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Les Amis de l'Ecole de Rouen

Interview de Madame Marie-Claude COUDERT par Pierre BUYCHAUT

10 Avril 2015, 13:11pm

Publié par le webmaster

Marie-Claude COUDERT devant les portraits de Pierre HODE de l'Exposition du MBA

Marie-Claude COUDERT devant les portraits de Pierre HODE de l'Exposition du MBA

 

Attachée de Conservation au Musée des Beaux Arts de Rouen et chargée de Documentation et Edition, Marie-Claude COUDERT est l'auteur de nombreux ouvrages d'Art.

Elle s'est fortement impliquée dans cet hommage rendu à Pierre HODÉ. C'est ainsi que notre Association travaille depuis plus d'un an avec Marie-Claude COUDERT, sous l'autorité de Sylvain Amic, Directeur des Musées de ROUEN, à la réalisation de cette exposition.

Et, lors de notre entrevue, Madame COUDERT nous a fait part de son attirance pour les portraits mis en page par Pierre HODÉ.

Pierre BUYCHAUT:  je sais que vous êtes très sensible aux portraits composés par Pierre HODÉ.

Marie-Claude COUDERT : nous sommes très heureux de pouvoir présenter une section de portraits par Pierre HODÉ car la figure humaine, est absente dans la quasi totalité de son œuvre !

Et cependant, on voit, avec les 4 œuvres accrochées ici, que Pierre HODÉ est un excellent portraitiste ! Mais un portraitiste très singulier dans la mesure où il ne recherche pas le détail physique caractéristique de son modèle, mais qu'il en révèle la personnalité par le choix de la technique picturale qu'il adopte.

PB : expliquez-nous cela ?

MCC : regardez les 2 œuvres sur papier, son autoportrait et le portrait d'Alice TORCHY sa filleule ; dans le premier, à la sanguine, le visage buriné est traité de manière cubisante dans la répartition du volume par plans, alors que celui d'Alice est un dessin vraiment ingresque, tout d'abord par le choix du papier vergé, et puis par le modelé au crayon noir, les courbes souples, enfin toute la féminité et la grâce du modèle révélées par le choix de la technique.

PB : et les 2 huiles ?

MCC : Tout d'abord le sublime portrait, d'un format important, du boxeur Fred BRETONNEL, une gloire des rings des années 1920 et qui a mis fin à ses jours en 1928.

Nous sommes en face d'un personnage sombre tourmenté. Les coloris sont bruns et le fond clair fait ressortir les plages lumineuses du visage, lui traité en plans découpés très cubisants.

PB : mais ce ne sont pas les facettes cubistes de PICASSO par exemple...

MCC : avec Pierre HODÉ, le Cubisme n’est jamais loin, mais lui-même ne se revendiquait pas peintre Cubiste ! Il se savait dans la mouvance et, à l'instar de son approche du Fauvisme, il capte ce qui l'intéresse pour en faire son "miel". Ce qui fait son style personnel.

Ainsi, dans ses portraits, il n'existe pas de déformations du modèle, mais simplement une épuration des formes qui se réduisent à des figures géométriques simples. De plus, la perspective est respectée.

PB : considérez-vous Pierre HODÉ unique dans son genre ou peut-on le rapprocher d'autres peintres et je pense à METZINGER (Jean METZINGER 1883-1956 NDlR)

MCC : METZINGER ou LA FRESNAYE (Jean DE LA FRESNAYE 1885-1925 NDlR), peut-être... Mais je crois que Hodé est assez unique en son genre. Et cette manière de traiter le sujet se retrouve dans toutes ses œuvres quel qu'en soit le thème ! En fait, il construit toujours son œuvre de manière architecturée très stricte, en équilibrant l'importance des formes – de leur surface – et des valeurs – c’est-à-dire des couleurs claires et foncées – et composant toujours à partir d'éléments réalistes identifiables qui donnent au tableau son caractère et son sens. Pourtant  cela n'est jamais une construction réaliste.

Cette approche lui est totalement personnelle !

PB : enfin, quatrième portrait de structure de nouveau différente, "Le Buveur"..

MCC : pas tant dans la structure que dans le sens à donner à l’œuvre. Comme je vous l'expliquais précédemment, le choix de la technique révèle l’identité profonde du personnage représenté, sa personnalité profonde, que l'on reconnaît sans que le peintre ait recours à tel ou tel artifice physique, si je puis dire !

PB : et "Le Buveur" est-il donc réellement un portrait ?

MCC : eh bien, non !

Car ce n'est pas une personne identifiée et identifiable, c'est une typologie : Le Buveur attablé au bistrot ! On sait que HODÉ a tenu un café à Honfleur à partir de 1924 et qu'il fréquentait ce monde.

Il représente une figure humaine, cette fois-ci en buste, découpée en plans très géométriques et, pour le coup, très proche de DE LA FRESNAYE. Quant au paysage d'arrière plan, Pierre HODÉ ne cherche pas à le déterminer.

PB : c'est donc un portrait dépersonnalisé ?

MCC : je ne crois pas qu’il s’agisse d’un portrait même d’un portrait allégorique car HODÉ fait avant tout œuvre de peintre, c'est à dire qu'il agence formes et couleurs. Partant de là, il ne cherche pas à insuffler des conceptions sociologiques ou moralisatrices, ou même psychologiques : l'aspect plastique, uniquement, compte.

PB : en allant plus avant, pourrait-on parler d'autoportrait, puisque l'on sait que Pierre HODÉ fréquentait le monde des bistrots ?

MCC : Non, c'est abusif ! Il est impossible de reconnaître le modèle ! Or, c'est une œuvre très aboutie, l'une des plus abouties. Si HODÉ s'est pris comme modèle, c'est plus comme un exercice du traitement de la figure humaine, comme un pianiste fait ses gammes.

PB : cette salle d'exposition pour les portraits de Pierre Hodé se prête à merveille, puisque nous sommes dans la Salle Jacques-Emile BLANCHE, portraitiste universellement reconnu pour la justesse de son rendu psychologique.

MCC : alors, Jacques-Emile BLANCHE était un véritable portraitiste qui rendait fidèlement les traits et caractéristiques de ses modèles. Ce qui l'intéressait, était de révéler leur personnalité et, pour cette raison, il a reçu beaucoup de critiques de la part de modèles qui ne voulaient pas se voir tel qu'ils étaient en réalité, alors que ses contemporains reconnaissaient la véracité de sa perception.

Une chose est certaine, Pierre HODÉ n'a pas réalisé de portraits de commande. Y compris celui de Fred BRETONNEL, car HODÉ était un fan de boxe et amateur lui-même et il devait bien connaître Jean BRETONNEL, frère aîné et entraîneur de Fred.. Il n'a donc pas résisté au plaisir de faire le portrait du tout nouveau champion d'Europe ! D'autant plus que le visage d'un boxeur, avec tout ce qu'il peut comporter comme déformations dues aux ecchymoses d'un combat, incite au traitement cubisant par un peintre de cette mouvance !

GUÊPE 37( 55x38-coll.part. et les REMORQUEURS ( 80x100 -1923) - don en 1979 au MBAR de Pierre DUCENNE, fils de P. HODEGUÊPE 37( 55x38-coll.part. et les REMORQUEURS ( 80x100 -1923) - don en 1979 au MBAR de Pierre DUCENNE, fils de P. HODE

GUÊPE 37( 55x38-coll.part. et les REMORQUEURS ( 80x100 -1923) - don en 1979 au MBAR de Pierre DUCENNE, fils de P. HODE

PB: D'autres portraits de buveurs sont représentés dans les scènes de café peintes par HODÉ à Conflans-Ste-Honorine. Nous en avons 2 exemples ici.

MCC : C'est exact : 'Guèpe 37' (55x38, coll. part., NDR) et 'Les remorqueurs' (80x100, 1923, don en 1979 du fils de Pierre HODÉ, Pierre DUCENNE, au Musée des Beaux Arts de ROUEN, NDlR).

Ici, les 2 buveurs, les 2 mariniers, ont un regard. Un regard intéressant, car ils se trouvent à l'intérieur du café comme on peut le déduire de l'enseigne inscrite à l'envers sur la vitrine. Les mariniers portent leurs regards sur nous-mêmes spectateurs, qui nous trouvons, de ce fait, immergés également à l’intérieur de ce café. On retrouve, de plus, l'inclusion de textes, ce qui est très moderne et très proche de Juan GRIS (peintre cubiste 1887-1927, NDR), qui fut, il ne faut pas l'oublier, un ami très intime.

PB : Je crois, d'ailleurs que vous tenez une anecdote à ce sujet.

MCC : Oui, oui...Juan Gris possédait un charme fou, un vrai séducteur ! Quand il était invité chez les HODÉ, et qu’Alice TORCHY, la filleule de Pierre HODÉ, faisait la vaisselle, Juan GRIS lui racontait des histoires qui la subjuguaient à tel point qu'afin de prolonger le plaisir et éviter de l’interrompre, Alice refaisait la vaisselle plusieurs fois de suite!

