de candidature, Robert DELAUNAY énumère un certain nombre de travaux qu’il a réalisés, dont un décor privé pour un certain Docteur VIARD, l’un des principaux mécènes de Pierre Hodé. Et je pense que c’est le Docteur VIARD qui a suggéré le nom de Pierre HODÉ à DELAUNAY

                                                                                     portrait du Dr VIARD

PB :les 2 peintres sont-ils restés en contact par la suite ?

MCC : une lettre de Pierre HODÉ à Robert DELAUNAY de cette qui utilise le tutoiement témoigne d’une  certaine intimité artistique. Je n'en sais pas plus car je n'ai pas retrouvé de lettre officielle de commande, ni dans les Archives des Musées Nationaux ni à la Bibliothèque KANDINSKY. En revanche, j'ai retrouvé la somme qui a été payée aux artistes, règlement calculé en fonction de l'importance de leurs travaux, uniquement, approche très égalitaire.

PB : quelques mots sur les compositions "à la cible" ?

MCC : elles sont vraisemblablement de la même époque...

PB : pourtant données autour de 1922...

MCC : A mon avis, et comme il apparaît lorsqu’on les rapproche de l’esthétique des œuvres du Pavillon des Chemins de Fer (y compris celles de DELAUNAY), elles sont un peu plus tardives ! Ces grands aplats de couleur des compositions "à la cible'"se retrouvent dans les recherches de Pierre HODÉ pour la réalisation des décors de 1937.

PB : les fameux "RYTHMES Mécaniques".

MCC : Pierre HODÉ a réalisé 2 panneaux pour le décor du Pavillon des Chemins de Fer de l’Exposition Universelle de 1937. Il a choisi la "Locomotive 3615" qui existe vraiment, dont on a une photo "mise au carreau" par HODÉ. Les toutes premières esquisses sont relativement réalistes et précises, puis il épure sa vision au fur et à mesure que ses recherches progressent. Au sein des éléments mécaniques de la locomotive, il intègre des signalisations colorées chères aux compositions de Fernand LÉGER. Comme pour le modelé noir et blanc des tuyauteries. Le fonds, quant à lui, est assez neutre dans les premières pensées. On remarque, dans l’œuvre définitive, une présence beaucoup plus massive de la couleur. Ce qui avait dû lui être spécifiquement demandé, à mon avis, afin de répondre au programme général imposé aux artistes.

 

                                                                     Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

HODE-RYTHMES MECANIQUES -HST - extrait de l'ouvrage de F.LESPINASSE -P.HODE-Planète Graphique-2014

HODE-RYTHMES MECANIQUES -HST - extrait de l'ouvrage de F.LESPINASSE -P.HODE-Planète Graphique-2014

Voir les commentaires

Interview de Madame C. MORIN-DESAILLY par Pierre BUYCHAUT

6 Mars 2015, 10:18am

Publié par le webmaster

             sous-bois de Charles FRECHON, extrait de l'ouvrage de F. LESPINASSE / Charles et Michel FRECHON - Rouen 2004 - p. 45

sous-bois de Charles FRECHON, extrait de l'ouvrage de F. LESPINASSE / Charles et Michel FRECHON - Rouen 2004 - p. 45

Nous rencontrons, ce 12 décembre 2014, Madame Catherine MORIN-DESAILLY.

Adjointe au Maire de Rouen, Chargée de la Culture de 2001 à 2008, Madame MORIN-DESAILLY est élue Sénatrice de Seine Maritime depuis 2004.

Pierre BUYCHAUT : parlez-nous de Rouen et son École de Peinture.

Catherine  MORIN-DESAILLY: je dirais, tout d'abord, que Rouen, jadis la deuxième ville du Royaume, est une vraie ville d'Art, de Culture et de Patrimoine et que cela s'est toujours traduit par la présence d'artistes, écrivains, musiciens, gens de théâtre. Le mouvement de la peinture n'a pas échappé à ce foisonnement artistique. Notre région a, par ailleurs, toujours attiré de nombreux peintres dont des célébrités.

Pierre BUYCHAUT : et plus personnellement ?

Catherine MORIN-DESAILLY : Je suis très sensible à l'Art de la Peinture. Tout simplement, j'ai été baignée dedans.

Mon grand-père, Jacques MORIN, Avoué de profession, pratiquait en amateur la peinture et fut élève de Ch. FRECHON ! Il côtoya donc tous ces peintres de l'École de Rouen dont j'ai vu, petite fille, beaucoup de toiles chez ma grand-mère.

Pierre BUYCHAUT : que vous évoque cette peinture ?

Catherine MORIN-DESAILLY : C'est une peinture très intéressante car elle témoigne, tout d'abord, de la vitalité artistique rouennaise liée aux grands mouvements nationaux. Celle-ci s’est beaucoup appuyée sur notre École des Beaux Arts de Rouen qui a toujours été un lieu de rencontre et de formation.

