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Les Amis de l'Ecole de Rouen

au Musee des Beaux arts de ROUEN

14 Avril 2016, 09:41am

Publié par le webmaster

au Musee des Beaux arts de ROUEN

 

Dans le cadre de la 3ème édition du Festival Normandie Impressionniste

Présidé par Erik ORSENNA

"SCENES DE LA VIE IMPRESSIONNISTE"

 E. MANET

 A. RENOIR

Cl. MONET

B. MORISOT…

Exposition ouverte

au Musée des Beaux-arts de ROUEN

du 16 avril au 26 septembre 2016

de 10h à 18h tous les jours sauf les mardis et le dimanche 1er mai

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à la Chambre de Commerce et d'Industrie Seine Mer Normandie

14 Avril 2016, 08:31am

Publié par le webmaster

VERNISSAGE le 18 avril 2016 à 11h30 à la C.C.I.

VERNISSAGE le 18 avril 2016 à 11h30 à la C.C.I.

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DES SUPERBES EXPOSITIONS NOUVELLES...inaugurent la troisième édition du Festival Normandie Impressionniste

12 Avril 2016, 15:35pm

Publié par le webmaster

à la MAISON DE ARTS de

76120 GRAND-QUEVILLY, mail des arcades

organisée par la Municipalité avec la collaboration de François LESPINASSE, Commissaire de l'Exposition et de l'Association des Amis de l'Ecole de ROUEN présidée par Jean-Claude DELAHAYE,

et le parainage

d'Erik ORSENNA, Président  du Festival.

entrée libre

du lundi

au samedi

15h/16h

VERNISSSAGE DE

L'EXPOSITION

SAMEDI 23

AVRIL 2016

11heures

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François LESPINASSE publie un nouvel ouvrage

5 Mars 2016, 13:33pm

Publié par le webmaster

couverture du nouvel ouvrage de F.LESPINASSE : "François DEPEAUX (1853-1920)"

couverture du nouvel ouvrage de F.LESPINASSE : "François DEPEAUX (1853-1920)"

préfacé par Laurent SALOME,

Directeur scientifique de la Réunion des Musées Nationaux Grand Palais

comprenant 316 pages, 118 reproductions couleurs et 152 reproductions noir et blanc

réalisé avec la collaboration de l'Association des Amis de l'ECOLE DE ROUEN

Après la publication en 2010 de son essai "François DEPEAUX, un grand collectionneur" dans le catalogue "une ville pour l'impressionnisme, Monet, Pissarro et Gauguin à Rouen" de l'exposition au Musée des beaux-arts, sous la Direction de Laurent Salomé, François Lespinasse a souhaité poursuivre son enquête sur le collectionneur Rouennais.

Une nouvelle visite au Pays de Galles et Swansea, un passage aux archives de Cardiff, la surprenante découverte des carnets journaliers de Jules Jacqueline, Directeur des Établissements Depeaux, entre autres, ont permis une meilleure approche du négociant-armateur , yachtman et propriétaire de 55 Sisley, 20 Monet, 9 Pissarro, 5 Toulouse-Lautrec, 6 Renoir, 39 Lebourg, 20 Guillaumin, 1 Gauguin, et des meilleures œuvres de Delattre, de Pinchon et Ottmann.

BULLETIN DE SOUSCRIPTION

 

Prix de souscription :

29 € jusqu'au 16 avril 2016

32 € au-delà de cette date

 

Règlement à adresser à l'ordre de :

l'ASSOCIATION DES AMIS DE L'ECOLE DE ROUEN

437 rue de Griolet

76320 Saint-Pierre-lès-ELBEUF

(date d'envoi de l'ouvrage mi-avril après règlement)

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Charles ANGRAND, un Normand parmi les plus importants peintres

9 Février 2016, 12:57pm

Publié par le webmaster

Charles Angrand (1854-1926), Dans l’île des Ravageurs, 1885, huile sur toile marouflée, signée, 46 x 55 cm.

Charles Angrand (1854-1926), Dans l’île des Ravageurs, 1885, huile sur toile marouflée, signée, 46 x 55 cm.

A Lorient, le samedi 19 décembre 2015 s’est vendu un tableau de l’artiste «  Dans l’ile des ravageurs, en automne » peint en 1885, 136.000 euros. A ce prix, ajoutons les frais de 14,40 % et nous arrivons à la somme très élevée de 155 584 euros.

De format 10 : 0,46 X 0,55, cette  petite toile impressionniste est une exceptionnelle découverte.

Qui est donc ce peintre, né le 19 avril dans le bourg de Criquetot-sur-Ouville en plein pays cauchois à équidistance des falaises de la côte d’Albatre et des boucles de la Seine ?

Ch.Angrand - autoportrait - 1880

Ses œuvres figurent dans les plus grands musées du monde : Metropolitan Museum New-York, Dallas Museum, National Gallery Londres, Orsay Paris, Petit-Palais Genève, Van Gogh Museum Amsterdam, Tournai, Ny Carlsberg Glypothek  Copenhague mais aussi Rouen, Helsinki, Bagnoles-sur-Cèze, Dieppe…  Et pourtant son œuvre peint ne comporte pas plus de 80 numéros.

Destiné par ses parents à l’enseignement, le père est lui-même instituteur à Criquetot de 1849 à 1875, Charles Angrand va gagner aRouen et devenir répétiteur au Lycée Corneille de Rouen. Là, dans la ville aux cent clochers, il suit les cours de l’Académie de peinture et de dessin située dans l’enclave Sainte-Marie à deux pas du Lycée.

En 1875, il visite l’exposition Corot à Paris et décide de se tourner vers la peinture.

Son premier envoi officiel est pour le 26 ème Salon municipal de Rouen avec « Fleurs des champs » en 1878. Il souhaite partir pour Paris dès 1’année suivante mais sa demande est refusée.

A l’Académie, ses professeurs ont pour nom : Gustave Morin (1809-1886) Philippe Zacharie (1849-1915) puis Edmond Lebel (1834-1908), ses collègues Charles Frechon (1856-1929 )et Joseph Delattre (1858-1912). L’un des anciens élèves de l’Académie est Léon Jules Lemaitre (1850-1905) à qui le 21 mars 1879 le conseil municipal de Rouen refuse la demande du peintre de voir prolonger une bourse de sixième année à Paris.

Ces jeunes artistes sont gagnés par le pleinairisme, et l’Impressionnisme, dont les expositions se sont tenues en 1874,1876 et 1877 et vont se poursuivre à cinq reprises (1879,1880,1881,1882 et 1886) .

Léon Jules Lemaitre est le mentor rouennais de ces artistes. Tous optent pour ce mouvement novateur.

Charles Angrand adresse en 1880 au Salon de Rouen «  La Gare Saint-Sever », « ce paysage, quel paysage!, appartient à l’Ecole Impressionniste …  »   écrit le critique du « Nouvelliste » puis en 1882 à ce même Salon « Le Gardeur de dindons » et « Autoportrait » (fusain).

le gardeur de dindons - 1881 - coll.part.

À la rentrée scolaire de 1882, il est nommé comme répétiteur au collège Chaptal, 45 Boulevard des Batignolles à Paris . Là, commence l’aventure parisienne qui va durer quatorze ans.

En 1883, Charles Angrand tente le Salon mais est refusé. Il écrit à Claude Monet pour rejoindre le groupe et essuie un nouveau refus.

La proximité de la place Clichy, du Café Guerbois, de la Nouvelle Athènes depuis Chaptal, lui permet de rencontrer les meilleurs éléments des milieux littéraires et artistiques de Paris, alors capitale mondiale des Arts.

Il adhère à la « Société des jeunes artistes » où il expose. Il est remarqué par le journaliste de Lutèce qui écrit le 29 décembre : «… signalons encore M. Angrand qui fait de l’impressionnisme, sans tomber dans la charge … ».

Mais, surtout il va faire partie des fondateurs de la Société des artistes indépendants « basée sur le principe de la suppression des jurys d’admission, a pour but de permettre aux Artistes de présenter librement leurs œuvres au jugement du Public » . Il rencontre Georges Seurat, Paul Signac, Albert Dubois-Pillet.

L’éloignement avec ses parents donne à l’artiste le devoir de les informer d’une manière régulière, mais aussi ses amis peintres en particulier Delattre et Frechon.