Belle anecdote qui prouve bien l'amitié de Pierre HODÉ et de Juan GRIS, et qui m'a été racontée par la famille.

Certes, Pierre HODÉ est rattaché à "L'École de ROUEN" car né à ROUEN, et qu'une partie de son œuvre concerne notre ville, mais il a fréquenté un milieu essentiellement parisien. Et, contrairement à la plupart des artistes de l'École de ROUEN, Pierre Hodé n'a pas peint 'sur le motif', à part, peut-être, ses tout premiers croquis. C'est vraiment un peintre d'atelier.

PB : pour en revenir à ces intérieurs de café, peut-on dire qu'il y a également quelques messages ou éléments d'identification cachés de la part du peintre, comme ce calendrier à feuilles volantes  découpé par le bord de la toile, qui donnerait un semblant de datation, juillet 1925, ou ce drapeau belge ?

MCC : à mon avis, ces drapeaux sont des jeux de coloriste, comme ces cheminées de remorqueurs avec les couleurs des compagnies. Peut-être est-ce une manière d'évoquer l'odeur de genièvre des estaminets du nord ?

Dans le second tableau ("Remorqueurs" de 1923), Pierre HODÉ amène une mention plus explicite avec le journal "L’Œuvre", ainsi qu'avec les jeux de cartes et de dominos, typiquement des jeux de café, sans parler de la pipe et de la bouteille. C'est incontestablement une référence à la tradition de la Nature Morte hollandaise.

PB : Une vanité ?

MCC : Oui, c'est une référence aux 5 sens.

PB: Pas la perversion de la boisson ou des jeux ?

MCC : non, je ne crois pas. Uniquement les 5 sens : le goût, l'odorat, le toucher, la vue et l’ouïe avec le choc des dominos entre eux sur le tapis vert ! Peut-être également l'argent derrière les jeux de cartes.

PB : selon vous, quelle est la meilleure période de création de Pierre HODÉ ?

MCC : les années 1920 qui constituent le temps fort de son œuvre !

PB :  HONFLEUR ?

MCC : Il est arrivé à Honfleur pour des raisons pécuniaires. La vie à Paris était devenue très difficile et la gérance de son petit café lui donnait plus d’indépendance financière et donc plus de liberté pour son art. D'autre part, sur les cartes postales des décors qu'il a réalisés pour le café de Paris et ceux de l'Hôtel du Cheval Blanc, on voit vers quels motifs il se dirige. Ce sont des décors très audacieux ! Regardez cette esquisse au crayon graphite, figurant l'arrière-plan du port, les éléments du voyage, les noms d'artistes et d'écrivains liés à ce thème et à celui de "L'ailleurs" avec le globe terrestre et la longue vue. On y retrouve sa manière très structurée de composer. C'est également à cette époque qu'il réfléchit aux décors synthétiques pour le théâtre.

Malheureusement, Pierre Hodé, de santé très fragile, disparaît alors que sa peinture s’orientait vers quelque chose de très intéressant. Après avoir reçu une commande pour l'Exposition Universelle de 1937, on le voit se diriger une abstraction beaucoup plus radicale, dans laquelle il intégrait toutes les influences qu'il avait volontairement puisées à la fois chez Juan GRIS ou chez Fernand LÉGER, notamment dans les signaux de l’univers ferroviaire et les signalétiques urbaines. Il aurait, probablement approfondi ses recherches dans cette voie.

PB : parlez-nous de cette exposition de 1937.

MCC : Conservée aux Archives des Musées Nationaux, se trouve une lettre rédigée par Robert DELAUNAY qui montre bien que c'est ce dernier qui a posé sa candidature en 1936 ! Il écrit alors : « Ce n’est plus un secret que presque tous les artistes tirent la langue ! ».

Lorsque Léon BLUM est arrivé au pouvoir, il a demandé à ce que l'on fasse appel en priorité à des artistes au chômage. Et, compte tenu de la sensibilité artistique de Léon BLUM, les décors cubistes ou abstraits furent privilégiés. De plus, il fallait faire contre-poids aux 2 grosses « pâtisseries » néo-classiques, et même passéistes dans leur conception : le pavillon de l'Allemagne et celui de l'Union Soviétique ! Albert SPEER, proche de HITLER, était l'architecte du pavillon germanique, et BORIS IOFAN, (1891-1976, NDlR), pur représentant de l’architecture stalinienne, celui de l'URSS. Le mot d'ordre était de faire de PARIS une Ville-Lumière, une ville de la couleur. Dans sa lettre de candidature, Robert DELAUNAY énumère un certain nombre de travaux qu’il a réalisés, dont un décor privé pour un certain Docteur VIARD, l’un des principaux mécènes de Pierre Hodé. Et je pense que c’est le Docteur VIARD qui a suggéré le nom de Pierre HODÉ à DELAUNAY

                                                                                     portrait du Dr VIARD

PB :les 2 peintres sont-ils restés en contact par la suite ?

MCC : une lettre de Pierre HODÉ à Robert DELAUNAY de cette qui utilise le tutoiement témoigne d’une  certaine intimité artistique. Je n'en sais pas plus car je n'ai pas retrouvé de lettre officielle de commande, ni dans les Archives des Musées Nationaux ni à la Bibliothèque KANDINSKY. En revanche, j'ai retrouvé la somme qui a été payée aux artistes, règlement calculé en fonction de l'importance de leurs travaux, uniquement, approche très égalitaire.

PB : quelques mots sur les compositions "à la cible" ?

MCC : elles sont vraisemblablement de la même époque...

PB : pourtant données autour de 1922...

MCC : A mon avis, et comme il apparaît lorsqu’on les rapproche de l’esthétique des œuvres du Pavillon des Chemins de Fer (y compris celles de DELAUNAY), elles sont un peu plus tardives ! Ces grands aplats de couleur des compositions "à la cible'"se retrouvent dans les recherches de Pierre HODÉ pour la réalisation des décors de 1937.

PB : les fameux "RYTHMES Mécaniques".

MCC : Pierre HODÉ a réalisé 2 panneaux pour le décor du Pavillon des Chemins de Fer de l’Exposition Universelle de 1937. Il a choisi la "Locomotive 3615" qui existe vraiment, dont on a une photo "mise au carreau" par HODÉ. Les toutes premières esquisses sont relativement réalistes et précises, puis il épure sa vision au fur et à mesure que ses recherches progressent. Au sein des éléments mécaniques de la locomotive, il intègre des signalisations colorées chères aux compositions de Fernand LÉGER. Comme pour le modelé noir et blanc des tuyauteries. Le fonds, quant à lui, est assez neutre dans les premières pensées. On remarque, dans l’œuvre définitive, une présence beaucoup plus massive de la couleur. Ce qui avait dû lui être spécifiquement demandé, à mon avis, afin de répondre au programme général imposé aux artistes.

 

                                                                     Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

HODE-RYTHMES MECANIQUES -HST - extrait de l'ouvrage de F.LESPINASSE -P.HODE-Planète Graphique-2014

HODE-RYTHMES MECANIQUES -HST - extrait de l'ouvrage de F.LESPINASSE -P.HODE-Planète Graphique-2014

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Interview de Madame C. MORIN-DESAILLY par Pierre BUYCHAUT

6 Mars 2015, 10:18am

Publié par le webmaster

             sous-bois de Charles FRECHON, extrait de l'ouvrage de F. LESPINASSE / Charles et Michel FRECHON - Rouen 2004 - p. 45

sous-bois de Charles FRECHON, extrait de l'ouvrage de F. LESPINASSE / Charles et Michel FRECHON - Rouen 2004 - p. 45

Nous rencontrons, ce 12 décembre 2014, Madame Catherine MORIN-DESAILLY.

Adjointe au Maire de Rouen, Chargée de la Culture de 2001 à 2008, Madame MORIN-DESAILLY est élue Sénatrice de Seine Maritime depuis 2004.

Pierre BUYCHAUT : parlez-nous de Rouen et son École de Peinture.

Catherine  MORIN-DESAILLY: je dirais, tout d'abord, que Rouen, jadis la deuxième ville du Royaume, est une vraie ville d'Art, de Culture et de Patrimoine et que cela s'est toujours traduit par la présence d'artistes, écrivains, musiciens, gens de théâtre. Le mouvement de la peinture n'a pas échappé à ce foisonnement artistique. Notre région a, par ailleurs, toujours attiré de nombreux peintres dont des célébrités.

Pierre BUYCHAUT : et plus personnellement ?

Catherine MORIN-DESAILLY : Je suis très sensible à l'Art de la Peinture. Tout simplement, j'ai été baignée dedans.

Mon grand-père, Jacques MORIN, Avoué de profession, pratiquait en amateur la peinture et fut élève de Ch. FRECHON ! Il côtoya donc tous ces peintres de l'École de Rouen dont j'ai vu, petite fille, beaucoup de toiles chez ma grand-mère.