J'y suis particulièrement attachée car j'ai été Adjointe à la Culture de la Ville de Rouen entre 2001 et 2008. Notre École des Beaux Arts reste pour moi une référence avec une grande qualité d'enseignement. Les étudiants qui en sortent s’insèrent parfaitement bien dans la vie professionnelle.

Pierre BUYCHAUT : vous nous parliez de la famille FRECHON que votre grand-père côtoyait...

Catherine MORIN-DESAILLY : Charles FRECHON (1856-1929) est un peintre impressionniste pour lequel le Musée de Rouen a organisé une rétrospective à l'été 2008 (1). J'avais, à l'époque, beaucoup milité pour cette manifestation, car c'est un peintre que je connais bien.

Ce qui était émouvant, c'est que cette rétrospective a mobilisé tous les Rouennais et notamment ceux qui possédaient des tableaux de FRECHON. Du coup, grâce au travail de recherche préalable, on a pu découvrir des œuvres inconnues.

Je crois que ce fût une exposition très appréciée du public qui a pu, ainsi, se réapproprier un patrimoine méconnu, et réaliser avec fierté que des artistes Rouennais ont participé au cœur de ce mouvement impressionniste, auprès d'artistes de grande notoriété à l'instar de Claude Monet.

Pierre BUYCHAUT : comment faire pour que ces artistes, dont Charles FRECHON, dépassent nos frontières régionales ?             

  Charles et Michel FRECHON

Catherine  MORIN-DESAILLY : il leur faut une vitrine. Ces rétrospectives sur un peintre ou une thématique sont l'occasion de mieux faire connaître au grand public les peintres de l'École de Rouen. Il existe aussi les publications dont celles, très précieuses, de François LESPINASSE.

Et puis, pourquoi n'utiliseriez-vous pas les moyens modernes de communication ? L'ensemble des Musées commence à employer de nouveaux moyens de communication en numérisant leurs collections afin de permettre des visites virtuelles à des internautes.

Pourquoi votre Association ne ferait-elle pas de même ? Vous pourriez constituer une plate-forme "École de Rouen", et procéder à des expositions virtuelles permanentes. Ce qui aurait également l'avantage de recenser des œuvres parfaitement inconnues du public. Les propriétaires pourraient être heureux de voir ainsi leur patrimoine reconnu.

Ch. FRECHON - autoportrait

Pierre BUYCHAUT : excellente idée ! Auriez-vous des opportunités parisiennes, je pense au Musée du Luxembourg ?

Catherine MORIN-DESAILLY : il faut tout d'abord savoir que le Musée du Luxembourg est une délégation du Service Public, et que nous ne gérons pas directement. Ce musée est géré par la Réunion des Musées Nationaux (Laurent SALOMÉ, ex-directeur des Musées de Rouen, en est un des dirigeants, NDLR). Il n’appartient pas aux sénateurs d’organiser des expositions ! Laissons place aux experts et spécialistes.

Pierre BUYCHAUT : d'autres peintres de l'Ecole de Rouen que vous appréciez ?

Catherine  MORIN-DESAILLY : j'aime bien Léonard Bordes (1898-1969).

Robert-Antoine PINCHON (1886-1943) est un grand peintre et une rue de Bois-Guillaume porte son nom, avec des vues sur Rouen qui renvoient à ses toiles magnifiques.

Pierre HODÉ est très différent (Le Musée des Beaux Arts de Rouen lui rend hommage dans le cadre du Temps des collections 2014-2015, NDLR). J'apprécie particulièrement ses toiles autour de notre activité portuaire qui témoigne de la richesse économique de la ville. J'avais participé au dévoilement d'une plaque, en tant qu'Adjointe à la Culture.

Et puis, Léon-Jules LEMAITRE et ses tableautins de Rouen.

C'est, incontestablement, une École à soutenir. Avec une vertu pédagogique où l'École de Rouen s'inscrit dans un mouvement plus général de la peinture.

Pierre BUYCHAUT  : LE TRIVIDIC ?

Catherine  MORIN-DESAILLY : oui, mon grand-père le connaissait particulièrement bien. C'est ainsi qu'il a pu réunir une très grande collection de ses dessins et caricatures des milieux juridiques.

LE TRIVIDIC (1898-1960) a également effectué des séries de portraits, de chevaux, de sportifs, des artistes et du public du Théâtre des Arts...

l'acteur LOCHARD  dans le rôle du Dr FAUST au Théâtre des Arts (coll.privée)

Ses dessins constituent une vraie mine de témoignages de la vie Rouennaise de l'époque. Pierre LE TRIVIDIC mériterait une rétrospective dans ce cadre là.