Cette correspondance nous permet ainsi de mieux connaitre l’artiste et les événements artistiques de la capitale.

Le 29 avril 1884 à ses parents : « …encore refusé : ils sont constants dans leur exclusivisme. Peut-être exposerai-je néanmoins. Un groupe d‘artistes indépendants s‘est réuni pour décider une exposition privée (…) Ce groupe d’indépendants n’a rien de commun avec les impressionnistes. L’exposition ne sera rien autre chose qu’un salon des refusés. »

Et cette autre missive : « Je suis allé jusqu’au boulevard Magenta voir un peintre de mes amis, un impressionniste. Je tenais à le voir. On m’avait dit qu’il terminait un grand tableau. C’est Seurat, celui-là même qui avait acheté mes Fleurs ».

La Société des Artistes Indépendants est créée le 4 juin 1884.

La première exposition se tient du 10 décembre 1884 au 30 janvier 1885 Charles Angrand envoie « Dans le jardin » et « Dans la basse-cour ». Les critiques sont sévères dans « La France » du 12 décembre : « Les Indépendants, c‘est-à-dire les refusés du Salon annuel, les fruits secs de la palette et de la terre glaise se sont organisés en société ( …) C‘est insensé! Voyez-vous les écoliers apportaient leurs barbouillages et leurs cahiers de devoirs ».Dans «La Ligue » : «  quel jury un peu éclairé consentirait à admettre les productions des neuf dixièmes d’entre eux. On sort de là attristé et colère ». Tel est le climat.

Après cette exposition, il écrit à ses parents : «je suis allé reprendre mes toiles aux Indépendants. Nous sommes arrivés à un déficit assez considérable. C’était à prévoir. Le choléra n’était plus d’actualité. A Paris, l’occasion est tout. Résultat : nous sommes quelques uns que l’exposition a fait connaître. Avec de l’obstination, nous pouvons peut-être nous en tirer. Durand-Ruel est en train de passer une réclame sérieuse de notre côté ( j’entend du côté des anciens du groupe) ; nous ne pouvons qu’y gagner».

la couseuse - 1885 - coll.part.

En 1885, les correspondances familiales font le point sur le quotidien de l’artiste. En mai, il informe la famille du décès de Victor Hugo. A son retour à Criquetot pour les vacances scolaires, il se replonge dans l’univers normand.

Il entreprend deux tableaux importants « La Couseuse », sa mère cousant dans la pièce principale de l’habitation, et une étude éponyme. « Dans le jardin » représentant son père bêchant dans le potager jouxtant la maison.

Puis de retour à Paris, il se rend sur le bord de Seine au nord de la capitale. Charles Angrand aime se rendre à Asnières. Il apprécie tout particulièrement la tranquillité de l’ile des ravageurs habitée par des chiffonniers et peut dresser là, le format 10 (0,46 X 0, 55) objet de ces lignes.

Comme l’écrit Robert L. Herbert : « la Seine, dans la banlieue de Paris était depuis longtemps le point où se rejoignaient la ville et la campagne, mais cette imbrication était devenue plus sensible avec la prolifération des usines et l’envahissement progressif des terrains vagues, par des maisons de commerce et les immeubles locatifs».

En 1886, plusieurs événements considérables ont lieu :

-     la huitième et dernière exposition du groupe impressionniste, du 15 mai au 15 juin où Georges Seurat présente « Un dimanche après-midi à la Grande Jatte » peint selon la méthode qu’il vient d’inventer : la division du ton.

-     l’apparition du terme « néo-impressionniste » lancé par Félix Fénéon,

-     l’arrivée de Vincent Van Gogh à Paris,

-     le manifeste du symbolisme par Moréas …  

En cours d’année, Charles Angrand exécute plusieurs toiles importantes : « La Seine à Saint-Ouen » et deux formats 30 : « la Ligne de l’ouest à sa sortie de Paris, vue prise des fortifications et, Terrains vagues (Clichy)». 

Du 21 août au 21 septembre, la seconde exposition de la société des artistes indépendants a lieu dans un baraquement des Tuileries à Paris. Charles Angrand est à Criquetot-sur-Ouville où il exécute sa première toile divisionniste « Un Coin de ferme »

 Grâce à l’amitié et complicité du critique Jean Le Fustec (1855-1910), collègue à Chaptal, il peut accrocher six toiles au salon parisien. Ce sont : «  Femme cousant; La Ligne de l’ouest; Le Fumier; La Seine, le matin; Terrains vagues (Clichy) et Dans l’ile des ravageurs, en automne »   

le fumier - 1890 - col;part.

A l’occasion de la dernière exposition du groupe apparait Félix Fénéon (1861-1944) remarquable critique d’art, journaliste. Il rend compte de l’envoi du Normand : « Angrand qui exposait pour la première fois en 1883, n’a pas adopté la facture impersonnelle et comme abstraite des dissidents de l’impressionnisme : sa brosse, d’une violence rusée, travaille et triture ingénieusement une pâte épaisse et plastique, la configure en reliefs, l’érafle, l’écorche, la guilloche et la papelonne. Le requièrent surtout des scènes de la vie agreste normande, et les environs immédiats de Paris : ses Terrains vagues à Clichy (1886), sa Ligne de l’Ouest à sa sortie de Paris, sa vue prise des terrains vagues (1886) se particularisent par leur sapidité, leur mélancolie rude, une tendance aux tons graves ».

Deux autres critiques sont particulièrement intéressantes, celles de Le Fustec dans Le Journal des Artistes dirigé depuis 1882 par Louis Alphonse Bouvret (1831-1898). La première est du 22 août : « …s’ils étaient des adeptes de l’École, ces artistes auraient parmi les paysagistes connus des notoriétés remarquables parce qu’ils sont riches en talent. Nous leur demandons qu’ils nous donnent au moins l’équivalent de ce qu’ils nous accorderaient s’ils étaient des habitués du Salon » ;. et d’ajouter le 29 août : « reste Angrand. A première vue les œuvres de cet artiste vous imposent l’opinion qu’ils ont été faits devant la nature. Que vous preniez le paysage normand ou le paysage parisien, l’impression est la même. Il y a dans ces toiles une sincérité à laquelle on ne se trompe pas. Ses verdures sentent le terroir. Ses paysages d’automne aux environs de Paris vous parlent du sol crayeux qui les porte, de même que les gazons normands plantureux, gras, puissants vous racontent la terre vigoureuse qui les produit (…) En somme, Angrand fait œuvre d’artiste en soumettant sa palette et son pinceau à l’observation. Il se place ainsi dans le grand champ de la liberté artistique où nul ne peut se donner carrière s’il n’a en lui les ressources suffisantes pour être original. Les toiles qu’il a données à cette exposition affirment énergiquement son originalité. A vrai dire il n’est pas encore arrivé à son but dans cette voie. Mais il y a chez lui un progrès qui a été constaté dès le premier jour et qui, nous en sommes convaincu, persistera tant que cet artiste fera œuvre d’impressionniste véritable en se maintenant dans l’observation ».

De l’été 1886 à la mort de Seurat, survenue le 29 mars 1891, Charles Angrand va réaliser une dizaine de toiles divisées ( L’Accident, La Seine à l’aube, Les Moyettes, Scène de moisson, Le Fumier …)

l'acccident - 1887 - coll.part.

Il expliquera à Eugène Brieux (1858-1932) en mars 1889 les raisons de ce choix et reviendra sur ces toiles précédentes : « …J’indique cette tendance à raison de la volte face que je dois maintenant avouer et qui m’a amené, non sans des études intermédiaires se réclamant de Monet : Les terrains vagues, l’Ile des Ravageurs, La Ligne de l’ouest - à la recherche actuelle sur laquelle je vous demanderai de m’étendre un peu … ».

 

La toile qui vient d’être vendue à Lorient, dont le premier propriétaire, ainsi qu’il est consigné dans le Mémorandum manuscrit des œuvres données ou vendues, fut Monsieur PLÉ, fondateur de la maison de fournitures pour artistes à Paris. C'est un élément supplémentaire pour affirmer la place exceptionnelle de Charles Angrand parmi les peintres de sa génération.