Pierre BUYCHAUT : que vous évoque cette peinture ?

Catherine MORIN-DESAILLY : C'est une peinture très intéressante car elle témoigne, tout d'abord, de la vitalité artistique rouennaise liée aux grands mouvements nationaux. Celle-ci s’est beaucoup appuyée sur notre École des Beaux Arts de Rouen qui a toujours été un lieu de rencontre et de formation.

J'y suis particulièrement attachée car j'ai été Adjointe à la Culture de la Ville de Rouen entre 2001 et 2008. Notre École des Beaux Arts reste pour moi une référence avec une grande qualité d'enseignement. Les étudiants qui en sortent s’insèrent parfaitement bien dans la vie professionnelle.

Pierre BUYCHAUT : vous nous parliez de la famille FRECHON que votre grand-père côtoyait...

Catherine MORIN-DESAILLY : Charles FRECHON (1856-1929) est un peintre impressionniste pour lequel le Musée de Rouen a organisé une rétrospective à l'été 2008 (1). J'avais, à l'époque, beaucoup milité pour cette manifestation, car c'est un peintre que je connais bien.

Ce qui était émouvant, c'est que cette rétrospective a mobilisé tous les Rouennais et notamment ceux qui possédaient des tableaux de FRECHON. Du coup, grâce au travail de recherche préalable, on a pu découvrir des œuvres inconnues.

Je crois que ce fût une exposition très appréciée du public qui a pu, ainsi, se réapproprier un patrimoine méconnu, et réaliser avec fierté que des artistes Rouennais ont participé au cœur de ce mouvement impressionniste, auprès d'artistes de grande notoriété à l'instar de Claude Monet.

Pierre BUYCHAUT : comment faire pour que ces artistes, dont Charles FRECHON, dépassent nos frontières régionales ?             

  Charles et Michel FRECHON

Catherine  MORIN-DESAILLY : il leur faut une vitrine. Ces rétrospectives sur un peintre ou une thématique sont l'occasion de mieux faire connaître au grand public les peintres de l'École de Rouen. Il existe aussi les publications dont celles, très précieuses, de François LESPINASSE.

Et puis, pourquoi n'utiliseriez-vous pas les moyens modernes de communication ? L'ensemble des Musées commence à employer de nouveaux moyens de communication en numérisant leurs collections afin de permettre des visites virtuelles à des internautes.

Pourquoi votre Association ne ferait-elle pas de même ? Vous pourriez constituer une plate-forme "École de Rouen", et procéder à des expositions virtuelles permanentes. Ce qui aurait également l'avantage de recenser des œuvres parfaitement inconnues du public. Les propriétaires pourraient être heureux de voir ainsi leur patrimoine reconnu.

Ch. FRECHON - autoportrait

Pierre BUYCHAUT : excellente idée ! Auriez-vous des opportunités parisiennes, je pense au Musée du Luxembourg ?

Catherine MORIN-DESAILLY : il faut tout d'abord savoir que le Musée du Luxembourg est une délégation du Service Public, et que nous ne gérons pas directement. Ce musée est géré par la Réunion des Musées Nationaux (Laurent SALOMÉ, ex-directeur des Musées de Rouen, en est un des dirigeants, NDLR). Il n’appartient pas aux sénateurs d’organiser des expositions ! Laissons place aux experts et spécialistes.

Pierre BUYCHAUT : d'autres peintres de l'Ecole de Rouen que vous appréciez ?

Catherine  MORIN-DESAILLY : j'aime bien Léonard Bordes (1898-1969).

Robert-Antoine PINCHON (1886-1943) est un grand peintre et une rue de Bois-Guillaume porte son nom, avec des vues sur Rouen qui renvoient à ses toiles magnifiques.

Pierre HODÉ est très différent (Le Musée des Beaux Arts de Rouen lui rend hommage dans le cadre du Temps des collections 2014-2015, NDLR). J'apprécie particulièrement ses toiles autour de notre activité portuaire qui témoigne de la richesse économique de la ville. J'avais participé au dévoilement d'une plaque, en tant qu'Adjointe à la Culture.

Et puis, Léon-Jules LEMAITRE et ses tableautins de Rouen.

C'est, incontestablement, une École à soutenir. Avec une vertu pédagogique où l'École de Rouen s'inscrit dans un mouvement plus général de la peinture.

Pierre BUYCHAUT  : LE TRIVIDIC ?

Catherine  MORIN-DESAILLY : oui, mon grand-père le connaissait particulièrement bien. C'est ainsi qu'il a pu réunir une très grande collection de ses dessins et caricatures des milieux juridiques.

LE TRIVIDIC (1898-1960) a également effectué des séries de portraits, de chevaux, de sportifs, des artistes et du public du Théâtre des Arts...

l'acteur LOCHARD  dans le rôle du Dr FAUST au Théâtre des Arts (coll.privée)

Ses dessins constituent une vraie mine de témoignages de la vie Rouennaise de l'époque. Pierre LE TRIVIDIC mériterait une rétrospective dans ce cadre là.

C'est en tout cas un beau défi que vous vous lancez à vouloir faire vivre le patrimoine artistique Rouennais !

(1) A consulter l'excellent ouvrage publié par le Musée des Beaux-arts de Rouen à cette occasion, sous la direction de Laurent SALOMÉ avec la collaboration de Didier BACKHUYS, Commissaire, et de François LESPINASSE (NDLR).

 Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

P. LETRIVIDIC -"Patoune" (1950) - aquar dédicacée coll. privée et "le Port de Rouen" (1935-37), aquar. gouachée 54x73sbg - coll.part. extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de RouenP. LETRIVIDIC -"Patoune" (1950) - aquar dédicacée coll. privée et "le Port de Rouen" (1935-37), aquar. gouachée 54x73sbg - coll.part. extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de Rouen

P. LETRIVIDIC -"Patoune" (1950) - aquar dédicacée coll. privée et "le Port de Rouen" (1935-37), aquar. gouachée 54x73sbg - coll.part. extrait du catalogue de l'exposition à RUEIL-MALMAISON (2011) en collaboration avec l'Assoc. des Amis de l'Ecole de Rouen

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De l'exposition japonaise de peintres de l'Ecole de Rouen

3 Février 2015, 13:14pm

Publié par le webmaster

5 oeuvres de R.A.P. PINCHON accrochées...

5 oeuvres de R.A.P. PINCHON accrochées...

Dans deux articles précédents de sa rubrique (1), notre collaborateur Hubert PRIAUCEY vous a fait partager le voyage de nos Peintres de L'École de Rouen au Japon (Albert LEBOURG, Léon-Jules LEMAITRE, Charles FRECHON, Joseph DELATTRE et Robert-Antoine PINCHON),

Il vous présente ci-dessous, dans un troisième papier, les impressions qu'Annette HAUDIQUET (2), Directrice du Musée André MALRAUX du Havre et commissaire de cette exposition itinérante (en collaboration avec BRAIN TRUST INC. TOKYO), a bien voulu lui confier à votre intention.

Nous lui adressons nos plus sincères remerciements.

Écoutons-la répondre aux questions d'Hubert.

Annette Haudiquet (photo G.OLIVIER) :

la commande japonaise était très vague : quelque chose sur la Normandie et sur l'Impressionnisme !                                           

Mais tout le monde veut traiter de la Normandie Impressionniste et je leur ai suggéré qu'il fallait raconter une histoire plus large. Or, en 2009, avec les Musées de Caen, Rouen et Le Havre, nous avions déjà fait cette démarche (Voyages Pittoresques - ndlr), sur laquelle nous nous sommes reposés cette fois-ci. Et en y ajoutant Raoul DUFY qui est, pour moi, le Peintre de l'Estuaire de la Seine ! Comme BOUDIN auparavant.

H.PRIAUCEYalors cette histoire ?

AH : elle débute avec les Anglais et les Romantiques (1815-1820) pour se terminer avec la Photographie Contemporaine, en passant par l'Impressionnisme, le Fauvisme et donc l'École de Rouen qui se situe à la charnière des deux.

HP : Comment vous est venue l'idée d'incorporer l'École de Rouen?

AH : Ce sont les œuvres que j'avais repérées en 2010 au Musée de Rouen lors de Normandie Impressionniste. Dès lors, j'ai demandé vos coordonnées à Sylvain AMIC (Directeur des Musées de Rouen). Et puis, j'avais travaillé avec Bernay et Cédric PANNEVEL (Directeur du Musée des Beaux Arts de Bernay - ndlr) m'a également orienté vers votre Association, dont il m'a vanté la générosité de vos prêts.

HP: quelle place leur accordez-vous dans l'exposition ?

AH : à mon avis, ils ont un parcours parallèle à Félix VALLOTTON et les premières œuvres de FRIESZ et même DUFY. On est à la charnière du XIXème et du XXème siècle et ces peintres s'affranchissent du traitement particulier de la lumière pour se tourner vers la couleur. Ce qui est encore plus manifeste chez VALLOTTON (voir ci-dessous), avec un travail de simplification,travail, d'ailleurs, qui ne s'effectue plus sur nature mais à l'atelier, c'est à dire de mémoire ou à partir de photographies !