C'est en tout cas un beau défi que vous vous lancez à vouloir faire vivre le patrimoine artistique Rouennais !

(1) A consulter l'excellent ouvrage publié par le Musée des Beaux-arts de Rouen à cette occasion, sous la direction de Laurent SALOMÉ avec la collaboration de Didier BACKHUYS, Commissaire, et de François LESPINASSE (NDLR).

 Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

P. LETRIVIDIC -"Patoune" (1950) - aquar dédicacée coll. privée et "le Port de Rouen" (1935-37), aquar. gouachée 54x73sbg - coll.part. extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de RouenP. LETRIVIDIC -"Patoune" (1950) - aquar dédicacée coll. privée et "le Port de Rouen" (1935-37), aquar. gouachée 54x73sbg - coll.part. extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de Rouen

P. LETRIVIDIC -"Patoune" (1950) - aquar dédicacée coll. privée et "le Port de Rouen" (1935-37), aquar. gouachée 54x73sbg - coll.part. extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de Rouen

Voir les commentaires

De l'exposition japonaise de peintres de l'Ecole de Rouen

3 Février 2015, 13:14pm

Publié par le webmaster

5 oeuvres de R.A.P. PINCHON accrochées...

5 oeuvres de R.A.P. PINCHON accrochées...

Dans deux articles précédents de sa rubrique (1), notre collaborateur Hubert PRIAUCEY vous a fait partager le voyage de nos Peintres de L'École de Rouen au Japon (Albert LEBOURG, Léon-Jules LEMAITRE, Charles FRECHON, Joseph DELATTRE et Robert-Antoine PINCHON),

Il vous présente ci-dessous, dans un troisième papier, les impressions qu'Annette HAUDIQUET (2), Directrice du Musée André MALRAUX du Havre et commissaire de cette exposition itinérante (en collaboration avec BRAIN TRUST INC. TOKYO), a bien voulu lui confier à votre intention.

Nous lui adressons nos plus sincères remerciements.

Écoutons-la répondre aux questions d'Hubert.

Annette Haudiquet (photo G.OLIVIER) :

la commande japonaise était très vague : quelque chose sur la Normandie et sur l'Impressionnisme !                                           

Mais tout le monde veut traiter de la Normandie Impressionniste et je leur ai suggéré qu'il fallait raconter une histoire plus large. Or, en 2009, avec les Musées de Caen, Rouen et Le Havre, nous avions déjà fait cette démarche (Voyages Pittoresques - ndlr), sur laquelle nous nous sommes reposés cette fois-ci. Et en y ajoutant Raoul DUFY qui est, pour moi, le Peintre de l'Estuaire de la Seine ! Comme BOUDIN auparavant.

H.PRIAUCEYalors cette histoire ?

AH : elle débute avec les Anglais et les Romantiques (1815-1820) pour se terminer avec la Photographie Contemporaine, en passant par l'Impressionnisme, le Fauvisme et donc l'École de Rouen qui se situe à la charnière des deux.

HP : Comment vous est venue l'idée d'incorporer l'École de Rouen?

AH : Ce sont les œuvres que j'avais repérées en 2010 au Musée de Rouen lors de Normandie Impressionniste. Dès lors, j'ai demandé vos coordonnées à Sylvain AMIC (Directeur des Musées de Rouen). Et puis, j'avais travaillé avec Bernay et Cédric PANNEVEL (Directeur du Musée des Beaux Arts de Bernay - ndlr) m'a également orienté vers votre Association, dont il m'a vanté la générosité de vos prêts.

HP: quelle place leur accordez-vous dans l'exposition ?

AH : à mon avis, ils ont un parcours parallèle à Félix VALLOTTON et les premières œuvres de FRIESZ et même DUFY. On est à la charnière du XIXème et du XXème siècle et ces peintres s'affranchissent du traitement particulier de la lumière pour se tourner vers la couleur. Ce qui est encore plus manifeste chez VALLOTTON (voir ci-dessous), avec un travail de simplification,travail, d'ailleurs, qui ne s'effectue plus sur nature mais à l'atelier, c'est à dire de mémoire ou à partir de photographies !

HP : d’où votre choix du fauve PINCHON, plus que des impressionnistes LEBOURG et FRECHON...

AH : alors, il faut bien comprendre que cette histoire, cette exposition, s'étale sur presque deux siècles puisque l'on part de 1820 à aujourd'hui. D'autre part, les lieux d'exposition ne sont pas très larges, en tout cas celui du SOMPO de Tokyo. Ces deux critères ont fait qu'il a fallu resserrer le propos et élaguer à plusieurs reprises. J'ai beaucoup insisté pour que L'École de Rouen marque la transition Impressionnisme – Fauvisme.

HP : J'aurais tendance à penser que vos confrères japonais ne connaissent que très peu, voire pas du tout, notre École de Rouen. Quelles ont été leurs réactions ?