Terminons par cette maxime du peintre : «  Le tableau doit être avant tout une composition, c’est-à-dire une organisation par l’esprit, des lignes, formes, couleurs, en vue d’une harmonie expressive. ».

D’autres découvertes sont prévisibles, et elles apporteront une nouvelle preuve indiscutable de l’immense talent de cet artiste si peu à l’honneur dans sa contrée natale.

 

François Lespinasse,

décembre 2015

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une Oeuvre, une Histoire par Brice Aurpeuthy et JACBA

15 Janvier 2016, 14:32pm

Publié par le webmaster

Narcisse GUILBERT - le Pré aux Loups - huile sur toile - 1930/1935 - 65x81 ( coll. partic.)

Narcisse GUILBERT - le Pré aux Loups - huile sur toile - 1930/1935 - 65x81 ( coll. partic.)

QUI : Narcisse GUILBERT (1878-1942)

QUAND : 1930/1935

QU’ EST-CE : Le Pré aux Loups sous la neige (huile sur toile, coll. part.)

COMMENT :

Narcisse Guilbert est originaire de Bouville*, village situé sur la route de Rouen qui mène à Yvetôt.

Dès l'ouverture de l'Académie Libre de Peinture, en 1896, il s'inscrit aux leçons prodiguées par Joseph Delattre (1858-1912), en compagnie de Couchaux, Louvrier, etc... tout un aréopage d'artistes qui formeront la deuxième génération des Peintres de l'Ecole de Rouen.

Fidèle aux principes impressionnistes, Narcisse Guilbert nous livre ici une composition solide, avec la puissante transversale des quais qui accompagne l’œil jusqu'aux usines à gaz et donne la perspective au tableau. Les 2 ducs-d'Albe plantés dans la Seine, au 1er plan, quant à eux, construisent la profondeur, tels 2 effets repoussoir au ton sombre.

La palette est restreinte, même si la neige se couvre de nombreux reflets. C'est le ciel, chargé de neige, qui assoit la réussite de cette œuvre : teintes diaprées orangées qui se mirent dans le flot de quelques touches larges et puissantes.

Brice AURPEUTHY

* L'AER avait monté une rétrospective en la mairie, en mai 2006

LA SITUATION POLITIQUE EN FRANCE DANS LES ANNÉES 1930-1935

Le krach financier de 1929, consécutif à une bulle spéculative, est une crise boursière qui se déroula à la Bourse de New York entre le jeudi 24 octobre et le mardi 29 octobre 1929. Cet événement marque le début de la plus grande crise économique du XXe siècle.

Le chômage explose en France en 1931 et 1932, passant en moins de deux ans dans le secteur industriel de 2 % à plus de 15 %.

La perspective des élections générales de 1932 congèle la vie politique en France et le budget de 1932 est largement déficitaire, ce qui n’est pas admissible pour l’opinion publique de l’époque Le 19 avril 1933, le dollar se détache à son tour de l’or. Le cours du dollar en francs tombe de 25.50 à cette date à 18.25 en juillet.

La France se trouve dans une situation de plus en plus intenable

Gaston Doumergue, chargé en 1934 de remettre de l’ordre dans la république en danger à un moment où la rue commence à bouger. Il engage le pays dans une forme de déflation par une suite de décrets lois et une réforme fiscale en mai. Ils prévoient une réduction des effectifs de fonctionnaires et la baisse des salaires nets par l’instauration d’un prélèvement de 5 %. Les pensions des anciens combattants sont diminuées.

Des ligues d'extrême droite (Croix-de-Feu, Jeunesses patriotes, etc.) sont apparues  dès la fin des années 1920 mais n'atteignent leur pleine puissance que sous le second cartel des gauches. Avec l'Affaire Stavisky en 1934, elles déclenchent des émeutes antiparlementaires. Face à ce danger se crée le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et se dessine une unité des partis de gauche qui donnera le "Front Populaire".

La crise mondiale accentue les déséquilibres structurels. L'économie française n'est plus compétitive, surtout après la dévaluation de la livre sterling en 1931, Les campagnes sont gravement atteintes par la baisse des prix agricoles, les faillites se multiplient. Le chômage, complet ou à temps partiel, touche toutes les catégories sociales et atteint rapidement 15%. En mai 1936, commencera  un mouvement de grève qui s'amplifiera et bloquera le pays.

Le gouvernement Laval (le quatrième, qui s’installe en juin 1935) est contraint de légiférer par décrets-lois, droit qu’il obtient dès son investiture. L’objectif est clair : résister par tous moyens à une dévaluation et sortir de « la crise de spéculation » par une déflation effective, rigoureuse et annoncée.

Les élections législatives françaises de 1936 sont remportées par le Front populaire mené par Léon Blum.

  La déclaration d'investiture de Léon Blum aborde la question de la dévaluation : "le pays n’a pas à attendre de nous ni à redouter de nous que nous couvrions un beau matin les murs des affiches blanches de la dévaluation ». Mais le 26 septembre, le Franc Poincaré a vécu : la dévaluation est annoncée, comprise entre 25 et 35 %.

 

 

LA SOCIETE et L'INDUSTRIE

LES INVENTIONS

les premiers enregistrements en stéréophonie

En réalité, la toute première expérience de son en stéréo (une manière de recréer l’illusion d’un espace sonore, à l’aide de deux canaux, gauche et droit) remonte au "théâtrophone" de Clément Ader, en 1881.

le moulin à légumes

Dans le domaine de l’électroménager, le « moulin à légumes » fait son apparition à cette époque, d’abord en Belgique où Victor Simon fait breveter son « Passe-Vite » le 16 février 1932, Jean Mantelet dépose un brevet pour son modèle de moulin, un appareil basé sur la rotation.: entre 1933 et 1935, deux millions d’appareils sont vendus. Jean Mantelet crée la société « Moulin-Légume », qui devient Moulinex en 1937.

mais aussi ...

le premier antivol de voiture, par l'industriel allemand Abram Neiman,

les premiers surgelés mis en vente par dix épiciers du Massachusetts (de la marque Clarence Birdeye),

les jouets Lego, le rasoir électrique

...et.les belles automobiles !.

LES ARTS

En 1932, dans une parution des "Cahiers d'Art", revue créée par Christian SERVOS en 1926 où se mêlent architecture, peinture, cinéma,  photographie, musique, etc…,  Stravinsky, Apollinaire, Salmon, Sweeney, s'expriment sur l’art de Picasso (lequel expose dans une galerie avec Man Ray et Matisse ).

Picasso devient bientôt, en compagnie de Matisse, Kandinsky et Man Ray ,"l'artiste central" incontournable de la revue).

Des numéros entiers sont consacrés à des questionnements au cœur de l’actualité culturelle de l’époque. En 1935, le surréalisme est à l’honneur dans un numéro spécial. En 1936, c’est l’objet dans tous ses aspects, « surréaliste », « mathématique », etc. qui y est étudié.

.Picasso - la crucifixion

 

LA MODE

Plumes, strass, paillettes et robes droites enchantent les femmes les plus coquettes. La mode de l'époque est un subtil mélange de dentelles, de cotons, de franges, et de jersey, de robes pailletées d'argent et de boléros de plumes et de satin moiré.

JACBA

une Oeuvre, une Histoire par Brice Aurpeuthy et JACBA
une Oeuvre, une Histoire par Brice Aurpeuthy et JACBA

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Voeux du Président des A.E.R.

12 Janvier 2016, 13:35pm

Publié par le webmaster

Jules Lemaître -bords de Seine à Croissey - (prop. AER)

Jules Lemaître -bords de Seine à Croissey - (prop. AER)

Cher(e)  Ami(e) Membre ,

Permettez-moi de vous présenter mes tous meilleurs voeux de santé, de prospérité et de découvertes artistiques pour cette année 2016 qui commence.

L’année 2015 a  été une année calme en matière d’exposition. Nous ne sommes en effet intervenus que pour l’exposition « Pierre HODE », dans le cadre du Temps des Collections, qui s’est tenue au musée des Beaux Arts de Rouen jusqu’en juillet.

Mais nous avons mis cette relative accalmie à profit pour mieux préparer les deux expositions pour lesquelles l’association est directement concernée, à l’occasion du  festival Normandie impressionniste 2016.