HP : d’où votre choix du fauve PINCHON, plus que des impressionnistes LEBOURG et FRECHON...

AH : alors, il faut bien comprendre que cette histoire, cette exposition, s'étale sur presque deux siècles puisque l'on part de 1820 à aujourd'hui. D'autre part, les lieux d'exposition ne sont pas très larges, en tout cas celui du SOMPO de Tokyo. Ces deux critères ont fait qu'il a fallu resserrer le propos et élaguer à plusieurs reprises. J'ai beaucoup insisté pour que L'École de Rouen marque la transition Impressionnisme – Fauvisme.

HP : J'aurais tendance à penser que vos confrères japonais ne connaissent que très peu, voire pas du tout, notre École de Rouen. Quelles ont été leurs réactions ?

AH : eh bien, là bas sur place, ils ont vraiment été saisis !! Ils ne connaissaient pas PINCHON, et ça les a vraiment sciés !! Donc mon choix les a convaincus. Et mon homologue du SOMPO, Madame Shôko KOBAYASHI, m'a fait part de son saisissement en découvrant, de visu, les œuvres de PINCHON. Plus que celles de FRECHON. Cela vient du fait qu'ils aiment beaucoup l'art, et surtout les compositions colorées. De la même façon, ils ne croyaient pas du tout à Henri de SAINT-DELIS et c'était intéressant à recontextualiser aussi dans son époque et dans son parcours.

HP : et votre choix en général ?

AH : plus de la moitié de l'exposition vient de collections publiques normandes et donc c'est une vraie promotion de notre patrimoine régional ! Cette expo débute par deux textes sur le Musée du Havre et celui de Honfleur, qui sont les deux plus gros prêteurs avec près de 17 œuvres chacun (l'AER prête 12 tableaux : 10 de l'Ecole de Rouen + 1 BOUDIN + 1 LAPOSTOLET - ndlr) et qui sont, de plus, de part et d'autre de l'estuaire de la Seine, sujet de l'exposition !

J'ajoute, pour anecdote, que ''l'estuaire'' est totalement exotique pour nos confrères japonais. C'est une donnée géographique inconnue pour eux : un fleuve remonté par la mer, ce que cela autorisait et interdisait par la même frontière que cela peut représenter, la voie de pénétration vers la capitale... C'est un sujet qu'ils ont choisi.

Ils attendent 40.000 visiteurs pour la 1ère étape à Tokyo, visiteurs qui vont découvrir sur les cartels les noms des Musées prêteurs du Havre, de Honfleur, de Rouen, de Caen, de Trouville, de Bernay, etc... et donc une réelle densité de patrimoine normand. Et que cela leur donne envie de découvrir les vrais paysages typiques et la richesse des collections publiques normandes.

En résumé, il y a là une belle carte de visite laissée !

HP : à votre avis, que représente notre région pour les japonais ?

AH : ah! Vous ne pouvez pas vous y imaginer à quel point ils sont fous de Normandie !! La Normandie résonne de toutes sortes de fantasmes ! Par exemple, j'ai vu des publicités japonaises qui prenaient en référence le Mont Saint-Michel pour promouvoir une recette aux œufs car, pour eux, le Mont Saint-Michel, c'est également les plaisirs de la table avec la fameuse Mère Poulard !

HP : très étonnant à nos yeux...

AH : oui, oui ! Et lorsque mes deux homologues directeurs des Musées de Tokyo et de Hiroshima, Madame Shôko KOBAYASHI et Monsieur FURUTANI, sont venus en France au printemps afin de procéder à des repérages, ils ont découvert des paysages exotiques pour eux. Je les entendais s'exclamer devant des chênes, des hêtres ou des coquelicots et ils prenaient tout ce qu'ils pouvaient en photo ! Et des données purement physiques : je les ai vu s'arrêter net sur les falaises qui dominent l'estuaire et trouver que Le Ciel était ici immense !

HP : … ?

AH : car ils n'ont pas le même ressenti. Le Japon est une île volcanique et il y a toujours une nature préservée avec des montagnes abruptes qui empêchent toute implantation humaine ; une nature hostile ! Et des forêts sombres, noires, impénétrables, pleines d'esprits... Leur ciel est toujours coupé par cette nature.

HP : et quid de l'étape en Corée ?

AH : les Coréens ont une approche différente. Déjà, ils se sont entichés de CORCOS ; ils vont en faire leur œuvre phare (Vittorio CORCOS -1859/1933 - est un peintre italien portraitiste mondain, à rapprocher de Ernest-Ange DUEZ (voir ci-dessous à droite); la toile de DUEZ, prêtée par le Musée de Rouen, bénéficie d'un accrochage de choix au SOMPO - ndlr) ! Vous avouerez que CORCOS,  prêté par Honfleur, n'est pas l'artiste le plus célèbre du catalogue !

(voir ci-dessus, tableau de gauche)

HP : les collections du Musée des Beaux Arts du Havre ne renferment pas, à ma connaissance, de peintres de l'École de Rouen...

AH : non, mais en fait, pas beaucoup non plus de vues du Havre et même de Normandie. Cela tient à nos collectionneurs donateurs (Edouard SENN et Charles-Auguste MARANDE, membres du Cercle d'Art Moderne du début du XXème siècle NDR) qui n'ont ni "acheté du Havre" ni "acheté de la Normandie" !! Nos collectionneurs-donateurs sont des horsains. Par exemple DUFY n'a pas été acheté par nos collectionneurs et même les MARQUET sont des vues parisiennes. Ils n'avaient pas d'ancrage havrais, même si ils étaient partie prenante dans les décisions locales. Ils ont juste acheté BOUDIN et des Ports du Havre par PISSARRO. Ils se sentaient affranchis d'un quelconque héritage régional.

HP : quels sont vos projets ?

AH : notre projet à court terme porte sur Eugène BOUDIN, dans le cadre de Normandie Impressionniste 2016. Et puis, notre projet d'importance, en 2017, correspond au 500ème anniversaire de la création de la ville du Havre.

A savoir également que SAINT-DELIS n'a jamais été travaillé...

J'ajouterais que ce genre de collaboration Muma – AER pour cette exposition japonaise, a permis de nous rencontrer, et de mieux connaître et faire connaître l'École de Rouen.

Je sais que Sylvain AMIC (Directeur du Musée de Rouen NDR) présente actuellement une expo sur Pierre HODÉ. Nous avions un Port de Dieppe de HODÉ au Musée de Calais lorsque j'en étais le Conservateur. C'est un très bel artiste.

Propos recueillis par Hubert PRIAUCEY.

 

 (1) - 1er article publié le 26/10/2014 - 2ième article le 06/11/2014  - dans la catégorie la rubrique de H.PRIAUCEY

(2) - Annette HAUDIQUET possède un DEA Histoire de l'art ; elle intègre le Musée de Calais dont elle devient le Conservateur en chef en 1993 ; Musée du Havre en 2001 ; en 2004, elle accueille la donation SENN-FOULDS.

          Nous remercions également Mme HAUDIQUET pour ses clichés du Japon.

                                                                              

 

De l'exposition japonaise de peintres de l'Ecole de Rouen

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Interview d'Olivier CLEMENT par Pierre BUYCHAUT

15 Janvier 2015, 09:58am

Publié par le webmaster

suite de Natures Mortes de Pierre HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen -

suite de Natures Mortes de Pierre HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen -

A peine après avoir remercié François LESPINASSE pour ses commentaires, nous rencontrons Olivier CLÉMENT, conférencier émérite au Musée des Beaux Arts de Rouen, toujours dans la salle Pierre HODÉ, ce même soir 26 novembre 2014 de vernissage du 'Temps des Collections 2014-2015'.

En parallèle avec ses activités muséales, Olivier CLÉMENT a enseigné l'Histoire de l'Art à l'Université de Mont-Saint-Aignan, entre 2001 et 2012.

Pierre BUYCHAUT : que représente Pierre HODÉ dans votre très large connaissance de l'Histoire de l'Art ?

Olivier CLÉMENT : Eh bien, je découvre à l'instant avec vous cet accrochage.

Ce qui est émouvant, c'est que l'on voit la trajectoire de Pierre HODÉ et pas simplement les 2 ou 3 tableaux habituellement présentés sur les cimaises du Musée. Avec ses œuvres de jeunesse puis de maturité, son passage au travers du cubisme, des œuvres qui n'ont jamais été montrées de collections privées et quasiment inaccessibles !

La réalité de son œuvre est beaucoup plus complexe et beaucoup plus dense.

 PB :vous pourriez développer ?

OC : ce que l'on connaît et que l'on retient, ce sont ses tableaux véritablement cubistes.