AH : eh bien, là bas sur place, ils ont vraiment été saisis !! Ils ne connaissaient pas PINCHON, et ça les a vraiment sciés !! Donc mon choix les a convaincus. Et mon homologue du SOMPO, Madame Shôko KOBAYASHI, m'a fait part de son saisissement en découvrant, de visu, les œuvres de PINCHON. Plus que celles de FRECHON. Cela vient du fait qu'ils aiment beaucoup l'art, et surtout les compositions colorées. De la même façon, ils ne croyaient pas du tout à Henri de SAINT-DELIS et c'était intéressant à recontextualiser aussi dans son époque et dans son parcours.

HP : et votre choix en général ?

AH : plus de la moitié de l'exposition vient de collections publiques normandes et donc c'est une vraie promotion de notre patrimoine régional ! Cette expo débute par deux textes sur le Musée du Havre et celui de Honfleur, qui sont les deux plus gros prêteurs avec près de 17 œuvres chacun (l'AER prête 12 tableaux : 10 de l'Ecole de Rouen + 1 BOUDIN + 1 LAPOSTOLET - ndlr) et qui sont, de plus, de part et d'autre de l'estuaire de la Seine, sujet de l'exposition !

J'ajoute, pour anecdote, que ''l'estuaire'' est totalement exotique pour nos confrères japonais. C'est une donnée géographique inconnue pour eux : un fleuve remonté par la mer, ce que cela autorisait et interdisait par la même frontière que cela peut représenter, la voie de pénétration vers la capitale... C'est un sujet qu'ils ont choisi.

Ils attendent 40.000 visiteurs pour la 1ère étape à Tokyo, visiteurs qui vont découvrir sur les cartels les noms des Musées prêteurs du Havre, de Honfleur, de Rouen, de Caen, de Trouville, de Bernay, etc... et donc une réelle densité de patrimoine normand. Et que cela leur donne envie de découvrir les vrais paysages typiques et la richesse des collections publiques normandes.

En résumé, il y a là une belle carte de visite laissée !

HP : à votre avis, que représente notre région pour les japonais ?

AH : ah! Vous ne pouvez pas vous y imaginer à quel point ils sont fous de Normandie !! La Normandie résonne de toutes sortes de fantasmes ! Par exemple, j'ai vu des publicités japonaises qui prenaient en référence le Mont Saint-Michel pour promouvoir une recette aux œufs car, pour eux, le Mont Saint-Michel, c'est également les plaisirs de la table avec la fameuse Mère Poulard !

HP : très étonnant à nos yeux...

AH : oui, oui ! Et lorsque mes deux homologues directeurs des Musées de Tokyo et de Hiroshima, Madame Shôko KOBAYASHI et Monsieur FURUTANI, sont venus en France au printemps afin de procéder à des repérages, ils ont découvert des paysages exotiques pour eux. Je les entendais s'exclamer devant des chênes, des hêtres ou des coquelicots et ils prenaient tout ce qu'ils pouvaient en photo ! Et des données purement physiques : je les ai vu s'arrêter net sur les falaises qui dominent l'estuaire et trouver que Le Ciel était ici immense !

HP : … ?

AH : car ils n'ont pas le même ressenti. Le Japon est une île volcanique et il y a toujours une nature préservée avec des montagnes abruptes qui empêchent toute implantation humaine ; une nature hostile ! Et des forêts sombres, noires, impénétrables, pleines d'esprits... Leur ciel est toujours coupé par cette nature.

HP : et quid de l'étape en Corée ?

AH : les Coréens ont une approche différente. Déjà, ils se sont entichés de CORCOS ; ils vont en faire leur œuvre phare (Vittorio CORCOS -1859/1933 - est un peintre italien portraitiste mondain, à rapprocher de Ernest-Ange DUEZ (voir ci-dessous à droite); la toile de DUEZ, prêtée par le Musée de Rouen, bénéficie d'un accrochage de choix au SOMPO - ndlr) ! Vous avouerez que CORCOS,  prêté par Honfleur, n'est pas l'artiste le plus célèbre du catalogue !

(voir ci-dessus, tableau de gauche)

HP : les collections du Musée des Beaux Arts du Havre ne renferment pas, à ma connaissance, de peintres de l'École de Rouen...

AH : non, mais en fait, pas beaucoup non plus de vues du Havre et même de Normandie. Cela tient à nos collectionneurs donateurs (Edouard SENN et Charles-Auguste MARANDE, membres du Cercle d'Art Moderne du début du XXème siècle NDR) qui n'ont ni "acheté du Havre" ni "acheté de la Normandie" !! Nos collectionneurs-donateurs sont des horsains. Par exemple DUFY n'a pas été acheté par nos collectionneurs et même les MARQUET sont des vues parisiennes. Ils n'avaient pas d'ancrage havrais, même si ils étaient partie prenante dans les décisions locales. Ils ont juste acheté BOUDIN et des Ports du Havre par PISSARRO. Ils se sentaient affranchis d'un quelconque héritage régional.