Ces deux expositions se tiendront à la Maison des Arts de Grand Quevilly (Portaits choisis) et dans le salon d’honneur de la Chambre de Commerce de Rouen ( Portaits et scènes de vie impressionnistes) et commenceront vers mi avril.

Vous recevrez, bien entendu, le moment venu, une invitation pour le vernissage de ces expositions.

Ces deux expositions feront chacune l’objet d’un ouvrage reproduisant notamment les œuvres présentées.

Il est à noter qu’à l’occasion de ces vernissages, François LESPINASSE  dédicacera un important ouvrage retraçant la vie de François DEPEAUX. Il vous sera d’ailleurs possible de réserver cet ouvrage, à des conditions préférentielles qui vous seront prochainement communiquées, sur le site internet de notre Association.

Rappelons que depuis sa création en 2008, notre site a vu le nombre de ses rubriques s’enrichir et je ne saurai trop vous  encourager  à lui rendre régulièrement visite afin de suivre au mieux  l’évolution de nos projets.

Par ailleurs, nous discutons toujours avec le Musée des Beaux Arts de Rouen pour une possible exposition à l’automne 2016 consacrée aux œuvres de Léon Jules LEMAITRE.

Nous continuons également notre recherche (difficile) d’une salle à Paris pour nous permettre de mettre en lumière les plus belles toiles de nos chers Artistes.

D’autre part, le moment est arrivé de renouveler votre cotisation pour l’année 2016. Vous savez combien cette contribution est indispensable au bon fonctionnement de l’Association.

Le montant de la cotisation est toujours de 20 Euros.

Je vous remercie par avance pour votre prochain règlement à établir à l’ordre de l’AER (ou Amis de l’Ecole de Rouen.

Vous renouvelant mes vœux pour cette nouvelle année, je vous prie de croire, Cher(e) Ami(e) Membre, en l’expression de mes sentiments cordiaux.

                                                                               Jean-Claude DELAHAYE

                                                                              Président de l’Association

Je me joins à notre Président pour vous transmettre les voeux les plus sincères de l'Equipe de la rédaction du site pour cette ouvelle année.

Jacques BASSET  Webmestre

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vente aux enchères de tableaux à Elbeuf au profit d'une belle cause

19 Septembre 2015, 15:27pm

Publié par le webmaster

Robert - Antoine PINCHON  - Inondations - HST SBG 38X46

Robert - Antoine PINCHON - Inondations - HST SBG 38X46

Dimanche 4 octobre 2015, se tiendra à ELBEUF la vingtième édition de la FÊTE DE LA PEINTURE, organisée par le LIONS CLUB d'ELBEUF au profit de ses œuvres en faveur de la jeunesse locale.

Chaque année depuis la création en 2008 du Blog de l'Association des Amis de l'École de Rouen, nous avons le plaisir de vous inviter à participer, en clôture de cette manifestation, à une belle et traditionnelle vente aux enchères d'œuvres d'artistes peintres au talent reconnu.

200 toiles et dessins*, notamment de peintres de l'École de Rouen, seront ainsi présentés au public par Jean-Claude DELAHAYE, Président de l'Association des A.E.R, et adjugés sous le marteau de Me Guillaume CHEROYAN, Commissaire Priseur à Elbeuf et Rouen.

M.COUCHAUX - vahes et poules - HST SBG 73X98

Vous pouvez dès à présent consulter la totalité du catalogue de la vente sur le site informatique de l'Hôtel des Ventes de la Seine,

www.hdvs-encheres.com (ainsi que sur www.interencheres.com).

J.DELATTRE - les côteaux de Biessard -HST SBD 46X66

Le samedi 3 octobre, dès 14h, et le dimanche matin 4 octobre, les œuvres mise en vente seront exposées dans le Salon d'Honneur de la Chambre de Commerce et d'Industrie d'ELBEUF où se dérouleront les enchères à 14h30.

Comme les années précédentes, des toiles exécutées sur le motif le matin même par des artistes locaux rejoindront la vente.

Il est important de préciser qu'il n'y aura pas de frais en sus des enchères.

Les membres du LIONS CLUB vous attendent nombreux, comme d'habitude, à cette grande manifestation culturelle régionale de rentrée et vous adressent leurs remerciements anticipés pour votre générosité.

Le Webmestre J.BASSET

 

* A.LEBOURG, R.A.PINCHON, Michel FRECHON, J. DELATTRE, C.ANGRAND, L. BORDES, A. MALET, M. NIQUET, M.LOUVRIER, P. MASCART, N. HENOCQUE, P. HODE ,N.GUILBERT, G. BRADBERRY, M.COUCHAUX , M.VAUMOUSSE, G.SEBIRE , P.DUMONT ainsi que des peintres régionaux au talent reconnu tels que J. LEBOURGEOIS, L.OUINE, J.P.DUBORD, D.GUILBERT, A.BARUBE, J. BREANT, J. MARC…...

Cette année, des peintres comme E.BOUDIN, M. LUCE, F. PAILHES seront également présents sur les cimaises.

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Maximilien Luce et les Anarchistes par JACBA

10 Août 2015, 10:38am

Publié par le webmaster

reprise de la parution du 6 juillet 2015

En parcourant l'excellent article que nous a adressé François LESPINASSE sur la correspondance échangée pendant 25 ans, de 1900 à1925, par Maximilien LUCE, et Charles ANGRAND ( que nous venons de publier dans la catégorie "la chronique de François LESPINASSE" de notre Blog), je me suis interrogé sur l'environnement  social et sociétal qu'ont vécu ces deux grands Artistes tout au long de leur carrière.

Je vous livre ci-dessous mes modestes réflexions.

JACBA, Collaborateur

Maximilien LUCE vers 1885

Maximilien LUCE vers 1885

La famille LUCE est parisienne depuis deux générations et d'origine modeste quand nait Maximilien le 14 mars 1858. Le jeune garçon passe son certificat d'études primaires le 28 juillet 1870, 13 jours après la déclaration de guerre franco-prussienne.

Avec les Parisiens, les Luce subissent le siège de Paris de 1871, et pendant 2 mois, de mars à mai, vivent les heures dramatiques de l'insurrection de la Commune réprimée avec violence par l'Armée basée à Versailles. Maximilien voit passer devant le logis familial, qui jouxte le cimetière Montparnasse, d'horribles convois d'où, des chargements, dépassent des pieds et des têtes ensanglantés.

LUCE-une rue de Paris,sous la Commune -1903-1905 -HST - musée d'Orsay - extrait de l'ouvrage cité "les travaux et les jours"

L'enfant en fut profondément marqué et toute sa vie répudia une certaine classe bourgeoise responsable, disait-il, de cette misérable guerre civile entre Français.

Son père avec lequel il partage des goûts artistiques, réussit à le faire embaucher en apprentissage chez un graveur sur bois rue de Buci qui travaille dans la reproduction graphique de catalogues. Maximilien en profite pour apprendre le dessin, et, dès 1874, la peinture à l'huile.

Il fait de rapides progrès. A peine âgé de vingt ans, Maximilien, fait déjà la preuve d'un réel talent et d'une forte personnalité, trouvant les sujets qu'il traitera toute sa vie,  des hommes et des femmes au travail, des portraits et des paysages.

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M. LUCE - La Blanchisseuse, Madame Boin à sa Toilette (1901), Travailleur (étude) - HST- Musée de l'Hôtel Dieu de Mantes-La-JolieM. LUCE - La Blanchisseuse, Madame Boin à sa Toilette (1901), Travailleur (étude) - HST- Musée de l'Hôtel Dieu de Mantes-La-JolieM. LUCE - La Blanchisseuse, Madame Boin à sa Toilette (1901), Travailleur (étude) - HST- Musée de l'Hôtel Dieu de Mantes-La-Jolie

M. LUCE - La Blanchisseuse, Madame Boin à sa Toilette (1901), Travailleur (étude) - HST- Musée de l'Hôtel Dieu de Mantes-La-Jolie

 

Il change bientôt de patron-graveur ; embauché par Eugène Froment qui l'emmènera travailler avec lui à Londres pour une revue anglaise en 1877, il rejoint à son retour un petit centre artistique constitué à Lagny-sur Marne et fréquenté par les peintres Isabey, Cortès et Charles Jacque, le vieux Maître de Barbizon.