Les œuvres fauves qui l'ancrent vraiment encore dans 'l'Ecole de Rouen', au sens traditionnel du terme, et près de PINCHON (1886-1943), sont beaucoup moins connues. D'où l'intérêt de cette exposition.

Car, on voit bien que Pierre HODÉ, dans sa première formation d'autodidacte, est d'obédience impressionniste comme, d'ailleurs, tous les artistes de sa génération. Et de plus, quand on est à Rouen, on est obligé de passer par ce style; à travers PINCHON, il n'a pu qu'être conscient des impressionnistes plus anciens et notamment ceux de la première génération de 'L'École de Rouen'. Puis, très vite, il s'en échappe.

PB : pour arriver à ce 'Port de Rouen' cubiste, qui appartient au Musée de Rouen ?

OC : oui, mais au demeurant, pendant longtemps, cette véritable belle œuvre cubiste bien menée, n'a pas été exposée, ce qui est dommage.

En fait, Pierre HODÉ reprend une thématique classique des Peintres de 'L'École de Rouen', mais la réactive profondément ! C'est très radical par rapport à ses débuts et à ce qui se passe à Rouen à l'époque !

Car, en partant de l'impressionnisme de ses débuts, il développe la subjectivité de la couleur (le 'fauvisme' - ndlr), puis ensuite la subjectivité cubiste. C'est à dire une reconstruction géométrique, formelle et purement mentale. Nous ne sommes plus dans le constat optique et la sensibilité visuelle à la manière impressionniste, mais dans un autre discours pictural dû à une analyse et une traduction intellectuelles.

Et, de plus, chromatiquement, par son 'Port de Rouen', Pierre HODÉ renie les splendeurs colorées de l'impressionnisme et du fauvisme. Rappelez-vous les décennies de la fin du XIXème et le début du XXème siècle dominées par une politique de la couleur violente, saturée. Le cubisme jouit d'une palette beaucoup plus retreinte, basée sur des gris et des tons de camaïeux, qui est une façon d'affirmer le côté mental de ce courant pictural qui n'est pas sensuel, lyrique ou sensible.

Et, pourtant ici, Pierre HODÉ emploie une palette qui reste plausible pour le climat de Rouen !

PB: ses 'Natures Mortes cubisantes' avec ses lettrés...

OC : dans la mesure où le peintre instaure la forme géométrique comme un élément de traduction du réel, il peut se pencher sur d'autres moyens de dire la réalité, comme les notes de musique, les lettres, les mots, les chiffres... qui accusent le plan, à la manière de ce que font BRAQUE et PICASSO une décennie avant lui.

En outre, il exprime un parti pris politique très engagé en prenant comme sujet le journal 'L’Œuvre' ( quotidien 'de gauche' à l'époque de Pierre HODÉ, qui parut de 1904 à 1946 - ndlr).

PB : puis, sa 'Nature-Morte à la mappemonde', l'une des dernières, un concentré daté de 1931...

OC : nous sommes devant autre chose que du cubisme.

Bien qu'il subsiste une logique qui vient du cubisme avec une simplification et une radicalisation des formes qui flottent dans l'espace, cependant on n'a plus ce jeu de géométrisation explosée : il y a unité du motif, motif qui devrait se voir brisé, fragmenté, démonté, aplani ou en collusion avec d'autres motifs et où l'indice fait sens. Ici, les motifs sont bien séparés.

Par contre, il y a une idée du purisme qui rejoint les recherches d'autres artistes des années 1930 qui choisissent une modernité plus sage. Je pense à MORANDI (Giorgio MORANDI, peintre italien, 1890-1964 - ndlr) qui aboutit aux mêmes conclusions : retour au réalisme, à l'ordre ; retour à un certain classicisme. Vous voyez ce plâtre 'à l'antique' dans la composition : c'est une volonté probante de citer les sources anciennes de l'Art, et de s'inscrire dans la tradition et non plus dans la rupture ! Idem avec ces instruments d'architecte !

Nous sommes au-delà du cubisme. C'est un 'après cubisme'.

PB : tournons-nous vers sa 'Rue de l'épicerie à la cible', si vous le voulez bien (retrouver dans l'article précédent - interview de F.LESPINASSE par P.BUYCHAUT )

OC : c'est évidemment très marqué par DELAUNAY ! Ce dernier produit ses 'Formes Rayonnantes' dans les années 1910, et aboutit à ses 'Rythmes' dans les années 1930.

Pierre HODÉ n'intègre pas encore ici, la fragmentation coloriste que DELAUNAY emploiera plus tard, ni son intensité chromatique. Le sujet est ici respecté. Et la description figurative l'emporte sur la dislocation future de DELAUNAY En même temps, il réactive un sujet traditionnel, typique qui, depuis le XVIIIème siècle, est devenu un motif emblématique rouennais. Pierre HODÉ revisite ce sujet et se le réapproprie dans un discours moderne.

Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

'le Port de Rouen' par P.HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen (don Galerie LAROCK-GRANOFF - 1996)

'le Port de Rouen' par P.HODE - Musée des Beaux-Arts de Rouen (don Galerie LAROCK-GRANOFF - 1996)

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LES VOEUX DU PRESIDENT

8 Janvier 2015, 16:09pm

Publié par le webmaster

Léon-Jules LEMAÏTRE les bords de Seine à Croisset - Coll. Les Amis de l'Ecole de ROUEN

Léon-Jules LEMAÏTRE les bords de Seine à Croisset - Coll. Les Amis de l'Ecole de ROUEN

Cher(e) Ami(e) Membre,

Permettez-moi de vous présenter tous mes meilleurs voeux de santé, de prospérité et de découvertes artistiques pour cette année 2015 qui commence.!!!

Depuis sa création en 2008, notre site Internet a vu le nombre de ses rubriques s’enrichir et je ne saurai trop vous encourager à lui rendre régulièrement visite afin de suivre au mieux l’évolution de nos projets (L’année 2014 a été marquée par le prêt par plusieurs membres de l’Association d’œuvres montrées au Japon puis en Corée du Sud dans le cadre de l'exposition 

« l’estuaire de la Seine, l’invention d’un paysage ».

Le Musée des Beaux Arts de Rouen a commencé en Novembre 2014 sa troisième exposition consacrée au «temps des collections». Une des salles est réservée à Pierre HODÉ et notre Association a joué un rôle très actif dans la mise à disposition d’une partie des œuvres retenues.

À ce sujet, il est important de préciser qu’un ouvrage consacré à Pierre HODÉ (avec plus de cent reproductions de tableaux) a été réalisé par François LESPINASSE, et exclusivement financé par notre Association.

 Je ne saurai trop insister sur la qualité de cet ouvrage et sur l’espoir que vous serez nombreux à le commander (à l'adresse A.E.R. ci-dessous) au prix de 20 € (frais d’expédition compris).

Par ailleurs, nous continuons également, non sans difficultés, notre recherche d’une salle à Paris pour nous permettre de mettre en lumière les plus belles toiles de nos chers Artistes.

Enfin, le moment est arrivé de penser à renouveler votre cotisation pour l’année 2015. Vous savez combien cette contribution est indispensable au bon fonctionnement de l’Association. Le montant de votre participation est toujours de 20 Euros.

Je vous remercie par avance pour votre prochain règlement à établir à l’ordre de l’AER (ou Amis de l’Ecole de Rouen).

 Vous renouvelant mes vœux pour cette nouvelle année, je vous prie de croire, cher(e) Ami(e) Membre, en l’expression de mes sentiments cordiaux.

Jean-Claude DELAHAYE

Président de l’Association  LES AMIS DE L’ECOLE DE ROUEN

Association régie par la loi de 1901                                                                          

437 rue de Griolet

76320 Saint-Pierre-lès-Elbeuf

Tel: 02 35 81 17 71 - 06 13 50 46 30

 http://lesamisdelecolederouen.over-blog.com

NB : Les adhérents nous ayant rejoints depuis le 01.09.2014 ne sont pas concernés par l’appel à cotisation.  

 

nota bene  du Webmestre - pour des raisons liées à certaines contraintes du serveur over-blog que nous utilisons, les images que nous insérons dans le texte, ne s'ouvrent que si le site a été lancé avec le navigateur MOTZILLA-FIREFOX (et après clic gauche sur le mot de passe OK qui apparaît dans une fenêtre sur votre écran - identifiant le site privé hébergeur de nos images sur le net ). -  BONNE ANNEE !                                                                                             

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interview par Pierre BUYCHAUT de François LESPINASSE (14)

20 Décembre 2014, 15:02pm

Publié par le webmaster

A peine avons-nous interviewé Madame DUC, petite fille de Pierre HODÉ, et Madame PHILIPPE-MAILLE, filleule et nièce de Pierre HODÉ, que nous rencontrons François LESPINASSE dans cette même salle d'exposition consacrée à Pierre HODÉ par le Musée des Beaux-arts de Rouen.

Edité par notre Association des Amis des Peintres de l'Ecole de Rouen, un ouvrage est sorti des recherches récentes de François LESPINASSE sur notre peintre *.