HP : quels sont vos projets ?

AH : notre projet à court terme porte sur Eugène BOUDIN, dans le cadre de Normandie Impressionniste 2016. Et puis, notre projet d'importance, en 2017, correspond au 500ème anniversaire de la création de la ville du Havre.

A savoir également que SAINT-DELIS n'a jamais été travaillé...

J'ajouterais que ce genre de collaboration Muma – AER pour cette exposition japonaise, a permis de nous rencontrer, et de mieux connaître et faire connaître l'École de Rouen.

Je sais que Sylvain AMIC (Directeur du Musée de Rouen NDR) présente actuellement une expo sur Pierre HODÉ. Nous avions un Port de Dieppe de HODÉ au Musée de Calais lorsque j'en étais le Conservateur. C'est un très bel artiste.

Propos recueillis par Hubert PRIAUCEY.

 

 (1) - 1er article publié le 26/10/2014 - 2ième article le 06/11/2014  - dans la catégorie la rubrique de H.PRIAUCEY

(2) - Annette HAUDIQUET possède un DEA Histoire de l'art ; elle intègre le Musée de Calais dont elle devient le Conservateur en chef en 1993 ; Musée du Havre en 2001 ; en 2004, elle accueille la donation SENN-FOULDS.

          Nous remercions également Mme HAUDIQUET pour ses clichés du Japon.

                                                                              

 

De l'exposition japonaise de peintres de l'Ecole de Rouen

Voir les commentaires

Interview d'Olivier CLEMENT par Pierre BUYCHAUT

15 Janvier 2015, 09:58am

Publié par le webmaster

suite de Natures Mortes de Pierre HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen -

suite de Natures Mortes de Pierre HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen -

A peine après avoir remercié François LESPINASSE pour ses commentaires, nous rencontrons Olivier CLÉMENT, conférencier émérite au Musée des Beaux Arts de Rouen, toujours dans la salle Pierre HODÉ, ce même soir 26 novembre 2014 de vernissage du 'Temps des Collections 2014-2015'.

En parallèle avec ses activités muséales, Olivier CLÉMENT a enseigné l'Histoire de l'Art à l'Université de Mont-Saint-Aignan, entre 2001 et 2012.

Pierre BUYCHAUT : que représente Pierre HODÉ dans votre très large connaissance de l'Histoire de l'Art ?

Olivier CLÉMENT : Eh bien, je découvre à l'instant avec vous cet accrochage.

Ce qui est émouvant, c'est que l'on voit la trajectoire de Pierre HODÉ et pas simplement les 2 ou 3 tableaux habituellement présentés sur les cimaises du Musée. Avec ses œuvres de jeunesse puis de maturité, son passage au travers du cubisme, des œuvres qui n'ont jamais été montrées de collections privées et quasiment inaccessibles !

La réalité de son œuvre est beaucoup plus complexe et beaucoup plus dense.

 PB :vous pourriez développer ?

OC : ce que l'on connaît et que l'on retient, ce sont ses tableaux véritablement cubistes.

Les œuvres fauves qui l'ancrent vraiment encore dans 'l'Ecole de Rouen', au sens traditionnel du terme, et près de PINCHON (1886-1943), sont beaucoup moins connues. D'où l'intérêt de cette exposition.

Car, on voit bien que Pierre HODÉ, dans sa première formation d'autodidacte, est d'obédience impressionniste comme, d'ailleurs, tous les artistes de sa génération. Et de plus, quand on est à Rouen, on est obligé de passer par ce style; à travers PINCHON, il n'a pu qu'être conscient des impressionnistes plus anciens et notamment ceux de la première génération de 'L'École de Rouen'. Puis, très vite, il s'en échappe.

PB : pour arriver à ce 'Port de Rouen' cubiste, qui appartient au Musée de Rouen ?

OC : oui, mais au demeurant, pendant longtemps, cette véritable belle œuvre cubiste bien menée, n'a pas été exposée, ce qui est dommage.

En fait, Pierre HODÉ reprend une thématique classique des Peintres de 'L'École de Rouen', mais la réactive profondément ! C'est très radical par rapport à ses débuts et à ce qui se passe à Rouen à l'époque !

Car, en partant de l'impressionnisme de ses débuts, il développe la subjectivité de la couleur (le 'fauvisme' - ndlr), puis ensuite la subjectivité cubiste. C'est à dire une reconstruction géométrique, formelle et purement mentale. Nous ne sommes plus dans le constat optique et la sensibilité visuelle à la manière impressionniste, mais dans un autre discours pictural dû à une analyse et une traduction intellectuelles.