Tout en continuant sa formation chez Suisse, atelier célèbre de gravure à  Montparnasse, Il se met aussi à fréquenter les lieux de réunion parisiens d'où les préoccupations politiques libertaires et de lutte active contre l'Empire n'étaient pas exclues.

En avril 78, la mère du jeune artiste meurt ; l'année suivante, son père se remarie avec une "jeunesse" de 32 ans, peu sympathique, dont Maximilien fait un beau portrait en 1881(Nathalie Gourdon).

En novembre 79, Luce est convoqué à Guingamp pour faire son service militaire.

18 mois plus tard, son patron fait jouer ses relations pour le ramener à Paris, où il retrouve avec joie ses Amis artistes. On peut suivre désormais pas à pas le développement de la carrière du jeune peintre. Dès 1883, les tons gris de la palette de ses toiles évoluent vers des bleus subtils dans un ensemble de tonalités très graduées. Apparaissent aussi dans son œuvre des tons vert et chair qui persisteront longtemps.

En 1881, il rejoint également ses nouveaux compagnons politiques qui comme lui restent fidèles au souvenir de la Commune, vomie par Marx, et suivent Proudhon et les "Anars", demeurant à la pointe du combat ouvrier, comme Louise Michel, Emile Pouget, Elisée Reclus et Krotopkine.

Deux autres nouveaux amis vont compter pour notre jeune peintre lancé dans le militantisme : Eugène Baillet, ouvrier tablettier, habile propagandiste et organisateur né  pour "tenir" un public et Eugène Givort, "copain de régiment" , jeune marié, exerçant le métier de cordonnier ("gniaf")  dans le XIIème , auprès duquel il va trouver la chaleur d'un foyer qui lui manquait bien.

Que ce soit en matière de création artistique ou de débats politiques, les discussions  avec les fidèles amis de Lagny, exaltés chroniques, débordent souvent en mots violents.

En avril 85, Elisée Reclus et surtout Jean Grave lancent la parution d'un hebdo "le Révolté" s'intitulant lui-même, "organe communiste-anarchiste".

Simultanément Luce s'intéresse aux recherches de Seurat sur les couleurs et s'informe des progrès de sa "Grande Jatte" qui s'appuie sur une technique nouvelle de division des tons par touches séparées de "complémentaires". Ses essais aboutiront en 1886 à des toiles magistrales comme "le Chemin du Village".

Luce - portrait de Seurat -fusain /papier 29;3x22,3 -1890 - coll.partic.

Ces techniques novatrices participent à la naissance du mouvement de la "peinture optique", qualifié bientôt de "néo-impressionnisme" par un jeune critique d'art alors inconnu : Félix Fénéon.

Au début de 1887, Maximilien Luce se sent enfin prêt à affronter le public.

Il décide d'exposer au Salon des Indépendants et y présente 7 toiles, toutes en tons divisés, qui eurent un vif succès. Signac, toujours enthousiaste de ses œuvres, lui achète "la Toilette" 50 francs.

Dans la presse d'avant-garde, c'est un éloge général : " M. Luce nous montre des intérieurs et des paysages prolétariens d'une âpreté extraordinaire - La Toilette, un prolo se lavant dans une terrine- c'est un rude morceau de peinture (sic) ..." [Le Cri du Peuple -26/01/1887].

 homme à sa toilette HST92X73-1887 Musée du petit palais Genève-p25 ouvr. cité - les travaux et les jours

En quelques jours, il devient solidaire de Camille Pissarro, Seurat, Signac, Angrand, Cross, Petitjean, Dubois-Pillet, Lucien Pissarro....Ce succès, s'il fortifie sa foi dans son art, ne l'incite pas à s'endormir sur ses lauriers.  Mais, la fortune fait toujours défaut. Dès le début de l'année, il emménage un studio tout en haut de Montmartre avec son maigre mobilier entassé dans une charrette à bras.

Pour sa deuxième exposition aux Indépendants en 1888, Maximilien accroche 10 toiles dont Pissarro lui procure l'encadrement, d'une " facture néo-impressionniste impeccable" qui retient l'attention d'un nombreux public séduit par l'agressif bariolage qui se lénifie en larges harmonies violettes. "Même si l'art du peintre paraît mal équilibré, "ultranerveux", diront les critiques, la puissante personnalité qui s'en dégage force l'admiration des visiteurs.

En juillet 88, Luce est invité à faire sa première exposition partiulière à "La Revue Indépendante";  en février 89, il expose aux "Vingt" {" XX"} à Bruxelles avec Monet, Cross, Gauguin, C.Pissarro, Seurat...Il va connaître en Belgique tous les organisateurs , le peintre Théo Van Rysselbergue et le poëte Emile Verhaeren qui soutiennent son œuvre.

Luce et Signac liés désormais par une profonde amitié passent ensemble plusieurs semaines à Herblay, travaillant de concert, s'influençant l'un l'autre. On a écrit que la série d'Herblay avec "La Seine à Herblay" représente un sommet, l'une des parties de la période néo-impressionniste de Luce.

C'est là que Signac compose sa fameuse suite "Le Fleuve".

LUCE La Seine à Herblay - HST 50,5 x 79,5 Musée d'Orsay - page36 dans ouvrage cité Les Travaux et les Jours - Musée St-Tropez

Sur le plan politique, Luce demeure un militant très actif : l'hebdo "le Révolté" disparait sous le coup d'une forte amende mais resurgit avec Jean Grave sous le titre "La Révolte" qui obtient un succès retentissant auprès des prolétaires de la France entière.

Maximilien fréquente assidument Emile Pouget, polémiste reconnu, avec lequel il collabore pour le lancement d'un journal "anar" écrit en langue populaire, "Le Père Peinard" dont il fait la couverture qui en scène un "gniaf" menaçant de sa ceinture les représentants des Corps Constitués : Armée, Justice, Église.

Malgré sa réussite, Luce, peintre désormais reconnu, vit toujours chichement. Il continue cependant d'exposer au Salon des Indépendants de 1891, au cours duquel Seurat sera emporté, victime d'une diphtérie maligne.

1891 est une année difficile pour les artistes qui sont forcés pour vivre, de se livrer à des travaux subalternes peu rémunérateurs.

Ici commence pour Luce une période pénible, sentimentalement troublée. L'artiste subit une grave crise intérieure où se mêlent solitude et désenchantement. Il continue courageusement à travailler et à apporter son soutien à ses amis, alors que dans son environnement se créent de nouveaux groupes de pensée et d'expression artistique comme les Nabis, avec Bonnard, M. Denis, Vuillard et Sérusier.

Sur le plan politique, Luce demeure un militant très actif : l'hebdo "le Révolté" disparait sous le coup d'une forte amende mais resurgit avec Jean Grave sous le titre "La Révolte" qui obtient un succès retentissant auprès des prolétaires de la France entière.

Une désaffection se manifeste envers le néo-impressionnisme ; Camille Pissarro vitupère ouvertement contre le pointillisme ; Angrand qu'il connait dès 87, se réfugie dans le noir-et-blanc.

Le Groupe conserve néanmoins une certaine consistance avec Signac, Henri-Edmond Cross, jusque- là hésitant, et Luce, qui est par ailleurs considéré comme l'un des principaux imagiers du Parti fournissant  des dessins très engagés à ses amis Grave et Pouget ;  il sait y évoquer avec un art véritable "l'âme saignante du peuple et la vie des foules angoissées et exaspérées par la souffrance et les rancœurs, [.....} mais aussi, enfin, les joies du printemps, le calme de la nature et l'éternelle douceur des choses" (G.Darien -"La Plume" 1er sept. 1891) .

L'agitation anarchiste prend de l'ampleur en France en 1892 ("l'année de Ravachol"), mais ses acteurs sont déjà étroitement surveillés par la police.

Après une période douloureuse pour Luce, traumatisé par des amours déçus, et une semi-retraite de quelques mois en Angleterre, emmené par son ami Pissarro, le peintre rejoint Signac à Saint-Tropez et regagne enfin Paris à l'automne 1892.

Le Salon des Indépendants ouvre le 18 mars 1893 ; Luce y expose 6 toiles "tropeziennes" et "londonniennes" ; il se met en ménage avec Ambroisine, fort belle fille de 20 ans, qui restera sa compagne le restant de sa vie, et part peindre en Bretagne.