* Pierre HODÉ par F.Lespinasse, en vente - 20€ au Musée des Beaux-arts et à la Librairie L'Armitière de ROUEN 

interview par Pierre BUYCHAUT de François LESPINASSE (14)

Pierre BUYCHAUT : nous voilà devant 25 toiles de Pierre HODÉ...

François LESPINASSE : C'est un travail remarquable de réunir 25 œuvres dans cette petite salle et j'en suis, comme vous pouvez le constater, tout ému ! Le Musée de Honfleur, en son temps, en avait réuni une soixantaine de numéros (Musée Eugène BOUDIN de Honfleur du 04 juillet au 27 septembre 1987, NDR). La sélection du Musée de Rouen est absolument brillante !

Pierre BUYCHAUT : peut-on s'arrêter sur une œuvre qui vous tient à cœur ?

François LESPINASSE: non, tout est sympathique et il y a des choses de grande qualité.

Pierre BUYCHAUT : Pierre HODÉ à ses débuts ? Il est autodidacte...

François LESPINASSE : on situe ses premières toiles, ses premières hésitations, vers 1909, il a 20 ans. Et de 1909 à 1914, il regarde évidemment du côté de PINCHON (Robert-Antoine PINCHON, 1886-1943, NDR), mais également du côté de DUMONT (Pierre DUMONT, 1884-1936, NDR) à qui il doit tout, comme il le dira avec beaucoup d'humilité. Mais de tous les artistes qu'il a fréquenté, c'est indiscutablement PINCHON qui lui a mis le pied à l'étrier et qui lui a apporté le plus au niveau pictural et surtout au niveau chromatique.

Pierre BUYCHAUT comme cette 'Maison Bleue' ?

François LESPINASSE : oui, cette composition est superbe ! Il y a recherche de tons et d'équilibre dans la composition, et cette toile montre toutes les hésitations d'un Pierre HODÉ débutant. Il est confronté, à cette époque, à tous les tumultes de la 'Société Normande de Peinture Moderne' (Société artistique créée par Pierre DUMONT en juin 1909 ; Robert-Antoine PINCHON en est membre du bureau, NDR). On voit bien, qu'à cette époque, il veut assimiler la leçon de Lebourg (1849-1928), comme celle de Joseph DELATTRE (1858-1912) et celle de Charles FRECHON (1856-1929). C'est un très beau début !

"la Maison Bleue" -collection particulère"

Pierre BUYCHAUT : allons, si vous le voulez bien, devant la série des Portraits dont celui, très brutal, du boxeur BRETONNEL, champion d'Europe en 1924 et qui met fin à ses jours en 1928 à l'âge de 23 ans.

François LESPINASSE : c'est un portrait que je connais depuis très longtemps. Celui-ci vient d'une collection particulière normande. Je tiens à rappeler qu'un pharmacien installé à Montmartre, Victor BOSSUAT, ami de Félix FÉNÉON mais aussi de Pierre HODÉ, a légué en 1935 au Musée de Nevers, parmi des œuvres magnifiques, un 'Boxeur Bretonnel' de HODÉ et une très très belle 'Lieutenance de Honfleur' absolument superbe et tout à fait remarquable !

Pierre BUYCHAUT : on peut dater ce portrait juste après son trophée européen ?

François LESPINASSE  : oui, oui, de 1925.

Pierre BUYCHAUT  : et Pierre HODÉ avait entrepris son expérience cubiste quelques années auparavant ?

François LESPINASSE : dans les années 1922.

Cette œuvre est la parfaite représentation de la période de 1924 – 1925 où il a été au plus haut niveau du 'synthétisme' et non pas du 'cubisme', car je pense que cette structure de composition ne possède pas de grande attache avec le 'cubisme', mais une recherche synthétique des formes qui est unique en son genre. Il n'a, alors, copié qui que ce soit !

On peut évidemment le rapprocher de Robert et Sonia DELAUNAY à un moment, avec ses compositions concentriques.

Pierre BUYCHAUT : comme la composition 'à la cible'

François LESPINASSE : je connais 3 tableaux 'à la cible'. Ce 'rue de l'épicerie à la cible' est un très bel exemple et une belle performance d'avoir pu le recueillir. C'est un tableau que je connais depuis 35 ans.  C'est ce qui me fait dire que plus d’œuvres réunies permettraient une vision beaucoup plus pointue de cet artiste totalement méconnu. Car, son œuvre peint est quantitativement très limité puisqu'on  le donne autour de 450 numéros, et une rétrospective en en réunissant 80 voire 100, serait absolument prodigieuse !

"la rue de l'épicerie" - collection particulière

Et j'ajouterais que si le fils de Pierre HODÉ, Pierre DUCENNE, n'avait pas donné un tableau au Musée de Rouen ('Remorqueurs à Conflans-ste-Honorine', 80x100, 1923, don en 1979, NDR), nous pouvons être certains que cet artiste serait resté très confidentiel !

Pierre BUYCHAUT  : vous nous citez ce tableau de Conflans. Alors, cette série de ports ?

FL : Il a habité à Paris à partir de 1913 à l'initiative de DUMONT et a réalisé de bords de Seine. A la fois de Paris et jusqu'à l'estuaire. Ce serait un thème intéressant à développer, car ses œuvres sont toujours réussies.

"la Lieutenance d'Honfleur" (coll.part.)

"la Lieutenance d'Honfleur" (coll.part.)

Pierre BUYCHAUT : et Honfleur ?

François LESPINASSE : Pierre HODÉ a séjourné plusieurs fois à Honfleur, car dès les premières expositions de la 'Société Normande de Peinture Moderne', il montre une 'Lieutenance' de Honfleur. Et puis, en 1924, il passe 6 mois à Honfleur puisqu'il tient la gérance du 'Café de Paris' voisin de 'l’Hôtel de France'. Il entame alors une série de Ports et de Lieutenance de Honfleur tout à fait exceptionnelle !

C'est incontestablement la plénitude de l’œuvre peint de HODÉ. C'est le moment où il est le plus créatif, et où il atteint l’approfondissement de ses recherches ! Là aussi, cette période honfleuraise mériterait une étude à part entière.

Pierre BUYCHAUT : et terminons par le 'Théâtre Synthétique'

François LESPINASSE : c'est une période qui mériterait d'être beaucoup mieux étudiée ! Car, après les années folles, il y a cette période des années 1930 durant lesquelles il rentre "en somnolence", quittant peu à peu la peinture pour se consacrer au développement des éléments structuraux de décors de théâtre. C'est une période importante de sa vie artistique.

Pierre HODE

photographie

Propos recueillis par Pierre Buychaut

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INTERVIEW par Pierre BUYCHAUT de proches parents de Pierre HODE (1889-1942)

7 Décembre 2014, 15:10pm

Publié par le webmaster

De gauche à droite, Mme DUC, M. DUC (fils de Mme DUC et arrière-petit-fils de P.HODE) et Mme PHILIPPE-MAILLE (filleule et nièce de P.HODE)

De gauche à droite, Mme DUC, M. DUC (fils de Mme DUC et arrière-petit-fils de P.HODE) et Mme PHILIPPE-MAILLE (filleule et nièce de P.HODE)

C'est le mercredi 26 novembre 2014, lors du vernissage de la 3ème édition du « Temps des Collections » du Musée des Beaux Arts de Rouen, que nous avons la joie de rencontrer Madame DUC, petite fille et Madame PHILIPPE-MAILLE, filleule et nièce du peintre Pierre HODÉ. En effet, cette édition rend hommage à ce dernier, dans la Salle Jacques-Émile Blanche du Musée.

Cette exposition d'environ 25 toiles, débute par une vitrine de photos, dessins et projets de décors de théâtre, dits 'décors synthétiques', faits d'éléments géométriques cubiques, sphériques et pyramidaux que le metteur en scène peut déplacer à volonté selon la scène. Enfin, l'accrochage montre les différentes périodes d'évolution de style du peintre : Impressionniste au côté de ses pairs PINCHON et DUMONT, "Natures Mortes cubisantes", portraits, puis une série de ports dont Rouen et Honfleur.

Marie-Claude COUDERT, conservateur au Musée de Rouen, est le commissaire de cette exposition.

Nous sommes, avec Mesdames DUC et PHILIPPE-MAILLE, assis face aux œuvres :

Q : « Alors, Mesdames ? 

Mme Philippe-Maille : ma première impression est très bonne et je suis même agréablement surprise !

Mme DUC : Oui oui, c'est très bien aménagé et ce n'est pas une exposition minime. C'est bien !

Q : L'accrochage balaye différents thèmes et périodes…

Mme D : Pierre HODÉ s'est beaucoup cherché. Il s'est inspiré de ses prédécesseurs mais sans jamais les copier. Il n'en a pris que l'inspiration ! Enfin, il a abouti à ses œuvres cubistes, analytiques.

Je dirais que c'est la couleur qui prime chez lui, pour rendre les formes cubistes. Ce n'est pas le trait. Les tons sont doux, sensibles.