Et, de plus, chromatiquement, par son 'Port de Rouen', Pierre HODÉ renie les splendeurs colorées de l'impressionnisme et du fauvisme. Rappelez-vous les décennies de la fin du XIXème et le début du XXème siècle dominées par une politique de la couleur violente, saturée. Le cubisme jouit d'une palette beaucoup plus retreinte, basée sur des gris et des tons de camaïeux, qui est une façon d'affirmer le côté mental de ce courant pictural qui n'est pas sensuel, lyrique ou sensible.

Et, pourtant ici, Pierre HODÉ emploie une palette qui reste plausible pour le climat de Rouen !

PB: ses 'Natures Mortes cubisantes' avec ses lettrés...

OC : dans la mesure où le peintre instaure la forme géométrique comme un élément de traduction du réel, il peut se pencher sur d'autres moyens de dire la réalité, comme les notes de musique, les lettres, les mots, les chiffres... qui accusent le plan, à la manière de ce que font BRAQUE et PICASSO une décennie avant lui.

En outre, il exprime un parti pris politique très engagé en prenant comme sujet le journal 'L’Œuvre' ( quotidien 'de gauche' à l'époque de Pierre HODÉ, qui parut de 1904 à 1946 - ndlr).

PB : puis, sa 'Nature-Morte à la mappemonde', l'une des dernières, un concentré daté de 1931...

OC : nous sommes devant autre chose que du cubisme.

Bien qu'il subsiste une logique qui vient du cubisme avec une simplification et une radicalisation des formes qui flottent dans l'espace, cependant on n'a plus ce jeu de géométrisation explosée : il y a unité du motif, motif qui devrait se voir brisé, fragmenté, démonté, aplani ou en collusion avec d'autres motifs et où l'indice fait sens. Ici, les motifs sont bien séparés.

Par contre, il y a une idée du purisme qui rejoint les recherches d'autres artistes des années 1930 qui choisissent une modernité plus sage. Je pense à MORANDI (Giorgio MORANDI, peintre italien, 1890-1964 - ndlr) qui aboutit aux mêmes conclusions : retour au réalisme, à l'ordre ; retour à un certain classicisme. Vous voyez ce plâtre 'à l'antique' dans la composition : c'est une volonté probante de citer les sources anciennes de l'Art, et de s'inscrire dans la tradition et non plus dans la rupture ! Idem avec ces instruments d'architecte !

Nous sommes au-delà du cubisme. C'est un 'après cubisme'.

PB : tournons-nous vers sa 'Rue de l'épicerie à la cible', si vous le voulez bien (retrouver dans l'article précédent - interview de F.LESPINASSE par P.BUYCHAUT )

OC : c'est évidemment très marqué par DELAUNAY ! Ce dernier produit ses 'Formes Rayonnantes' dans les années 1910, et aboutit à ses 'Rythmes' dans les années 1930.

Pierre HODÉ n'intègre pas encore ici, la fragmentation coloriste que DELAUNAY emploiera plus tard, ni son intensité chromatique. Le sujet est ici respecté. Et la description figurative l'emporte sur la dislocation future de DELAUNAY En même temps, il réactive un sujet traditionnel, typique qui, depuis le XVIIIème siècle, est devenu un motif emblématique rouennais. Pierre HODÉ revisite ce sujet et se le réapproprie dans un discours moderne.

Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

'le Port de Rouen' par P.HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen (don Galerie LAROCK-GRANOFF - 1996)

'le Port de Rouen' par P.HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen (don Galerie LAROCK-GRANOFF - 1996)

Voir les commentaires

LES VOEUX DU PRESIDENT

8 Janvier 2015, 16:09pm

Publié par le webmaster

Léon-Jules LEMAÏTRE les bords de Seine à Croisset - Coll. Les Amis de l'Ecole de ROUEN

Léon-Jules LEMAÏTRE les bords de Seine à Croisset - Coll. Les Amis de l'Ecole de ROUEN

Cher(e) Ami(e) Membre,

Permettez-moi de vous présenter tous mes meilleurs voeux de santé, de prospérité et de découvertes artistiques pour cette année 2015 qui commence.!!!

Depuis sa création en 2008, notre site Internet a vu le nombre de ses rubriques s’enrichir et je ne saurai trop vous encourager à lui rendre régulièrement visite afin de suivre au mieux l’évolution de nos projets (L’année 2014 a été marquée par le prêt par plusieurs membres de l’Association d’œuvres montrées au Japon puis en Corée du Sud dans le cadre de l'exposition 

« l’estuaire de la Seine, l’invention d’un paysage ».