A Paris, les attentats fomentés par les "Anars" se multiplient et la répression ne reste pas inactive. L'année 1894 est celle des règlements de compte définitifs entre la société bourgeoise et les anarchistes. Jean Grave et le clan Reclus sont arrêtés. Compagnons et sympathisants anarchistes sont inquiétés et certains passent en Angleterre ; les revues "Le Père Peinard" et "La Révolte" cessent de paraître. Luce se sent visé.

Qu'est l'anarchisme en 1893 ?

"Je veux peindre le bonheur, les êtres heureux que seront devenus les hommes dans quelques siècles quand la pure anarchie sera réalisée" écrit vigoureusement H.E. Cross dans une lettre à son ami Signac.

Les anarchistes considérent l'État et la jeune 3ème République comme oppressifs. Selon eux la société ne devrait pas être organisée selon des "classes" et des partages économiques institutionnels mais par une association d'individus libres et égaux.

En 1893, la Police parisienne dénombre 2400 "anars" dont 852 réputés dangereux, plus, de nombreux sympathisants souscrivant à "La Révolte" mais non actifs dans les cellules du Parti.  De nombreux attentats à la bombe sont perpétrés quotidiennement. En juin 1894, un anarchiste italien assassine à Lyon le Président  de la République, Sadi Carnot.  Signac, Luce, Grave et Fénéon comparaissent au Procès des Trente, Pissarro se sauve en Belgique ; le mouvement anarchiste évolue vers plus d'"intellectualité", devient souterrain et se met à infiltrer les syndicats. Signac lui-même, réfugié à St-Tropez, donne à son anarchisme un ton plus individualiste : "harmonie dans l'art, harmonie dans la société" devient sa devise.

Pendant ce temps, Maximilien Luce qui avait été arrêté et écroué le 4 juillet 94, est libéré fin août ; il bénéficie d'une large loi d'amnistie votée en janvier 95, mais continue de faire l'objet d'une surveillance quotidienne. Sa liberté retrouvée, Maximilien, heureux père d'un petit garçon (qui  malheureusement, décèdera l'année suivante), se remet au travail et, en novembre 94, il expose avec Signac, 22 grandes toiles anciennes et nouvelles dans une Galerie, rue Lafitte, réservée aux Impressionnistes.

Libéré lui aussi, Jean Grave lance une nouvelle publication anarchiste "Les Temps Nouveaux" avec une série de 30 lithographies de grand format  en noir et blanc signées Pissarro, Signac, Cross, Angrand, Valloton, Van Rysselbergue, etc...Luce inaugure la série en mai avec "L'Incendiaire" s'inspirant des vers de Verhaeren : un jeune homme, torche au poing, court dans une rue où les maisons flambent !

Mi-février 97, Signac envoie à Angrand retiré dans sa campagne Cauchoise depuis 96, un projet de toile "Le démolisseur " publiée en litho dans Les Temps Nouveaux, qui représente un ouvrier, érigé en héros, " donnant un solide coup de pioche au vieil édifice social qui craque". Signac expose sa toile finalisée, aux Indépendants de 1901 avec un sous-titre "Panneau pour une Maison du Peuple".

"Le Démolisseur" de Signac était en fait un message d'encouragement lancé aux jeunes artistes de souscrire l'engagement à faire évoluer la société par l'image, vers un futur anarchiste et lumineux, plus juste, qui éradiquerait les systèmes en cours et supprimerait un État répressif et violent.

Quand Signac peint le Mont-St-Michel en 1897, ou Luce, Notre-Dame, quelques années après,ces artistes veulent surtout opposer l'énergie idéaliste et collective du passé au tumulte chaotique de la vie moderne.

Il faut comprendre enfin que les évènements du début du XXème siècle en France, les menaces de guerre et la Grande Guerre elle-même, ne vont pas favoriser un solide développement du mouvement artistique néo-impressionnisme qui, sans renier l'Impressionnisme, est condamné à devenir, en fait, le précurseur de l'Art Nouveau.

Les Maîtres à Penser que furent Seurat, Signac, Luce, Pissarro, Cross et Angrand ont eu néanmoins le mérite de faire découvrir au Monde une nouvelle harmonie des couleurs et du dessin en associant la Science à la création sur la toile de tons, de valeurs et de vibrations de la lumière par la juxtaposition de touches divisées ou de points de couleurs pures.

Maximilien LUCE - La Gare de l'Est sous la neige - 1917 - HST- Musée de l'Hôtel Dieu - MANTES-LA-JOLIE                                                                                

Le 3 juillet 2015

JACBA

 Bibliographie

 "Maximilien LUCE, peintre anarchiste" ouvrage du Dr Jean SUTTER -1986

 "les travaux et les jours" - ouvrage édité en oct. 2008 lors de l'Exposition M. LUCE à l'Annonciade -Musée de St-TROPEZ .

ci-contre Jean Texcier "portrait M.LUCE" - Musée de l'Hôtel Dieu de MANTES-LA-JOLIE

 "Charles Angrand"  - ouvrage édité en 2006 lors de l'Exposition Ch. ANGRAND par le Musée de la Ville de PONTOISE. - textes de F. et A. LESPINASSE.

"Paul  SIGNAC et l'anarchisme des années 1890"  par Richard THOMSON, professeur des Beaux-Arts à l'Université d'Edimbourg (G.B.) - spécialiste en Art Français du XIXème siècle - Art et Société - Séminaire décembre 2010 (Wikipedia).

La Rédaction du Blog de l'Association des Amis de l'Ecole de Rouen remercie chaleureusement pour sa sympathique collaboration, Mme Jeanne-Marie DAVID, Conservatrice du Musée de l'Hôtel Dieu de MANTES-LA-JOLIE et organisatrice de l'Exposition , "en amitiés, portraits croisés", consacrée au peintre Maximilien LUCE du 12 juin au 30 août 2015,

M.LUCE - Baignade à ROLLEBOISE (1920) -HST 44,7 x 81,1 et Plage de MERICOURT (1930)-HST 38 X 55,2 - Musée de l'Hôtel Dieu de MANTES-LA-JOLIEM.LUCE - Baignade à ROLLEBOISE (1920) -HST 44,7 x 81,1 et Plage de MERICOURT (1930)-HST 38 X 55,2 - Musée de l'Hôtel Dieu de MANTES-LA-JOLIE

M.LUCE - Baignade à ROLLEBOISE (1920) -HST 44,7 x 81,1 et Plage de MERICOURT (1930)-HST 38 X 55,2 - Musée de l'Hôtel Dieu de MANTES-LA-JOLIE

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été 2015 : Interview de Sylvain Amic, Directeur des Musées de Rouen, par Pierre Buychaut

9 Août 2015, 09:59am

Publié par le webmaster

 Pierre Buychaut : alors, Sylvain AMIC, que donne cet Hommage à Pierre HODÉ ?  *

Sylvain Amic : c’est un bel hommage, mais qui reste modeste : l’aspect des "Rythmes Mécaniques" et sa collaboration au "Pavillon des Chemins de Fer" n’ont été que partiellement abordés, idem pour son approche du "Théâtre Synthétique". Et l’angle sériel de son œuvre n’a pas été vu.
De plus, de nombreuses toiles qui paraissent exceptionnelles, ne nous sont connues que par photo. Mais cela n’interdira pas une vraie rétrospective future.

C’est un artiste très singulier !

*  Merci de bien vouloir consulter aussi dans la catégorie "la rubrique de Pierre BUYCHAUT" les interviews de Marie-Claude COUDERT (parue en avril 2015) et cellle de Sylvain AMIC  ( décembre 2013 - nouvelle parution le 21/07/2015)

PB : nous sommes tout ouïes…

SA : en observant son œuvre par son aspect chromatique, on remarque, par exemple, que le choix du coloris chez HODÉ est très évocateur de la matérialité des objets : l’acier, le bois…

PB : une toile a-t-elle retenu votre attention ?

SA : Les motifs "à la cible" sont très intéressants ! Ils me rappellent ces artistes français tentés par le Futurisme comme Henry VALENSI (1883-1960) (mouvement italien né en 1909, lié à la représentation picturale du mouvement - ndlr)

 P.HODE -la rue de l'épicerie - 1922--HST 61x61 - coll.part.