Mme PM : Je me souviens de Pierre HODÉ dans son atelier à Montparnasse et, plus que ses tableaux, c'est sa création du « Théâtre Synthétique » qui m'a frappée !

Q : "Le Théâtre Synthétique"...

Mme D : J'ai eu le bonheur de le revoir, il y a une trentaine d'années, pour l'opéra de VERDI, Aïda (1984-POPB, Direction musicale de Michel PLASSON, Mise en scène et décors de Vittorio ROSSI, NDR), où les machinistes déplaçaient le décor géométrique à la vue du public.

Mme PM : Quant à moi, j'ai retrouvé ce "Théâtre Synthétique" au Théâtre des Arts de Rouen, pour le décor de "Véronique" (opéra d'André MESSAGER, en novembre 2008, Direction Nicolas CHALVIN, Mise en scène Alain GARICHOT, NDR).

Q : Vous vouliez nous conter quelques anecdotes ?

Mme D : Oui, Pierre HODÉ était à la fois Artiste et fantaisiste.

Tenez, une fois, il vient me chercher à la sortie de l'école, je devais avoir 7 ans, pour m'emmener voir un opéra des Concerts Colonne (Association créée par E. Colonne en 1873, NDR). Je me souviens, j'étais en tablier noir d'écolière.

Une autre fois, nous étions en famille à St Germain-des-Prés et nous remontions la rue de Rennes. Tout à coup, Pierre HODÉ et mon père décrètent de mimer le 'Paris – Strasbourg' à la marche. Ils se déshabillent alors et, en caleçon et fixe-chaussettes, ils remontent toute l'avenue jusqu'à la gare Montparnasse ! La fantaisie à l'état pur !

Une dernière : un midi à La Coupole, alors qu'il n'avait que très peu de moyens et qu'il venait finir de grignoter une maigre boulette, il se renverse sur sa banquette et il jette au serveur : « Allez, que l'on amène les danseuses hindoues ! ».

Mme PM : Je me souviens de ma communion solennelle, en 1936, à l'abbaye de Fécamp, avec les messieurs en smoking et les dames en robe longue. Arrive mon oncle Pierre HODÉ, qui n'était pas croyant mais toujours fidèle à la famille, en pantalon de velours et chemise écossaise ! Cela avait choqué mais j'étais ravie.

Mme D : Voila, c'était son côté fantaisiste et non conventionnel ! Horreur des honneurs ! Horreur des marchands de tableaux !.

Q : Nous fêtons le centenaire de la guerre de 1914. Pierre HODÉ a été réformé, mais il s'est engagé volontaire en 1917.

Mme D : Oui, il était aux Services de Santé, à ramasser les blessés dans les tranchées où il a été horriblement gazé et dont il est décédé des séquelles en 1942 à l'Hôpital BICHAT.

Je me rappelle que, quand j'étais petite, mon père se levait souvent la nuit afin d'aller chercher des sangsues à la pharmacie, tellement Pierre HODÉ suffoquait ! D'ailleurs, il ne pouvait pas dormir allongé mais assis dans un fauteuil bergère.

J'ajouterais qu'à la guerre de 1940, il s'est engagé avec mon père dans la Résistance ! Au sein du 'Réseau Nord'. Dans le vestibule de son appartement qui n'était jamais fermé à clef, il avait accroché un grand panneau bleu-blanc-rouge sur lequel il avait inscrit : "Ici, on est en FRANCE" !

Q : Un dernier mot sur cette commémoration ?

Mme PM : J'ai beaucoup lutté pour cet hommage, et pour obtenir une stèle dont j'aurais souhaité qu'elle se tienne Bd Pasteur à Rouen. Je suis très heureuse de le voir enfin exposé au Musée des Beaux Arts de Rouen. Et je remercie tous ceux qui ont contribué à sa réalisation de même que l'Association des Amis de l'École de Rouen.

Mme D : Je tiens à dire un grand merci à ma cousine, Mme PHILIPPE-MAILLE, dont je loue la pugnacité. Grâce à elle et à votre Association, Pierre HODÉ est rentré chez lui !

                                                                       Propos recueillis par Pierre Buychaut

 

natures mortes "cubisantes" - vitrines des projets de décors du Théâtre "synthétique" de l'époque impressionniste
natures mortes "cubisantes" - vitrines des projets de décors du Théâtre "synthétique" de l'époque impressionniste

natures mortes "cubisantes" - vitrines des projets de décors du Théâtre "synthétique" de l'époque impressionniste

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François LESPINASSE présente son nouveau livre produit par l'Association et consacré à la biographie du peintre Pierre HODÉ (1889-1942)

15 Novembre 2014, 16:02pm

Publié par le webmaster

​​Notre ami François LESPINASSE, depuis le début de l’année 2014, a mis de côté ses recherches sur l’École de Rouen et François DEPEAUX pour se consacrer à une biographie de Pierre HODÉ (1889-1942). Elle va sortir des presses de l’imprimerie Planète Graphique, à laquelle l‘Association des Amis de l’École de Rouen reste fidèle.

Le livre sera en vente le 26 novembre 2014 (1) en corrélation avec l‘exposition du musée des Beaux arts de Rouen  « Le Temps des Collections» , où une vingtaine de tableaux de Pierre HODÉ seront accrochés sur les cimaises du musée.

Quel sera le contenu de ce nouvel ouvrage ? Cent trente six pages, 97 documents noir et blanc et 115 reproductions couleurs de tableaux. 

Pour ce livre, l’auteur a bénéficié de l’aide de la petite fille de l’artiste. En 1979, François LESPINASSE avait eu l’occasion de rencontrer le fils du peintre, 23 boulevard du Montparnasse à Paris ; un quart de siècle s’est écoulé et un nouveau contact a pu s’établir avec les descendants du peintre. La filleule et petite nièce de Pierre HODÉ a elle aussi apporté sa contribution à une meilleure connaissance de cet artiste mal connu et quelque peu négligé.

Nous lui devons grâce à son opiniâtreté la présence des tableaux au musée. Qu’elle en soit remerciée.

En 1980, François LESPINASSE inclut Pierre HODÉ dans son livre « L’École de Rouen ». Puis, un ouvrage lui est consacré en 1985 par M. Claude PILLEMENT ; cet ouvrage comporte 43 couleurs et 18 documents noir et blanc ; enfin,  en 1987, une belle exposition lui est dédiée au musée d’Honfleur avec pas moins de 60 tableaux, qui donnaient une première et solide idée de sa belle facture.  Depuis, rien !.

Peintre autodidacte, Pierre HODÉ a peu produit ; il laisse environ cinq cents tableaux.

Employé à la Préfecture de Rouen, proche de Robert PINCHON et Pierre DUMONT, il fait ses débuts à Rouen et quitte la ville aux cent clochers pour la butte Montmartre fin 1913 et s’installer au Bateau Lavoir. Il n’en reste pas moins attentif au mouvement pictural rouennais avec les expositions de Pierre  DUMONT et la Société de Peinture Moderne jusqu‘en 1914.

Survient la première guerre mondiale. Réformé, Pierre HODÉ rejoint cependant le corps d’armée le 16 mai 1917. Gazé, il est évacué à l’hôpital du Mont Dore, puis à Paris, à l’hôpital temporaire CHAPTAL qu’il quitte le 2 novembre 1918.

Commence alors un œuvre peint très personnel, rare, de très grande qualité : natures mortes, paysages parisiens, rouennais et honfleurais ; mais laissons la  lecture de ces pages vous  révéler un très grand artiste et la découverte des illustrations...François  a retrouvé des œuvres aux États-Unis et même au Brésil.

Soyez nombreux à faire l’acquisition de ce nouveau livre de F.LESPINASSE édité en totalité par l’Association ; il ne va coûter que VINGT euros et ... Noël est proche !

La Rédaction

 

(1) - Ce nouvel ouvrage de François LESPINASSE sera disponible à partir du  mercredi 26 novembre à la Libraiie du Musée des Beaux-arts de ROUEN - rue Jean LECANUET, ainsi qu'à la Librairie L'ARMITIĒRE - 66 et 88 rue Jeanne d'Arc -76000 ROUEN - tél. : 02 35 70 57 42, au prix de 20€ ttc.

Vous pouvez également le commander directement au Siège Social de l'Association des AMIS DE L'ÉCOLE DE ROUEN - 437 rue de Griolet 76320 St-PIERRE-lès-ELBEUF en joignant à votre courrier un chèque bancaire de 25 € (frais de livraison inclus) à l'ordre de l'Association.

la couverture de l'ouvrage de F.LESPINASSE, le peintre dans son atelier (F.L.- le journal de l'Ecole de  Rouen -2006-page 318) et "la rue de l'épicerie " de P. HODE - HST 81x65 SBG - coll. partic.
la couverture de l'ouvrage de F.LESPINASSE, le peintre dans son atelier (F.L.- le journal de l'Ecole de  Rouen -2006-page 318) et "la rue de l'épicerie " de P. HODE - HST 81x65 SBG - coll. partic. la couverture de l'ouvrage de F.LESPINASSE, le peintre dans son atelier (F.L.- le journal de l'Ecole de  Rouen -2006-page 318) et "la rue de l'épicerie " de P. HODE - HST 81x65 SBG - coll. partic.

la couverture de l'ouvrage de F.LESPINASSE, le peintre dans son atelier (F.L.- le journal de l'Ecole de Rouen -2006-page 318) et "la rue de l'épicerie " de P. HODE - HST 81x65 SBG - coll. partic.