Le Musée des Beaux Arts de Rouen a commencé en Novembre 2014 sa troisième exposition consacrée au «temps des collections». Une des salles est réservée à Pierre HODÉ et notre Association a joué un rôle très actif dans la mise à disposition d’une partie des œuvres retenues.

À ce sujet, il est important de préciser qu’un ouvrage consacré à Pierre HODÉ (avec plus de cent reproductions de tableaux) a été réalisé par François LESPINASSE, et exclusivement financé par notre Association.

 Je ne saurai trop insister sur la qualité de cet ouvrage et sur l’espoir que vous serez nombreux à le commander (à l'adresse A.E.R. ci-dessous) au prix de 20 € (frais d’expédition compris).

Par ailleurs, nous continuons également, non sans difficultés, notre recherche d’une salle à Paris pour nous permettre de mettre en lumière les plus belles toiles de nos chers Artistes.

Enfin, le moment est arrivé de penser à renouveler votre cotisation pour l’année 2015. Vous savez combien cette contribution est indispensable au bon fonctionnement de l’Association. Le montant de votre participation est toujours de 20 Euros.

Je vous remercie par avance pour votre prochain règlement à établir à l’ordre de l’AER (ou Amis de l’Ecole de Rouen).

 Vous renouvelant mes vœux pour cette nouvelle année, je vous prie de croire, cher(e) Ami(e) Membre, en l’expression de mes sentiments cordiaux.

Jean-Claude DELAHAYE

Président de l’Association  LES AMIS DE L’ECOLE DE ROUEN

Association régie par la loi de 1901                                                                          

437 rue de Griolet

76320 Saint-Pierre-lès-Elbeuf

Tel: 02 35 81 17 71 - 06 13 50 46 30

 http://lesamisdelecolederouen.over-blog.com

NB : Les adhérents nous ayant rejoints depuis le 01.09.2014 ne sont pas concernés par l’appel à cotisation.  

 

nota bene  du Webmestre - pour des raisons liées à certaines contraintes du serveur over-blog que nous utilisons, les images que nous insérons dans le texte, ne s'ouvrent que si le site a été lancé avec le navigateur MOTZILLA-FIREFOX (et après clic gauche sur le mot de passe OK qui apparaît dans une fenêtre sur votre écran - identifiant le site privé hébergeur de nos images sur le net ). -  BONNE ANNEE !                                                                                             

Voir les commentaires

interview par Pierre BUYCHAUT de François LESPINASSE (14)

20 Décembre 2014, 15:02pm

Publié par le webmaster

A peine avons-nous interviewé Madame DUC, petite fille de Pierre HODÉ, et Madame PHILIPPE-MAILLE, filleule et nièce de Pierre HODÉ, que nous rencontrons François LESPINASSE dans cette même salle d'exposition consacrée à Pierre HODÉ par le Musée des Beaux-arts de Rouen.

Edité par notre Association des Amis des Peintres de l'Ecole de Rouen, un ouvrage est sorti des recherches récentes de François LESPINASSE sur notre peintre *.

* Pierre HODÉ par F.Lespinasse, en vente - 20€ au Musée des Beaux-arts et à la Librairie L'Armitière de ROUEN 

interview par Pierre BUYCHAUT de François LESPINASSE (14)

Pierre BUYCHAUT : nous voilà devant 25 toiles de Pierre HODÉ...

François LESPINASSE : C'est un travail remarquable de réunir 25 œuvres dans cette petite salle et j'en suis, comme vous pouvez le constater, tout ému ! Le Musée de Honfleur, en son temps, en avait réuni une soixantaine de numéros (Musée Eugène BOUDIN de Honfleur du 04 juillet au 27 septembre 1987, NDR). La sélection du Musée de Rouen est absolument brillante !

Pierre BUYCHAUT : peut-on s'arrêter sur une œuvre qui vous tient à cœur ?

François LESPINASSE: non, tout est sympathique et il y a des choses de grande qualité.

Pierre BUYCHAUT : Pierre HODÉ à ses débuts ? Il est autodidacte...

François LESPINASSE : on situe ses premières toiles, ses premières hésitations, vers 1909, il a 20 ans. Et de 1909 à 1914, il regarde évidemment du côté de PINCHON (Robert-Antoine PINCHON, 1886-1943, NDR), mais également du côté de DUMONT (Pierre DUMONT, 1884-1936, NDR) à qui il doit tout, comme il le dira avec beaucoup d'humilité. Mais de tous les artistes qu'il a fréquenté, c'est indiscutablement PINCHON qui lui a mis le pied à l'étrier et qui lui a apporté le plus au niveau pictural et surtout au niveau chromatique.

Pierre BUYCHAUT comme cette 'Maison Bleue' ?