PB : beaucoup font la relation avec Sonia DELAUNAY…

SA :   oui… ?? Ah bon !Pas du tout ! A mon avis, pas du tout !!

Je m'explique : oui, sur le plan formel on peut dire cela. Mais, à mon avis, c’est un peu rapide. Les motifs de Robert et Sonia DELAUNAY sont circulaires certes, mais il s’agit de distribuer des rapports de couleurs.

P.HODE - "le village" 1922 - HST 54X65 - coll. part

HODÉ, ce n’est pas ça : il peint un motif au travers d’un prisme transparent qui décompose le réel en cercles concentriques. Il emploie des couleurs sombres, sans les changer d’un cercle à l’autre. Ainsi le motif est décalé, dans une espèce de décomposition des instants. C’est plus une mise en mouvement d’un motif, contrairement aux DELAUNAY, où c’est la vibration de la couleur qui crée le mouvement. DELAUNAY, c’est la recherche d’une harmonie solaire, d’une fusion du motif dans la lumière et la couleur. HODÉ, c’est comment la vision est transformée au travers différentes temporalités !

PB : on est en 1922. N’est-ce pas un peu tardif pour du Futurisme ?

SA : c’est vrai. Mais c’est un mouvement, comme le surréalisme, qui a une longue histoire, et s’étale sur plusieurs générations.

PB : rapprochez-vous son œuvre du Cubisme ?

SA : Je trouve qu’il tire plutôt vers le Purisme (mouvement post-cubiste - ndlr), en particulier dans ses natures mortes, qui sont finalement plus proches de OZENFANT (Amédée OZENFANT 1886-1966) ou LE CORBUSIER (Charles Jeanneret dit..., 1887-1965) que du cubisme. On peut également évoquer André LHOTE (1885-1962).

Dans tous les cas il s’agit d’échos du cubisme : simplification des formes, usage de l’imprimé, collage d’espaces, mais cela reste bien loin du cubisme qui déstructure la forme pour en restituer toutes les facettes amalgamées dans le plan du tableau.

P.HODE "nature morte au pot blanc" - 60x73 - coll.part.

Le Cubisme Synthétique, ce n’est pas encore ça non plus, ni le Cubisme Analytique ! Pas non plus le Futurisme d’Umberto BOCCIONI (1882-1916).

PB : on parle également de METZINGER, LA FRESNAYE…

SA : Jean METZINGER (1883-1956) est un théoricien et ses compositions des années cubistes vont très loin dans la complexité de la forme. LA FRESNAYE (1885-1925) est au fond un grand classique : c’est un merveilleux dessinateur et ses compositions sont très savantes. HODÉ se soumet beaucoup plus au motif que Metzinger, et n’utilise pas le langage allégorique de LA FRESNAYE.

Justement, c’est la singularité de Pierre HODÉ qui fait qu’on ne sache pas trop où le ranger !

Bon, quand il y a les cartes à jouer, les lettrages, on parle à tort de cubisme. Regardez : Pierre BONNARD (1867-1947) adore mettre des lettrages dans ses compositions tout comme des jeux de miroir, chers à HODÉ ! On ne pas dire pour autant que HODÉ ressemble à BONNARD !

PB : HODÉ, un artiste difficile à cantonner…

SA : oui, comme tous ces petits maîtres peu connus et savoureux qui gravitent dans les milieux des avant-gardes. Je pense à TIRVERT (Peintre de l’Ecole de Rouen, l’École 1881-1948), Félix TOBEEN (1880-1938), Léopold SURVAGE (1879-1968), Serge FERAT (1881-1958), André MARE (1885-1932), Marie WASSILIEFF (1884-1957), Nathalia GONTCHAROVA (1881-1962), et puis les premiers DUMONT (Peintre de Rouen, 1841-1936) de "La Section d’Or"…

Tous ont inventé des formes. Ils ne sont pas peintres cubistes, mais ils aiment ce langage moderne. Chacun a trouvé une combinaison qui lui est propre, un public qui lui est propre, ce qui fait la richesse de cette époque.

PB : les Ports de Hodé ?

P.HODE "la guepe" 1923 - HST 38X55 - coll.part.

SA : c’est certainement la partie de son œuvre qui est la plus célèbre. Mais au-delà des remorqueurs, ce que j’aime beaucoup, c’est sa capacité à décrire des réalités humaines, comme dans le tableau du musée. On est au "Café du Port", mais ce n’est pas une carte postale : la mise en abîme des reflets, les vitres et les miroirs, changent toute la perception de ce moment, et tout à coup fait émerger autre chose.

Très peu d’artistes ont été capables de retranscrire ce vertige du réel. Pour le coup, je n’ai pas d’équivalence en tête. Ah si !!!, on peut évoquer les Nouveaux Humanistes, Léon ZACK (1892-1980), Philippe HOSIASSON (1880-1978), dans leurs débuts.

PB: des projets en cours ?

SA : nous travaillons à la construction d’un PÖLE MUSEAL à l’échelle de la Métropole qui, cela dit en passant, couvre un territoire où l’École de Rouen était fort active. Ce sera une structure adaptée à la valorisation des Écoles Régionales !

PB : expliquez-nous…

SA : l’idée est de créer une sorte de Musée éclaté qui regrouperait les beaux-arts, les sciences et techniques, le patrimoine industriel, (comme le Musée de La Corderie Vallois à ND de Bondeville), les sciences naturelles, les antiquités, l’archéologie, la littérature, les archives, etc...

Tous ces savoirs ont souvent été incarnés par des personnalités régionales qui ont constitué des collections en lien avec l’histoire du territoire, qu’il s’agisse de fouilles, de collectes ou de représentations. Tout cela est très complémentaire, et compose une sorte de portrait d’un groupe humain à travers son histoire. Il y a plus de liens qu’on ne croît entre ces fonds.

PB : une mise en lumière du Patrimoine Normand ?

SA : oui, ainsi cette structure plus adaptée, sera le fer de lance de la mise en valeur du patrimoine métropolitain, que ce soit à travers des écoles, des personnalités. Et les opportunités d’expositions seront supérieures !

De plus, elle se tournera vers un public plus large que celui des érudits : toutes les approches, toutes les curiosités seront autorisées.

PB : Un échange de compétences ?

SA : C’est ce qui permettra de relier tous ces patrimoines entre eux : quel rapport entre La Fabrique des Savoirs et Les Beaux-arts ? A priori aucun ; or, nous avons par exemple dans nos collections un tableau d’Émile MINET représentant l’activité textile.

 Louis-Emile MINET - Tissage et Tisserands -1923 -HSCart.marouflé-26,5x25 coll.MBARouen  

Cela peut avoir du sens de le montrer à Elbeuf. Idem avec le Musée des Antiquités dont les collections et celles des Beaux-arts ont été liées : céramiques et antiquités étaient, jadis, présentées ensemble. D’autres rapports sont possibles : une sculpture romaine du début de l’ère chrétienne dans une salle du XVIe siècle au Beaux-arts permet de montrer de façon explicite comme l’antiquité inspire la Renaissance. Notre grand tableau de Joseph-Désiré COURT (1797-1865), "Le martyre de Sainte Agnès", où l’on voit le Forum de Rome, pourrait côtoyer des pièces de l’antiquité romaine. Je suis persuadé que ces échanges seront très stimulants.

 

 J.D.COURT-"le martyre de Ste-Agnès"

1858-HST 496x812cm.-coll.MBAR;

PB : vous avez évoqué des personnalités locales ?

SA : car ces personnalités, vivant à la même époque, se rencontraient, appartenaient aux mêmes cercles, échangeaient leurs savoirs. Leurs collections étaient universelles, moins spécialisées que celles d’aujourd’hui. Ces esprits très ouverts collectionnaient tout, aussi bien les Beaux-ats que la Céramique ou la Ferronnerie… Cette structure va permettre de décloisonner ce que l’on a découpé aujourd’hui par commodité, en catégories.

Je regretterais que quelqu’un qui se passionne pour les techniques, ne rentre pas aux Beaux-arts où il peut les voir à l’œuvre. Dans notre exposition Sienne , nous montrons le travail de l’artiste et de son atelier pour produire au XIVe siècle des panneaux peints : le bois brut puis enduit, la toile noyée, le gesso (une préparation à base de gypse et de colle de peau NDR), la feuille d’or..., toute une stratification de préparations avant l’application de la peinture. Il n’y a pas que l’image qui intéresse le grand public, l’histoire matérielle des objets se révèle être très attirante.