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LA RUBRIQUE D'HUBERT PRIAUCEY (15)

6 Novembre 2014, 10:24am

Publié par le webmaster

2 - DE L'EXPOSITION JAPONAISE

DE PEINTRES DE L'ECOLE DE ROUEN

 

LA RUBRIQUE D'HUBERT PRIAUCEY (15)

Notre dernier article vous faisait prendre l'avion à Roissy afin de rallier Tokyo pour l'exposition itinérante « l'estuaire de la Seine, l'invention d'un paysage », dont Annette HAUDIQUET (Conservateur en chef du Musée André MALRAUX du Havre) assure le Commissariat en parrainage avec le Brain Trust Inc. de Tokyo.

10 toiles de peintres de l'Ecole de Rouen y sont accrochées, dont Léon-Jules LEMAITRE, Charles FRECHON, Joseph DELATTRE, Robert-Antoine PINCHON et Albert LEBOURG.

Arrêtons-nous sur l''œuvre exposée de ce dernier.

Bien que les Historiens d'Art cloturent "L’Impressionnisme" en 1886, date de la dernière exposition du groupe, ils s'accordent à prolonger le Mouvement jusqu'en 1914, au vu des recherches sérielles de Claude MONET, comme celles de Camille PISSARRO (voir ses Ports de Rouen, de Dieppe ou du Havre) et des envolées lyriques de RENOIR notamment avec ses baigneuses.

Albert LEBOURG est né à Montfort-sur-Risle en 1849. École Municipale de Peinture, 5 ans à Alger comme professeur de dessin, retour à Paris en 1877, il participe aux 4ème et 5ème expositions impressionnistes de 1879 et 1880, avec MONET, PISSARRO, DEGAS, CAILLEBOTTE, GAUGUIN, Berthe MORISOT etc... En 1892, Albert LEBOURG achète un appartement sur les quais à Rouen. Ainsi, nombre de ses compositions montre le Pré aux Loups, sous tous les temps.

D'un pinceau très enlevé, notre tableau, « Le Pré aux Loups, Rouen » (54x81, SBD, coll. Part.) date des années autour de 1900.

 A l'instar d'Alfred SISLEY, Albert LEBOURG accorde une importance prépondérante au ciel. Quand on l'interrogeait, SISLEY disait qu'il débutait ses tableaux par le ciel, afin d'imprimer à sa composition toute l'atmosphère recherchée.

Il en est de même pour LEBOURG qui ajoutait qu'il ne fallait jamais "terminer" un ciel, laissant ainsi un effet suspendu, mouvant.

François LESPINASSE, dans le catalogue de 2010 "Une Ville pour l'impressionnisme ; Monet, Pissarro et Gauguin à Rouen'"(1), insiste : « Dans tous ses tableaux, l'artiste décrit avec maestria le ciel rouennais dont il a parfaitement saisi l'atmosphère : d'une brosse rapide, il alterne une bande rosée, puis bleue, et de nouveau rose plus soutenu, et l'effet général est arrêté (sic) ».

 

                                                                                              Hubert Priaucey

(voir aussi la rubrique de Hubert Priaucey)

Nous remercions Mme Haudiquet pour ses clichés du Japon.

 

1-  Une Ville pour l'impressionnisme ; Monet, Pissarro et Gauguin à Rouen, 2010 - Ed Skira, p.340.

LA RUBRIQUE D'HUBERT PRIAUCEY (15)LA RUBRIQUE D'HUBERT PRIAUCEY (15)

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la rubrique d'Hubert PRIAUCEY (14)

26 Octobre 2014, 10:10am

Publié par le webmaster

1-   DE  L’ EXPOSITION  JAPONAISE

de  PEINTRES  de  L'ECOLE  de ROUEN

la rubrique d'Hubert PRIAUCEY (14)

Lors de l'Assemblée Générale de ce printemps 2014, le Bureau de notre Association nous avait annoncé le départ pour une tournée japonaise et coréenne de 10 œuvres des peintres qui nous sont chers. A savoir : 1 Albert LEBOURG, 1 Léon-Jules LEMAITRE, 1 Charles FRECHON, 1 Joseph DELATTRE et 6 Robert-Antoine PINCHON.

Cette 'tournée', d'une durée d'un an, verra les étapes suivantes :

Seiji Togo Memorial Sompo Japan Museum of Art, Tokyo, du 6 septembre au 9 novembre 2014 ;

Seoul Arts Center, du 18 novembre 2014 au 22 février 2015 ;

Hiroshima Museum of art, du 28 février au 12 avril 2015 ;

Kumamoto Prefectoral Museum of Art, du 18 avril au 14 juin 2015 

Yamanashi Prefectoral Museum of Art, du 27 juin au 30 août 2015 ;

Réunissant 135 numéros, émaillée de signatures prestigieuses dont Claude Monet (6 toiles), Eugène Boudin (11), Gustave Courbet (3), Turner (4 gravures), Johan Jongkind (2), Raoul Dufy (15), Félix Valloton (2), Richard Bonington, Camille Corot, Georges Braque, Albert Marquet etc..., notre expo se trouve sous l'égide de Mme Annette Haudiquet, conservateur en chef du Musée Malraux du Havre (MuMa), et du Brain Trust Inc. Tokyo. Les œuvres choisies viennent de Musées français des plus prestigieux, dont le Musée Marmottan à Paris, le MuMa du Havre, le Musée des Beaux Arts de Rouen, entre autres. Autant dire que nos chers peintres rouennais voyagent en éminente compagnie, à une place méritée après les expositions d'importance de ces dernières années auxquelles ils ont participé.

« L'estuaire de la Seine, L'invention d'un paysage », voilà le thème retenu, de quoi ravir nos amateurs asiatiques, si friands d'art impressionniste.

Plusieurs sections jalonnent l'exposition qui débute par « Au source de la création d'une image de la Normandie : le rôle des artistes britanniques et des artistes romantiques ». Les peintres anglais, surtout par l'aquarelle qui permet une transcription immédiate du motif, sont les premiers à s'être émus des ruines médiévales normandes, suivis par la vague romantique française, comme Isabey ou Fragonard.

« L'invention du paysage moderne » s'attache à montrer le rôle nouveau de la lumière dans la composition du paysage peint. Eugène Boudin crée ses 'Paysages de Mer', distinction bien établie avec les 'Marines'. De Corot et Courbet, puis des pré-impressionnistes Boudin, Daubigny et Jongkind, Annette Haudiquet présente des œuvres de Monet.

« Plaisirs de la plage » retrace l'attraction nouvelle de la bourgeoisie parisienne pour les plages de Trouville et Deauville. On y retrouve Boudin, le précurseur, Dubourg à sa suite, mais également Monet ainsi que cette merveilleuse toile du Musée de Rouen, 'L'heure de bain' de Duez.

« Impressions urbaines » : Annette Haudiquet y montre le souci des peintres à décrire les activités portuaires, avec les jeux subtils de brume et de fumées. Eugène Boudin, qui fait l'affiche avec son fabuleux 'Bassin de l'Eure' du MuMa du Havre, côtoie Stanislas Lépine, Charles Lapostolet et 'Bords de Seine, Croisset' du rouennais Léon-Jules Lemaitre, appartenant à notre Association, ainsi que 'Le Port de Rouen, effet de brume' de Joseph Delattre.

« Vers une libération de la couleur » fait la part belle aux Peintres de l'Ecole de Rouen, avec Albert LebourgCharles Frechon et pas moins de 6 Pinchon ! Puis on y voit Braque, Marquet, Vallotton et Henri de Saint Delis.

« Raoul Dufy, un peintre de l'estuaire » cloture l'exposition.

Ajoutons 2 sections photographiques : une de la fin du XIXème siècle avec Letellier et Chesneau, et une autre contemporaine avec Olivier Mériel.

Quelques clichés, fournis par Mme Haudiquet que nous remercions, vous décrivent la logistique de cette exposition itinérante.

Hubert PRIAUCEY

Vous pouvez également en découvrir d'autres en cliquant sur le lien :

http://www.muma-lehavre.fr/blog/montage-d-une-exposition-itinerante-au-japon

 

les oeuvres de l'expo prêtes pour le voyage.....et à l'arrivée !les oeuvres de l'expo prêtes pour le voyage.....et à l'arrivée !

les oeuvres de l'expo prêtes pour le voyage.....et à l'arrivée !

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