François LESPINASSE : oui, cette composition est superbe ! Il y a recherche de tons et d'équilibre dans la composition, et cette toile montre toutes les hésitations d'un Pierre HODÉ débutant. Il est confronté, à cette époque, à tous les tumultes de la 'Société Normande de Peinture Moderne' (Société artistique créée par Pierre DUMONT en juin 1909 ; Robert-Antoine PINCHON en est membre du bureau, NDR). On voit bien, qu'à cette époque, il veut assimiler la leçon de Lebourg (1849-1928), comme celle de Joseph DELATTRE (1858-1912) et celle de Charles FRECHON (1856-1929). C'est un très beau début !

"la Maison Bleue" -collection particulère"

Pierre BUYCHAUT : allons, si vous le voulez bien, devant la série des Portraits dont celui, très brutal, du boxeur BRETONNEL, champion d'Europe en 1924 et qui met fin à ses jours en 1928 à l'âge de 23 ans.

François LESPINASSE : c'est un portrait que je connais depuis très longtemps. Celui-ci vient d'une collection particulière normande. Je tiens à rappeler qu'un pharmacien installé à Montmartre, Victor BOSSUAT, ami de Félix FÉNÉON mais aussi de Pierre HODÉ, a légué en 1935 au Musée de Nevers, parmi des œuvres magnifiques, un 'Boxeur Bretonnel' de HODÉ et une très très belle 'Lieutenance de Honfleur' absolument superbe et tout à fait remarquable !

Pierre BUYCHAUT : on peut dater ce portrait juste après son trophée européen ?

François LESPINASSE  : oui, oui, de 1925.

Pierre BUYCHAUT  : et Pierre HODÉ avait entrepris son expérience cubiste quelques années auparavant ?

François LESPINASSE : dans les années 1922.

Cette œuvre est la parfaite représentation de la période de 1924 – 1925 où il a été au plus haut niveau du 'synthétisme' et non pas du 'cubisme', car je pense que cette structure de composition ne possède pas de grande attache avec le 'cubisme', mais une recherche synthétique des formes qui est unique en son genre. Il n'a, alors, copié qui que ce soit !

On peut évidemment le rapprocher de Robert et Sonia DELAUNAY à un moment, avec ses compositions concentriques.

Pierre BUYCHAUT : comme la composition 'à la cible'

François LESPINASSE : je connais 3 tableaux 'à la cible'. Ce 'rue de l'épicerie à la cible' est un très bel exemple et une belle performance d'avoir pu le recueillir. C'est un tableau que je connais depuis 35 ans.  C'est ce qui me fait dire que plus d’œuvres réunies permettraient une vision beaucoup plus pointue de cet artiste totalement méconnu. Car, son œuvre peint est quantitativement très limité puisqu'on  le donne autour de 450 numéros, et une rétrospective en en réunissant 80 voire 100, serait absolument prodigieuse !

"la rue de l'épicerie" - collection particulière

Et j'ajouterais que si le fils de Pierre HODÉ, Pierre DUCENNE, n'avait pas donné un tableau au Musée de Rouen ('Remorqueurs à Conflans-ste-Honorine', 80x100, 1923, don en 1979, NDR), nous pouvons être certains que cet artiste serait resté très confidentiel !

Pierre BUYCHAUT  : vous nous citez ce tableau de Conflans. Alors, cette série de ports ?

FL : Il a habité à Paris à partir de 1913 à l'initiative de DUMONT et a réalisé de bords de Seine. A la fois de Paris et jusqu'à l'estuaire. Ce serait un thème intéressant à développer, car ses œuvres sont toujours réussies.

"la Lieutenance d'Honfleur" (coll.part.)

"la Lieutenance d'Honfleur" (coll.part.)

Pierre BUYCHAUT : et Honfleur ?

François LESPINASSE : Pierre HODÉ a séjourné plusieurs fois à Honfleur, car dès les premières expositions de la 'Société Normande de Peinture Moderne', il montre une 'Lieutenance' de Honfleur. Et puis, en 1924, il passe 6 mois à Honfleur puisqu'il tient la gérance du 'Café de Paris' voisin de 'l’Hôtel de France'. Il entame alors une série de Ports et de Lieutenance de Honfleur tout à fait exceptionnelle !

C'est incontestablement la plénitude de l’œuvre peint de HODÉ. C'est le moment où il est le plus créatif, et où il atteint l’approfondissement de ses recherches ! Là aussi, cette période honfleuraise mériterait une étude à part entière.

Pierre BUYCHAUT : et terminons par le 'Théâtre Synthétique'

François LESPINASSE : c'est une période qui mériterait d'être beaucoup mieux étudiée ! Car, après les années folles, il y a cette période des années 1930 durant lesquelles il rentre "en somnolence", quittant peu à peu la peinture pour se consacrer au développement des éléments structuraux de décors de théâtre. C'est une période importante de sa vie artistique.

Pierre HODE

photographie

Propos recueillis par Pierre Buychaut

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>