PB : vous allez bouger, diluer les lignes de démarcation d’orientation de ces Musées !

SA : surtout pas ! Tous ces musées ont leur identité et leur public. Tous ces Musées sont labellisés « Musées de France », avec les qualités d’exposition et de conservation requises, des personnels scientifiques spécialisés compétents qui se complètent entre chaque musée.

Dans leur spécialisation, ils sont le reflet d’une volonté opiniâtre d’ordonner le monde. Avec ce projet, nous n’allons pas tout bouleverser, mais tenter de retrouver cette curiosité universelle qui a présidé à la création des musées.

PB : le Musée des Beaux-arts sera pilote ?

SA : Il est le plus visible, mais sa fonction sera d’être tête de réseau et de redistribuer une part de son « visitorat » vers les autres sites ; en terme d’organisation, il pourra apporter aux divers musées des services qu’ils ne possèdent pas, administration, médiation, communication, développement des ressources, mécénat, location d’espaces…

Chacun de ces musées a une mission propre, et une fonction d’animation du territoire. En créant des "temps" communs, nous inviterons le public à circuler d’un site à l’autre, moyennant une incitation tarifaire par exemple, des abonnements, des invitations croisées... La circulation des publics sera l’enjeu premier du PÔLE MUSÉAL.

PB : une mutualisation de moyens ?

SA : d’abord une mutualisation de compétences et de savoir-faire. Imaginez ce que pourrait être un programme de conférences commun : c’est l’Université de tous les savoirs !

Nous souhaitons créer une offre numérique commune très attractive qui devienne une plate-forme de connaissances et qui permette de suivre tous les programmes et les cycles de conférence du pôle muséal, par streaming par exemple ; pouvoir mettre en ligne ce contenu vivant et également les bases de données des collections qui sont inaccessibles au grand public aujourd’hui.

PB : oui, oui, très innovant…

SA : et enfin, ce qui m’importe le plus, savoir ce que le public pense et désire. Le Musée est une institution qui ne vous demande pas votre avis. A ce jour, on on sait à peine ce que le public a en tête en rentrant au Musée. Nous n’avons pas conscience de ses goûts et préférences. C’est quelque peu anachronique à l’ère des réseaux sociaux !

N’oublions pas, que le projet des musées, créés à la Révolution, était de restituer un patrimoine au public. Depuis, malgré tous les efforts de démocratisation, ce projet initial a été quelque peu confisqué par les "sachants". A l’inverse, dans L’assommoir de Zola,  la noce de Gervaise Macquart se rend au Musée pour y passer un bon moment. Certes, ils détonnent dans le paysage, mais cet épisode montre que le Musée était alors un lieu très ouvert, gratuit et populaire !

Enfin, ce projet de PÔLE MUSÉAL doit être l’occasion de remettre en question nos pratiques. Par exemple, durant "Le Temps des Collections", nous invitons des personnalités extérieures qui ne sont pas issues du monde des musées (Christian LACROIX en 2012, Olivia PUTTMAN en 2013, Laure ADLER en 2014, Agnès JAOUI en 2015 - ndlr) ; c’est un premier pas vers l’ouverture nécessaires des musées vers d’autres univers.

PB : un nom pour ce PÔLE MUSÉAL ?

SA : nous n’avons pas encore trouvé de nom. On peut le penser en terme géographique comme un archipel, ou stellaire comme les pléiades ; ou bien d’aire urbaine, car une bonne part de ces musées est regroupée sur un petit périmètre ; ou encore sous l’angle de la curiosité ; ou sous celui de l’échange du forum….

PB : la création du PÔLE MUSÉAL ne sera-t-elle pas le prétexte de refermer les portes du Musée de Rouen à "L’École de Rouen" ?

SA : Au contraire ! Je pense que les œuvres de ces artistes sont propices à de multiples lectures, dans divers établissements.

Au musée des Beaux-arts, nous pouvons reconduire ce que nous avons fait pour Pierre HODÉ, une salle entière dédiée sur presque une année (de novembre 2014 à août 2015 - ndlr).

PB : la rétrospective Charles FRECHON de 2008, c’était autre chose ! *

* consulter l'ouvrage édité pa les Musées de Rouen lors de l'exposition Ch. FRECHON  de mai à septembre 2008 organisée au MBARouen avec la collaboration de l'Association et de F.Lespinasse.

SA : ah, oui, c’est vrai que cela n’avait rien à voir.  Vous étiez très, très contents, mais, dîtes-moi, combien de visiteurs l’ont vue ?   

PB : 13.580 exactement.

SA : ce nombre de visiteurs doit nous interroger ! C'était un très beau projet, un remarquable catalogue scientifique et documenté mais qui n'a touché que 13.000 visiteurs, dont probablement une majorité de Rouennais beaucoup grâce à votre réseau… Il faut que nous trouvions les possibilités de faire  connaître ces artistes au-delà de ce cercle d’amateurs.

Pendant la période où nous avons montré Pierre HODÉ, le Musée aura reçu près de 100.000 visiteurs. Comme vous le savez, le billet d’entrée à l’exposition Sienne permet de visiter également les collections. On peut donc supposer que nous aurons fait découvrir cet artiste à un plus un large public.

PB : les expos "moyen de gamme" sont-elles vouées à disparaître ?

SA : il est nécessaire de trouver une complémentarité entre les projets et les époques.

Donner une visibilité aux artistes Rouennais ce n’est pas seulement le XIXe siècle mais aussi XVIIe. Nous avons consacré une exposition à Nicolas COLOMBEL (Sotteville-les-Rouen 1644–1717), exposition au Musée des Beaux-arts de Rouen 2012-2013, avec 12.000 visiteurs). Nous avons permis de redécouvrir Adrien SACQUESPÉE (Caudebec-en-Caux 1629–1693,) dont nous possédons 7 tableaux accrochés pour "Le Temps des Collections 2014-2015".

Adrien SACQUESPEE "le martyre de St-Adrien" *1659 -coll. MBARouen

Ce qui nous manque, c’est l’échelon entre ces deux modèles que sont : petite exposition-dossier dans le cadre du "Temps des Collections" et exposition internationale sur 1000m². J’aimerais retrouver la possibilité de monter des expositions d’automne-hiver, avec catalogue, dans les 460m² de la salle d’exposition de l’aile nord. Ce serait le format idéal par exemple pour une exposition « Albert LEBOURG » avec une soixantaine de tableaux essentiels, jalons de sa production.

Et puis, ensuite, il faudrait "coorganiser" cette exposition afin de partager les coûts, car nous n’obtiendrons pas le niveau de mécénat de « Sienne » par exemple !.

Or, beaucoup de Musées possèdent une surface d’exposition temporaire de l’ordre de nos 460m², ce qui serait un atout.

PB : vous savez que vous pouvez compter sur l’Association qui serait source d’économies !

SA : oui, je vous en remercie.

Pour LEBOURG, il faudrait que les tableaux qui proviennent de l’AER côtoient les tableaux d’Orsay, et de quelques grands musées, aussi je préfère attendre d’avoir le budget adéquat. Pour HODÉ, nous avons préféré le faire dans le cadre du "Temps des Collections" car il y avait une forte attente de la famille.

Pour l’instant nous nous efforçons d’obtenir les moyens pour que chacun des musées du PÔLE puisse porter un projet d’envergure chaque année. Au Musée de la Céramique, par exemple, nous présenterons l’an prochain une exposition « MASSÉOT ABAQUESNE » (ver500 – avant 1564), coproduite avec le Musée d’Ecouen. Né dans le Cotentin, il s’est installé à Rouen en 1526 où il a développé l’art de la faïence qui a fait la renommée de notre ville : ce sera notre contribution en 2016 à la valorisation des artistes d’Iici !

  Propos recueillis par Pierre BUYCHAUT

 

MASSEOT ABAQUESNE "le Déluge- Embarquement sur l'Arche" (1550)

Faïence tryptique exposé au Château d'Ecouen -Musée National de la Renaissance d'Ecouen

 

 

 

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